Individuation
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L'individuation est le processus de « distinction d'un individu des autres de la même espèce ou du groupe, de la société dont il fait partie[1] ». Il existe à partir de cette définition d'ordre général, plus ou moins synonyme d'individualisation, diverses acceptions distinguées en fonction des disciplines, notamment :
- en biologie et en particulier l'embryologie : « le processus d'induction qui aboutit à la constitution de structures organiques complètes[2]. »
- en linguistique : « Processus par lequel un groupe se caractérise face à un autre groupe grâce à des constances de l'activité langagière[3]. »
- en philosophie : « réalisation d'une idée générale, d'un type, d'une espèce dans un individu[4]. »
- en psychanalyse : « Processus de prise de conscience de l'individualité profonde, décrit par Carl Gustav Jung[1]. »
- en sociologie : un processus social apporté par Georg Simmel pour expliquer la formation de l'individualité par l'entrecroisement des cercles sociaux [5].
En Grèce antique

Une source probable de la notion se trouve dans les discussions philosophiques de la Grèce antique.
Socrate expliquait que le fait d'être un homme mâle, vivant à Athènes, etc., ne suffit pas à le déterminer en tant qu'individu. D'autre part il disait que comme sa mère faisait accoucher les femmes, lui faisait accoucher les esprits des pensées qu'ils contenaient déjà, sans le savoir ou en être conscients[6]. C'est l'origine du terme « maïeutique » (du grec maieutikè : art de faire accoucher) qui peut être une origine du principe d'individuation.
Platon (disciple de Socrate), développe cette idée d'individualité au-delà des principes physiques, puis il est remis en question par son élève Aristote qui lie exclusivement le principe d'individuation à la matière[7].
Au Moyen Âge, de la Perse à l'Écosse
Vers l'an Mil en Perse, à l'époque où les philosophes grecs y étaient activement traduits, Avicenne, un scientifique musulman, parle de principium individuationis. Dans la continuité de la philosophie islamique il distingue l'existence et l'essence, et rejoint ainsi la première acception de Socrate au-delà de la métaphysique aristotélicienne.
Il sera repris au XIIe siècle par Moïse Maïmonide philosophe et médecin juif de la cour de Saladin et, à travers lui, au XIIIe siècle par Thomas d'Aquin puis John Duns Scot.
Thomas d'Aquin utilise le terme sous sa forme latine individuatio et reprend ce même principe en parlant d'individuation des formes substantielles, sens qui perdurera dans le thomisme :
« Ce que la doctrine thomiste de l'individuation a pour objet d'expliquer, c'est l'individuation même, et rien d'autre. De ce qu'il n'y aurait pas d'individus s'il n'y avait pas de corps humains, il ne résulte aucunement que ce soit le corps qui confère à l'individu sa dignité ni même qui en définisse l'originalité[8]. »