Médaille du combat au corps à corps

décoration militaire allemande du Troisième Reich From Wikipedia, the free encyclopedia

La médaille du combat au corps à corps est une décoration militaire du Troisième Reich, instituée le par Adolf Hitler pour récompenser les soldats ayant participé à des affrontements au corps à corps.

Décerné parTroisième Reich
TypeMédaille de mérite militaire
Décerné pourParticipation à un nombre déterminé d’affrontement au corps à corps.
ÉligibilitéMilitaires
Faits en bref Conditions, Décerné par ...
Médaille du combat au corps à corps
(de) Nahkampfspange
Illustration.
Avers
Médaille du combat au corps à corps de classe bronze.
Conditions
Décerné par Troisième Reich
Type Médaille de mérite militaire
Décerné pour Participation à un nombre déterminé d’affrontement au corps à corps.
Éligibilité Militaires
Détails
Statut N’est plus décernée
Grades Bronze, argent, or
Statistiques
Création
Dernière attribution
Total env. 36 400 bronze
env. 9 500 argent
env. 610-640 or
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La médaille comprend trois classes  bronze, argent, or  correspondant respectivement à quinze, trente et cinquante jours en combat rapproché, c’est-à-dire de jours complets pendant lesquels le soldat a combattu à pied à la baïonnette ou au couteau. Il est toutefois possible de comptabiliser des moitiés et des quarts de journées et de les additionner pour faire des jours complets. Le nombre de décorés se monte à environ 36 400 pour la classe bronze, 9 500 pour l’argent et entre 610 et 640 pour l’or.

Considérée par Hitler comme l’une des plus importantes décorations militaires, cette médaille se démarque des autres décorations de l’armée de terre allemande de la Seconde Guerre mondiale par sa forme horizontale allongée et son port au-dessus des autres décorations de poitrine. À l’instar de la plupart des médailles de la période nazie, le port de la version originale est interdit en Allemagne.

Histoire

photographie d’une médaille en bronze
Médaille du combat au corps à corps de niveau bronze dans sa version dénazifiée postérieure à 1957.

Considérant que le combat au corps à corps n’est pas suffisamment récompensé, en particulier sur le front de l’Est où ces affrontements sont acharnés, Adolf Hitler crée la médaille du combat au corps à corps par une ordonnance du . Les détails de mise en œuvre sont ensuite précisés par un règlement publié par l’Oberkommando des Heeres (OKH, « commandement suprême de l’armée de terre ») le [1],[2]. La conception de la décoration est assurée par Wilhelm Ernst Peekhaus à Berlin[3]. Par la suite, Hitler insiste régulièrement sur l’importance de cette distinction, affirmant ainsi dans l’ordre no 174 de l’OKH que le grade or de la médaille est la plus importante décoration allemande pour l’infanterie après la croix de chevalier de la croix de fer[3]. Bien qu’il semble que des soldats aient été éligibles à la classe or dès l’été 1943, la première cérémonie de remise n’a lieu que le , quand Hitler remet la médaille en or à quatorze officiers de la Heer et de la Waffen-SS, parmi lesquels Léon Degrelle[4].

Les conditions de remise sont modifiées par l’ordre de l’OKH no 443 du , qui restreint notamment la notion de combat au corps à corps pour en exclure les actions contre les partisans. Une nouvelle modification a lieu le afin de récompenser les soldats séparés de leur unité qui parviendraient à la rejoindre après avoir été isolés derrière les lignes adverses[3].

L’évaluation du nombre exact de médailles du combat au corps à corps décernées est difficile, la gestion étant assurée à l’échelon régimentaire. Ainsi, à la fin du mois d’, le service du personnel de l’OKH répertorie 403 titulaires de la médaille de la classe or, mais ce chiffre ne tient pas compte des cas qui ne lui ont pas été remontés, probablement nombreux dans le désordre des derniers mois de la guerre, ni des médailles décernées aux membres d’autres branches comme la Waffen-SS[5]. Si les chiffres exacts varient selon les auteurs, l’estimation générale se situe à environ 36 400 médailles de bronze décernées, 9 500 en argent et entre 610 et 640 en or. Par comparaison, dix-neuf millions de soldats ont combattu sous l’uniforme allemand pendant la Seconde Guerre mondiale[6],[4].

À l’instar des autres décorations allemandes, le port de la médaille du combat au corps à corps est interdit en Allemagne le par la Haute commission alliée et sa fabrication devient un délit passible de cinq années de prison et 25 000 DM d’amende. L’interdiction de port est allégée par la loi sur les décorations (Ordengesetz) du  : les titulaires de la médaille peuvent la porter, mais uniquement dans une version « dénazifiée » ne comportant ni l’aigle, ni la croix gammée[7],[8].

Description

Médaille

photographie d’une médaille en bronze sur tissu gris
Médaille de classe bronze.
photographie d’une médaille argentée sur tissu gris
Médaille de classe argent.
photographie d’une médaille dorée sur tissu gris
Médaille de classe or.

La médaille du combat au corps à corps se distingue nettement des autres décorations similaires par sa forme allongée dans le plan horizontal. Elle mesure ainsi 97 mm de long pour 26 mm de haut. Elle comprend une partie centrale carrée formée d’un cadre en feuilles de chêne dans lequel se croisent une baïonnette et une grenade à manche. Le sommet du cadre est occupé par la variante de la Heer du Reichsadler tenant dans ses serres la croix gammée. Les creux de cette partie sont évidés et mis en relief par un fond sombre. Le carré est prolongé à gauche et à droite par une projection à motif de rayons, par-dessus lesquels se trouve une ligne de quatre feuilles de chêne. Le revers est plat et essentiellement occupé par l’épingle, qui se caractérise toujours par un centre plus large que ses extrémités. L’épingle est attachée au corps de la médaille à droite par une charnière et se verrouille à l’aide d’un crochet soudé à gauche. Au centre se trouve l’insert permettant d’obtenir le fond sombre pour la gravure de l’avers. Les marquages du fabricant sont la plupart du temps situés dans les zones vides de part et d’autre de l’insert[7],[3].

L’immense majorité des médailles est fabriquée en zinc avec un placage bronze, argent ou or selon le niveau de la décoration. Certaines, peut-être les plus anciennes, sont en tombac et il existe également quelques exemplaires en aluminium[7],[3]. La fabrication se fait par forgeage ou moulage et est généralement de qualité, bien que, à l’instar des autres décorations, celle-ci se dégrade vers la fin de la guerre[9].

Emballage et accessoires

portrait en noir et blanc d’un soldat en uniforme
Emplacement réglementaire de la médaille du combat au corps à corps lorsqu’elle est portée en même temps qu’une barre de rubans. En l’absence de celle-ci, la décoration se positionne à sa place.

En sortie d’usine, les médailles de niveau bronze et argent sont emballées dans un papier tissue et placées dans une boîte en carton dont le couvercle porte en lettres noires l’indication Nahkampfspange avec en dessous le rang concerné. Afin de faire des économies, la boîte est remplacée par la suite par un simple sachet en cellophane[10]. Cet emballage porte les mêmes inscriptions que la boîte, ainsi que la marque et la mention de garantie de la Leistungsgemeinschaft Deutscher Ordenshersteller (LDO, « association des fabricants allemands de décorations ») : celle-ci indique que le fabricant est responsable de la qualité du produit délivré et est obligé de l’échanger si celui-ci n’est pas conforme[11],[12]. Ces emballages sont rarement conservés et le plus souvent jetés au moment où la décoration est remise au bénéficiaire[12],[13]. Les médailles de rang or sont accompagnées d’une boîte de présentation avec une garniture en satin noire et blanche à l’intérieur[7].

Le récipiendaire se voit également remettre un brevet en même temps que la médaille. Celui-ci est un formulaire préimprimé au format A5 indiquant le nom de la décoration décernée et comportant des champs à remplir avec le grade, le nom, l’unité, la date et le lieu d’établissement de l’acte. Le remplissage est parfois fait à la main, mais le plus souvent à la machine à écrire, puis le brevet est tamponné et signé par l’officier autorisant la remise, par exemple le commandant du régiment. Ce brevet permet au bénéficiaire de se procurer, à ses frais, d’autres exemplaires de la décoration dans les boutiques affiliées à la LDO[14]. Il peut également acheter, toujours à ses frais, une version miniature de la médaille à épingler sur les vêtements civils[15].

Variantes

photographie d’une médaille avec un aigle entouré de feuilles de chêne
Imitation de la variante de la médaille de classe or dans la variante de la Luftwaffe, musée de l'Armée (Stockholm).

Une variante pour la Luftwaffe est instituée le . Elle dispose des mêmes classes et règles d’attribution, mais la médaille comporte l’aigle de la Luftwaffe au lieu de celui de la Heer. Par ailleurs, ce dernier, ainsi que la baïonnette et la grenade, sont argentés, quelle que soit la classe. Il n’existe toutefois aucun élément attestant que cette variante ait été remise, ou même produite, avant la fin de la guerre[16]. Les soldats de la Luftwaffe décorés de la médaille du combat au corps à corps semblent ainsi tous avoir reçu la version de la Heer[17].

Il existe une version de haute qualité en tombac doré au mercure, qui se distingue également par la méthode d’attache de l’insert avec un rivet. Ces exemplaires, non marqués, semblent avoir été fabriqués par C.E. Juncker, mais leur destination n’est pas clairement déterminée. Selon une légende urbaine ces médailles auraient été remises lors de deux cérémonies spéciales présidées par Hitler et Himmler à Ulm en 1945, mais les recherches menées auprès des récipiendaires présents à ces cérémonies ont démontré qu’ils ont reçu la version standard[7].

Port

La position réglementaire de la médaille du combat au corps à corps est au-dessus de la poche gauche de l’uniforme. Si le récipiendaire dispose d’autres décorations se portant sous la forme de ruban, par exemple la croix de fer, celles-ci se portent plus bas. Cette position proéminente de la médaille du combat au corps à corps, au-dessus de toutes les autres décorations à l’exception de la croix de chevalier de la croix de fer, est un indicateur de son importance[18].

Attribution

photographie en noir et blanc montrant une ligne de soldats devant laquelle passe deux officiers qui les saluent en leur donnant des médailles
Cérémonie de remise de médailles de classe or présidée par Heinz Guderian le .

Les critères définis par Hitler le stipulent que la décoration peut être remise à n’importe quel soldat, quels que soient son arme et son grade, ayant atteint un nombre déterminé de jours de combat au corps à corps. La décoration est organisée en trois classes : le premier niveau, bronze, correspond à quinze jours, le deuxième, argent, à trente jours et le troisième, or, à cinquante jours. Afin de ne pas désavantager les vétérans, le temps de service sur le front de l’Est compris entre le et le est converti en jours de combat au corps à corps : huit mois équivalent ainsi à cinq jours, douze mois à dix jours et quinze mois à quinze jours[1].

La décision de remettre la décoration revient au commandant de la division ou à un officier de rang supérieur. Celui-ci peut, dans des circonstances exceptionnelles, remettre la médaille à un soldat n’ayant pas atteint le nombre de jours nécessaires si celui-ci a reçu des blessures l’empêchant définitivement de combattre. Il faut toutefois que celui-ci ait déjà atteint dix jours de combat au corps à corps pour prétendre au premier grade, vingt jours pour le deuxième et quarante pour le troisième. Enfin, à partir du , tout soldat déjà détenteur de la médaille de rang bronze ou argent peut être promu directement au rang supérieur dans le cas où il parviendrait à rejoindre son unité après en avoir été séparé et être resté isolé derrière les lignes ennemies[3]. Bien que Hitler semble avoir souhaité remettre lui-même la médaille de classe or, il n’en a remis que cinquante-trois lors de dix cérémonies. C’est plus que Heinz Guderian, qui en a remis treize, mais moins que Heinrich Himmler, qui en a remis cent six. Toutefois, la réalité de la guerre fait que la majeure partie a été remise directement sur le front, le plus souvent par un général de la division concernée[4].

scan d’une double page d’un livret administratif rempli à la main et tamponné
Extrait d’un Soldbuch montrant sur la page de gauche le décompte des jours de combat au corps à corps, avec le lieu et la validation du supérieur.

Un combat au corps à corps est défini comme un affrontement à pied, sans être protégé par des fortifications et effectué avec des armes de corps à corps, par exemple à la baïonnette ou au couteau de tranchée[19],[1]. Ainsi, selon la règle, tout affrontement est éligible du moment qu’il y a usage d’armes de corps à corps et que « le blanc des yeux de l’ennemi est visible ». Les circonstances sont par conséquent indifférentes, qu’il s’agisse de l’assaut ou de la défense d’une position, d’une patrouille derrière les lignes ennemies ou de la protection d’une colonne de ravitaillement à l’arrière[19]. Néanmoins, l’ordre no 443 de l’OKH du limite le décompte aux combats ayant eu lieu contre des troupes régulières, excluant de fait les affrontements contre les partisans[3].

Chaque soldat note ses jours de combat au corps à corps dans son Soldbuch et ils sont ensuite vérifiés par son supérieur[1]. Le comptage est plus rigoureux que pour les autres distinctions similaires, pour lesquelles un affrontement compte comme un jour : dans le cas de la médaille du combat au corps à corps, un jour doit correspondre à un jour complet de combat ; dans le cas contraire il faut compter des quarts ou des moitiés de journée[20].

Privilèges associés

Les récipiendaires de la médaille de classe or se voient accorder une permission spéciale de vingt-et-un jours, ce qui représente une durée considérable. Par ailleurs, à partir de , ils sont également dispensés de service au front pour une durée d’un an. De manière générale, la plupart des récipiendaires de ce niveau sont réaffectés par la suite aux écoles et quartiers-généraux, ainsi qu’à la Führerbegleitbrigade[21].

Bien qu’il ne s’agisse pas d’une règle codifiée et que ce ne soit pas systématique, il est d’usage de remettre d’autres décorations en même temps que la médaille du combat au corps à corps, si le récipiendaire ne les possède pas encore. Ainsi, la médaille de niveau bronze est généralement accompagnée de la croix de fer de deuxième classe, le niveau argent de la croix de fer de première classe et le niveau or de la croix allemande en or[22]. À partir de , il devient également possible de promouvoir le récipiendaire de la médaille de classe or au grade supérieur sans autre justification. Il n’est toutefois pas certain que cette disposition ait effectivement été mise en œuvre[23].

Annexes

Liste des fabricants

Davantage d’informations Fabricant, Marque ...
Fabricant Marque
A.G.M.u.K.[24] Inscription sur une ligne « A.G.M.u.K.4 GABLONZ. » ou sur trois lignes : première ligne AUSF., deuxième ligne A.G.M.u.K., troisième ligne GABLONZ.[25].
Josef Feix & Söhne[24] Initiales JFS encadrées[25].
Gebrüder Wegerhof[26] Lettres G, W et L inscrites dans un cercle ou inscription G.W.L.[27]
Hymmen & Co.[26] Inscription sur deux lignes : H. & C. en haut, L. en bas[27].
C.E. Junker[26] Grande variété d’inscriptions comportant généralement « C.E. JUNCKER BERLIN »[27].
Friedrich Linden[28] Trois cercles disposés en trèfle, avec la lettre F inscrite dans le cercle du haut et L dans chacun de ceux du bas[29].
Rudolf Souval[30] Initiales R.S.[31]
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Bibliographie

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Florian Berger, The Face of Courage : The 98 Men Who Received the Knight’s Cross and the Close-Combat Clasp in Gold, Mechanicsburg, Stackpole Books, (ISBN 9780811744904). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (de) Kurt Klietmann, Auszeichnungen des deutschen Reiches 1936-1945, Stuttgart, Motorbuch Verlag, (ISBN 3879436894). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Robin Lumsden, Medals and Decorations of Hitler’s Germany, Airlife, (ISBN 9781840371789). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Michael F. Tucker et Stephen Thomas Previtara, German Combat Badges of the Third Reich, vol. 1, Winidore Press, (ISBN 0-9673070-1-5). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Gordon Williamson, World War II German Battle Insignia, vol. 365, Oxford, Osprey Publishing, coll. « Men-at-Arms », (ISBN 978-1-84176-352-1). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Articles connexes

Notes et références

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