Induction embryonnaire

From Wikipedia, the free encyclopedia

L'induction embryonnaire est un phénomène d’interaction qui fait intervenir des cellules et en particulier des tissus : un tissu va induire un signal qui va être reçu par un autre tissu, provoquant ainsi un changement dans sa différenciation. Ces signaux d’induction sont de natures chimiques et généralement sous forme de gradient et parviennent à changer l’expression des gènes des cellules du tissu récepteur induisant leur différenciation[1],[2].

La compétence d’une cellule ou d’un tissu, qui correspond à sa capacité à recevoir un signal inducteur et à y répondre, joue évidemment un rôle essentiel dans ce mécanisme dans la mesure où ce tissu ne sera compétent que pendant une période de temps très limitée et que ses régions ne sont pas toujours toutes compétentes. Ainsi, l’induction embryonnaire est un phénomène à la fois complexe et précis où les notions de temps et de localisation sont essentielles[3].

Chez les invertébrés, l’induction embryonnaire est un mécanisme qui a très peu été étudié mais qui participe probablement à leur développement comme cela a pu être illustré par les expériences de Hôrstadius en 1973 où il a découvert chez les oursins que les micromères, qui représentent un centre qui induit des signaux inducteurs, sont capables d’induire la différenciation de cellules en endomésoderme (tissu qui n’est pas différencié encore en endoderme et mésoderme) notamment lorsqu’il transplantait ce centre dans le pôle animal d’un autre embryon, entrainant la formation d’un autre endomésoderme[4].

Chez les vertébrés, il semblerait que l'interaction entre cellules qui participent à l’induction embryonnaire soit le mécanisme le plus répandu dans leur développement mais l’analyse la plus complète de l’induction embryonnaire a été faite chez les amphibiens, et ceci peut s’expliquer par la grande taille et la facilité de manipulation de leurs œufs et embryons[1].

Découverte

Hans Spemann (1869-1941) reçoit le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1935

L’induction embryonnaire aurait été découverte par Hans Spemann en 1901 et par la suite par Lewis en 1904 lors d’expériences sur des espèces appartenant au groupe rana concernant la formation du cristallin de l’œil qui proviendrait d’une induction provenant du lobe optique sur l’ectoderme[5],[1].

Par la suite, en 1924, Hans Spemann et Hilde Pröscholdt Mangold vont faire des expériences de transplantation de lèvre blastoporale entre espèces d’amphibien Triturus, menant à la formation d’une seconde plaque neurale à l’endroit de la greffe, d’un axe bilatéral et montrant la participation des cellules hôtes qui ont subi une induction à la formation de nouvelles structures induites par la greffe. En outre, en greffant une partie d’un embryon, ils ont découvert qu’ils pouvaient induire sur l’embryon receveur la formation non complète d’un autre embryon[6],[7].

En 1935, Hans Spemann a reçu le prix Nobel de physiologie ou médecine pour sa découverte de l’organisateur embryonnaire (ou organisateur de Spemann). C’est cet organisateur qui est à l’origine de l’organisation du développement du corps de l’embryon et notamment chez les amphibiens de la formation du tube neural par induction[8]. Il publiera en 1938 « Embryonic Development and Induction » où il relatera ses expériences[6].

Types d'induction embryonnaire

À travers la littérature, on pourra constater que différentes catégories ont été nommées afin de classifier les inductions embryonnaires selon leurs caractéristiques de base.

Inductions embryonnaires primaire et secondaire

On distinguera les inductions primaires des inductions secondaires : les premières résultant de l'interaction entre les feuillets embryonnaires (ectoderme, mésoderme et endoderme) et la seconde résultant de l'interaction entre des tissus qui ont déjà subi une différenciation[9].

Une induction primaire largement étudiée est celle que l’on voit durant la gastrulation où une interaction entre l’ectoderme et le mésoderme dorsaux donne naissance au tube neural (on a donc ici une différenciation du système nerveux)[9].

Une induction secondaire connue est celle de la différenciation du cristallin que l’on retrouve chez les vertébrés. Cette différenciation se fait à partir l’ectoderme de surface et par l’intermédiaire d’un signal émis par l’ectoderme neural plus bas[9].

Inductions embryonnaires permissive et instructive

Par ailleurs, on distingue deux autres termes pour définir des inductions spécifiques : les inductions permissives au cours desquelles le tissu cible ou la cellule cible sous l’influence du signal se différencie mais ne change en rien si le signal n’est pas reçu; et les inductions instructives durant lesquelles le tissu cible ou cellule cible se différencie de façon spécifique lorsqu’il reçoit le signal, mais également d’une autre façon s’il ne reçoit pas le signal[10]. C'est Wessells en 1977 qui disait que les inductions instructives devaient obéir à trois règles pour être considérées instructives :

  1. « En présence du tissu A, le tissu B se développe d'une certaine manière,
  2. En l'absence du tissu A, le tissu B ne se développe pas de cette manière,
  3. En l'absence du tissu A, mais en la présence du tissu C le tissu B ne se développe pas de la manière considérée »[3].

Inductions embryonnaires endogène et exogène

D’autre part, Lovtrup en 1974 a nommé induction embryonnaire endogène endogenous induction ») et exogène exogenous induction ») comme étant les deux catégories de base pour classer les différentes types d’induction embryonnaire. Ainsi, l’induction embryonnaire endogène est caractérisée par le fait que des cellules embryonnaires produisent de façon endogène et graduelle des inducteurs qui vont venir les influencer elles-mêmes, créant ainsi un nouveau modèle de diversification. La résultante est que ces cellules vont s’auto-transformer ou s’auto-différencier[11]. Lovtrup avait donné comme exemple notamment les cellules mésenchymateuses du pôle ventral des échinides et les cellules de la lèvre dorsale du blastopore des amphibiens (« yolk laden cells ») dans lesquelles l’induction endogène se produisait. L’induction embryonnaire exogène quant à elle, a lieu lorsqu’une cellule ou un tissu est mis dans un embryon et qu’il, par un contact inductif, exprime un processus de diversification sur les cellules environnantes[11]. Il a été décrit par Grobstein en 1964, qu’il existe deux sous-types d’induction embryonnaire exogène nommés homotypique et hétérotypique selon que l’induction induit justement la formation d’un tissu qui va être similaire (induction homotypique) ou différent (induction hétérotypique) au tissu inducteur. Ainsi, dans l’induction embryonnaire exogène homotypique, on aura par exemple une cellule différenciée qui va produire un signal inducteur qui va lui permettre de maintenir ses caractéristiques mais également d’envoyer le signal et d’induire la différenciation des cellules voisines en cellules similaires à la cellule inductrice. Pour l’induction embryonnaire exogène hétérotypique, il semblerait, selon Lovtrup, que le meilleur exemple se trouve chez les amphibiens et soit celui de la notochorde implantée dans un embryon qui donne lieu à un second axe embryonnaire[11].

Induction embryonnaire du mésoderme

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI