Instruction à domicile

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L’instruction à domicile ou instruction en famille (IEF) (en anglais, homeschooling) est une situation d'instruction ou d'enseignement alternative proposée par les parents à leurs enfants, qui se déroule au sein du foyer. Encore méconnu en France et dans les pays latins, ce mode d'instruction prend une importance notable et croissante dans les pays anglo-saxons (Royaume-Uni, États-Unis, Canada, Nouvelle-Zélande, Irlande) depuis la fin des années 1980.

Une mère faisant réviser sa fille à la maison.

Définition

Le terme englobe plusieurs philosophies et pratiques très variées. Il y a également d'autres termes (souvent anglophones) avec des connotations légèrement différentes : homeschooling, unschooling, non-scolarisation (non-sco) et en zone francophone « instruction en famille » ou « à domicile » qui sont les appellations utilisées dans la loi française[1].

On retrouve dans les lois aussi bien françaises que belges la notion d'obligation « scolaire » alors que dans les faits il s'agit d'une obligation « d'instruction » ; elle-même fréquemment et radicalement contestée par de nombreux mouvements défendant la « cause des enfants » au sens que lui donnait Christiane Rochefort.

Au Québec on préfère amplement le terme éducation, parce qu’instruction semble chargé de connotations trop impératives, et se réfère seulement à des connaissances factuelles ou opératoires.

Motivations

Les motivations sont très diverses et peuvent correspondre à plusieurs catégories, qui parfois se recoupent : les motivations liées à l'enfant (dont santé et handicap, activités artistiques ou sportives)[2] ; les motivations liées au mode de vie familial (voyage, itinérance, éloignement géographique), liées au vécu des parents, à des convictions, au milieu scolaire (parfois confirmées par le vécu de l'enfant, dont harcèlement scolaire, doutes sur la socialisation à l'école, diverses violences scolaires[3], respect des rythmes physiologiques, niveau scolaire jugé en baisse[4]).

Une enquête réalisée dans le cadre du recensement américain donne un aperçu des motivations des parents choisissant de ne pas envoyer leurs enfants à l'école dans ce pays[5] : la supériorité de l'éducation à la maison (50,8 %) des parents ; motivations religieuses (33,0 %) ; mauvaise qualité de l'environnement scolaire (29,8 %) ; objection au contenu des programmes scolaires (14,4 %) ; niveau insuffisant de l'enseignement scolaire (11,5 %).

En France, un extrait de « Instruction(s) en famille. Explorations sociologiques d’un phénomène émergent » de Philippe Bongrand et Dominique Glasman présente la situation de façon plus nuancée : sur les 0,17 % d’enfants âgés de six à seize ans qui sont instruits en famille sans inscription réglementée au CNED, on trouve des situations qui représentent des problèmes ou des populations qui ne leur sont pas toujours spécifiques. Par exemple, faire travailler à la maison un enfant empêché par la maladie de fréquenter un établissement scolaire peut poser des questions pratiques, pédagogiques ou éducatives que rencontrent également des familles qui ont choisi de ne pas scolariser. Par ailleurs, certains segments de la population instruisant en famille partagent des références et pratiques avec les acteurs des pédagogies et établissements « alternatifs »[1].

Choix éducatifs

On constate ainsi qu'il existe une grande diversité d'approches expérimentées par les familles, principalement à cause de leurs choix éducatifs très différents.

On distingue parmi elles plusieurs « courants » : certaines font ainsi le choix de suivre des cours par correspondance, en tant que support durant l'année scolaire, via un centre public (comme le Centre national d'enseignement à distance (Cned) en France) ou des cours privés. D'autres utilisent des pédagogies particulières comme Montessori, Steiner, Freinet, Decroly… On trouve encore les « homeschoolers » qui décident de s'accompagner grâce à divers supports (logiciel éducatif, manuels scolaires, ressources, etc.). Pour les « unschooleurs » et les défenseurs des apprentissages informels, l'apprentissage est libre et autogéré[6],[7], puisqu'en France les parents ne sont pas obligés d'adopter les méthodes instaurées par l'Éducation Nationale et peuvent suivre leur propre ordre de progression.

Néanmoins, la loi impose que chaque enfant instruit en famille ait acquis des connaissances inscrites dans le Socle commun des connaissances et compétences à la fin de la période d'instruction obligatoire (Article L122-1-1 du Code de l'Éducation).

Débats

Avantages et difficultés

Jolyn Whitaker résume en 2005 les avantages et difficultés auxquels sont confrontés les parents qui choisissent l'école à la maison. Les principaux avantages sont le temps passé avec les enfants, le contrôle de ce que l'enfant apprend, une plus grande implication dans la transmission de valeurs, la protection de l'enfant vis-à-vis de situations sociales négatives, de mauvaises influences… Elle cite également le plaisir des parents à s'impliquer en commun dans l'éducation de leurs enfants. En outre, l'école à la maison permet aux parents de s'occuper individuellement de l'enfant et leur permet d'adapter l'apprentissage à son rythme et à ses difficultés. La possibilité d'une pédagogie différenciée est également l'un des principaux arguments avancés par Catherine Baker, une des références francophones du mouvement pour la déscolarisation (et contre toute idée, estimée mortifère, de pédagogie)[8].

Les principales difficultés mentionnées par Whitaker sont le coût, la motivation de l'enfant, la nécessité de défendre le choix de l'école à la maison vis-à-vis de son enfant et des autres, l'effort nécessaire pour s'assurer que l'enfant a l'occasion de rencontrer d'autres enfants de son âge et la peur des parents d'être incapables de couvrir l'ensemble des programmes scolaires[8].

Socialisation

Robert Epstein, ex-rédacteur en chef de Psychology Today, considère que le prolongement de la scolarisation obligatoire et le fait de « parquer » les adolescents entre eux les infantilisent, alors que l'enseignement personnalisé en contact plus rapproché avec des adultes, comme l'instruction à la maison, permet une maturation plus rapide et d'éviter la crise de l'adolescence. Crise qui est en grande partie une conséquence de cette longue scolarité obligatoire pendant laquelle les adolescents sont traités comme des enfants et n'ont comme modèles et compagnons que d'autres adolescents[9].

Dérives sectaires

Le premier rapport annuel publié en 2003 par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES), a fait le constat que la « suspicion de dérive sectaire n'est apparue que très rarement lors [des] contrôles [pédagogiques] »[10] menés par les inspecteurs d'académie. En 2006, l'agence gouvernementale rappelle à nouveau qu’« il faut se garder de considérer que les parents qui éduquent leurs enfants à domicile ou les établissements privés hors contrat relèvent de la sphère des activités de nature sectaire »[11].

Situation juridique

Notes et références

Voir aussi

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