Interface forêt-urbain
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Dans le domaine de l'aménagement du territoire, de la biogéographie ou de la lutte contre les incendies, l'expression interface forêt-urbain (IFU) (wildland–urban interface ou WUI, en anglais) désigne la zone de transition, plus ou moins nette ou progressive, entre la nature sauvage (terres inoccupées) et les terres développées par l'activité humaine – la zone où un environnement bâti rencontre un environnement naturel ou s'y mêle. En géographie francophone et en aménagement du territoire, on utilise aussi le terme de « californisation » pour désigner l’interface forêt-urbain." Les établissements humains de l'IFU courent un plus grand risque d'incendies de forêt catastrophiques et ont fait à ce titre l'objet de nombreuses études, notamment aux États-Unis où a émergé le concept de « communauté résiliente aux feux ».
Changements de population
Aux États-Unis, l'interface forêt-urbaine (IFU) a deux définitions.
- Le Service forestier des États-Unis la définit qualitativement comme un lieu où « les humains et leur développement se rencontrent ou se mélangent à des combustibles naturels »[1]. Les communautés situées dans un rayon de 0,5 milles (0,804672 km) de la zone y sont incluses.
- Pour le Federal Register : il s'agit des zones naturelles ou semi-naturelles de type forêt ou maquis contenant au moins une unité d'habitation par 40 acres (16,18742568 ha) (cette définition est plus quantitative).
La définition du Federal Register subdivise l'IFU en deux catégories, selon la densité de végétation :
- - l'IFU Intermix (Intermix WUI) : terrains contenant au moins une unité d'habitation par 40 acres (16,18742568 ha) et où la végétation occupe plus de 50 % de la superficie terrestre ; un IFU est dit mélangé fortement végétalisé si la végétation occupe plus de 75 % du sol (au moins 5 km2).
- - l'IFU d'interface (Interface WUI) : terrains contenant au moins une unité d'habitation par 40 acres (16,18742568 ha) et où la végétation occupe moins de 50 % de la superficie terrestre (au moins 2,4 km2)[2].
Le développement humain empiète de plus sur la nature, ce qui conduit à une augmentation exponentielle de l'écotone nature-ville.

L'urbanisme diffus en milieux naturels et/ou boisés et le mode d'occupation des sols qui a connu la croissance la plus rapide aux États-Unis de 1990 à 2010.
Parfois il est dû à des déplacements géographiques de la population plus ou moins lié à la démographie (expansion des villes, banlieues, hameaux et lotissements vers des terres périphériques, plus ou moins sauvages). Parfois, c'est l'homme qui autour de ses habitations et infrastructures a boisé des sols autrefois cultivés ou naturellement plus ouverts.
Dans 97 % des cas, il s'agissait de nouvelles constructions de logements[3]. Aux États-Unis, à l'échelle du pays, le phénomène augmente de 18 % par décennie (6 millions de logements supplémentaires construits de 1990 à 2000, soit 32 % des structures habitables en 2013).
Tendances
À l'échelle mondiale, l'interface forêt-urbain est en forte croissance, par exemple en Argentine, France, Afrique du Sud, Australie et dans les régions du pourtour de la mer Méditerranée[3],[4].
Et les prospectivistes s'attendent à ce que le phénomène se poursuive, notamment en raison de la migration attendue des baby-boomers à la retraite vers des communautés plus petites où le coût de la vie est moindre, proche d'une nature récréative et de beaux paysages[1].
Le changement climatique, et le vieillissement de la population entraîne également des flux de population vers ces interfaces avec des milieux plus naturels, ainsi que des changements dans la composition de la faune et de la flore de ces écotones[5],[3],[6].
Effets écologiques
Les impacts les plus importants sont une dégradation rapide de l'indice d'intégrité forestière, avec en général l'apparition d'un maillage routier et de chemins, ainsi que de clôtures, initiant ou aggravant la fragmentation écopaysagère et de nouveaux effets-lisière. Dans le même temps, on observe un risque accru de pollution lumineuse, de pollution sonore, de dérangement, d'artificialisation et imperméabilisation des sols, de roadkill, d'incendies de forêts, d'utilisation d'engrais et de biocides et pesticides polluants, de surconsommation d'eau, d'introduction de microbes et d'espèces exotiques envahissantes et non-indigènes par l'homme (via les voies de transport, les jardins et autres aménagements paysager, notamment), au détriment des paysages et de la biodiversité.
La faune, la flore, les microclimats et les écosystèmes locaux peuvent alors être rapidement affectés, souvent irréversiblement au échelles humaines de temps[3].
Les espèces commensales de l'Homme se multiplient (rats notamment) et certains animaux de compagnie (chat et chien en particulier) peuvent par exemple tuer ou éloigner de grandes quantités d'oiseaux et autres petits animaux sauvages[7].
La fragmentation des forêts est l'un des aspects préoccupants de la rapide croissance des interfaces entre milieux construits et forêts, susceptible d'entraîner des conséquences écologiques imprévues et délétères. On a par exemple montré que la simple fragmentation accrue des forêts peut entraîner une augmentation de la prévalence de la maladie de Lyme[8] (les souris à pattes blanches, hôte principal de la tique vectrice de la maladie de Lyme, prospèrent dans ces habitats fragmentés)[9].
L'urbanisation croissante a de nombreux effets sur les communautés floristiques[10] et par suite sur les communautés animales et les écopaysages.
De plus, les vecteurs de maladies présents dans ces parcelles (parfois isolées) peuvent subir une différenciation génétique, augmentant leur capacité concurrentielles et de survie dans cet environnement anthropisé et en général.
L'augmentation du risque d'incendies de forêt est démontrée dans ces zones d'interfaces. Plus de la moitié des départs de feux sont très proches d'une habitation ou d'une route, et la plupart des incendies ont une origine humaine.
Les changements écologiques provoqués par l'artificialisation des milieux et l'influence humaine, dont le dérèglement climatique, une forte consommation d'eau, la destruction ou le recul des zones humides, la fragmentation, destruction ou banalisation des autres habitats naturels, etc. ont souvent abouti à une aridification et/ou à un appauvrissement écologique des zones périphériques aux interfaces ville-nature[11].
En Amérique du Nord, au Chili et en Australie, la fréquence anormalement élevée des incendies dus aux graminées annuelles exotiques a entraîné un recul, voire la disparition de divers types de zones arbustives indigènes[4].
