Interlingua (IALA)
langue auxiliaire internationale créée par l'IALA
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L'interlingua est une langue construite élaborée par l'International Auxiliary Language Association (IALA).
| Interlingua Interlingua | ||
Drapeau officiel de l’interlingua[1] | ||
| Auteur | International Auxiliary Language Association | |
|---|---|---|
| Nombre de locuteurs | 1 500 en 2000[2] | |
| Catégorie | langue auxiliaire internationale naturaliste | |
| Classification par famille | ||
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| Codes de langue | ||
| IETF | ia
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| ISO 639-1 | ia
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| ISO 639-2 | ina
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| ISO 639-3 | ina
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| Étendue | Langue individuelle | |
| Type | Langue construite | |
| Glottolog | inte1239
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| Échantillon | ||
| Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français) Tote le esseres human nasce libere e equal in dignitate e in derectos. Illes es dotate de ration e de conscientia e debe ager le unes verso le alteres in un spirito de fraternitate. | ||
| modifier |
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La construction de l'interlingua par l'IALA débuta en 1924 et fut achevée en 1951. L'un des principaux contributeurs a été Alexander Gode, auteur d'un précis grammatical, d'un dictionnaire interlingua-anglais et d'un ouvrage d'introduction à la langue intitulé Interlingua a Prime Vista, on peut également citer comme collaborateurs Otto Jespersen, Edward Sapir et André Martinet, ainsi que Clark Stillman (en) avec qui Alexander Gode publia la langue.
Le vocabulaire de l'interlingua est emprunté essentiellement aux langues romanes ainsi qu'à l'anglais, du fait qu'une grande partie du vocabulaire de ce dernier est d'origine romane. La grammaire est également inspirée de ces langues mais avec des simplifications.
Il existe aujourd'hui une Union mondiale pour l'interlingua (Union Mundial pro Interlingua), qui compte des adhérents dans le monde entier, et une Union interlinguiste de France. On trouve aussi une littérature en interlingua, ainsi que des sites Web et des revues.
Classement
L'interlingua fait partie des langues construites dites naturalistes – c'est-à-dire que ces dernières reproduisent les irrégularités des langues naturelles. À ce titre, elle est souvent présentée, avec l'occidental d'Edgar von Wahl, comme l'un des exemples de naturalisme les plus poussés. Ainsi, par exemple, l'interlingua comporte-t-elle des verbes et des pluriels irréguliers.
Locuteurs
L'interlingua est la deuxième langue construite à avoir survécu à l'épreuve du temps après l'espéranto, bien que son succès soit relatif, car elle ne compte que quelques milliers de locuteurs, soit très loin derrière l'espéranto, parlé lui dans 120 pays à travers le monde[3].
C'est également la langue naturaliste ayant eu le plus de succès[4].
Principe
Le principe se base sur le fait qu'il existe un vocabulaire international, d'origine gréco-latine, compris dans le monde entier[réf. souhaitée], il suffirait de l'employer pour se faire comprendre partout.
Ce principe se heurte à la réalité ; par exemple, l'utilisation du terme « emer », du latin emere pour « acheter », n'était clair que pour peu de gens ; aussi, on lui préfère désormais « comprar », qui est clair pour les hispanophones, les lusophones, les italophones, les occitanophones et les catalanophones.
Une solution serait de procéder comme autrefois pour les thèmes latins où l'on n'avait le droit d'employer que les mots utilisés par Cicéron et César : on usait de périphrases, dont les plus courantes étaient recensées dans les dictionnaires. On pourrait donc traduire acheter par « acquirer per moneta » mais au prix d'un alourdissement de la langue.[réf. nécessaire] De ce fait, l'expressivité de l'interlingua peut parfois se rapprocher des langues minimales.
Alexander Gode, le fondateur de l'interlingua, avait en tête le modèle du hochdeutsch (allemand standard), allemand commun artificiel créé par la chancellerie impériale à partir des formes les plus communes et que Luther a promu au rang de langue littéraire en l'employant pour la traduction de sa Bible. Mais, jusqu'ici, il n'existe pas en interlingua d'écrivain reconnu par la communauté linguistique comme un modèle à imiter. Alors que la Plena Analiza Gramatiko (Grammaire analytique complète) des espérantophones Kalocsay et Waringhien a pu être comparée au Grevisse par sa façon de proposer un bon usage en s'appuyant sur les grands maîtres qu'étaient Zamenhof ou Kabe, jamais une telle tentative n'a eu lieu en interlingua. Mais, dès les années 1960, Pierre Burney faisait remarquer que cette situation était voulue : dans l'esprit de son fondateur, l'interlingua est une réalité qui existe déjà dans le vocabulaire commun des grandes langues de culture ; elle n'a donc pas besoin d'être créée, il faut seulement que le monde en prenne conscience. Imposer un mot ou une forme, alors qu'ils peuvent être faux, serait empêcher l'évolution progressive vers le résultat final[5]. Au reste, Pierre Burney, en remarquant qu'on n'avait surtout pas voulu créer une Académie[6], évoquait un risque de dislocation de la langue et d'émiettement en dialectes.
Buts et critiques
On a opposé par exemple la régularité de l’espéranto dans la formation des familles sémantiques de mots au désordre de l'interlingua : pour la série bœuf, vache, taureau, veau, étable l’espéranto offre bovo, bovino, virbovo, bovido, bovejo quand l'interlingua propose bove, vacca, tauro, vitello, boveria. À cela, les partisans de l'interlingua répondent que celui qui connaît une langue latine, un francophone par exemple, comprend d’emblée ces dernières formes, ou a intérêt à les apprendre puisqu’il les retrouvera dans des composés (comme « stabulation »). Cette dernière remarque explique que certains professeurs, en particulier en Suède, ont eu l’idée de remplacer l’étude du latin (pratiquement exclu de l’enseignement au cours des années 1960) par celle du vocabulaire gréco-latin, en se servant pour cela de l’interlingua[7]. Il semble cependant que cette initiative ait été abandonnée.
On a reproché aussi à la grammaire d’être trop compliquée alors qu’elle s’efforce de suivre l’usage général des langues latines. C’est ainsi que dans la phrase « Si io habeva sapite io non haberea venite. » (« Si j’avais su je ne serais pas venu ») l’hypothèse s’exprime dans la principale par le conditionnel passé et dans la subordonnée par le plus-que-parfait, alors qu’en espéranto on emploiera dans les deux cas le fictif (conditionnel) : « Se mi scius, mi ne venus. ». Les partisans du naturalisme en interlinguistique ont soutenu qu’il fallait élaborer une sorte de langue romane commune sans songer au but, qu’ils jugeaient irréalisable, de réaliser une langue pour le monde entier (de Wahl avait appelé au départ son projet « occidental »). On pourrait dire la même chose pour le réfléchi employé à la place du passif : « iste vino debe beber se multo fresc » (« ce vin doit se boire très frais »).
Les difficultés de l’interlingua viennent surtout d’un conflit idéologique à la base entre ses partisans. Dès le début de l’espéranto, deux conceptions se sont affrontées : les uns, enthousiasmés par la perspective d’une fraternisation universelle, voyaient dans la nouvelle langue le moyen d’y parvenir ; les autres la considéraient uniquement comme un instrument qui permettrait aux savants du monde entier de communiquer entre eux. La crise de l’ido a précipité le départ des seconds qui ont été par la suite les premiers adhérents de l’occidental puis de l’interlingua : pour eux, et Meillet leur fait écho, c’est une chimère que de vouloir construire un monde nouveau sur une langue nouvelle. Au fondement linguistique, Gode a ajouté une base historique en estimant que l’interlingua devait se développer peu à peu, à la manière du Hochdeutsch, qui n’était à l’origine qu’une langue commune élaborée par les chancelleries pour permettre aux différentes cours allemandes d’échanger des documents administratifs.
Peu à peu les premiers fondateurs ont été supplantés par d’anciens espérantistes que des raisons diverses avaient conduits à abandonner la langue de Zamenhof. Et l’on a vu s’introduire un néologisme comme coidealista (partisan du même idéal), calqué sur le samideano (partisan de la même idée) des espérantistes ; on a même essayé de créer un mouvement ouvrier a-national pour faire concurrence à la SAT-Amikaro[8]. On peut voir dans le manifeste de Gode Cinque theses a clavar ad le portas de Babel[9] une mise en garde contre ces déviations, mais il semble ne pas avoir été compris et le site de l’UMI l’a fait disparaître.
À l'origine de l'interlingua, ses créateurs pouvaient espérer être soutenus financièrement pendant un temps suffisamment long, et c'était le cas vers la fin des années 1940, lorsque madame Morris était le mécène de l'IALA ; mais, convertie au catholicisme, elle s'est désintéressée du projet. Pris de court, Gode a publié la langue dans l'état où elle était. Selon d'autres sources, c'est la mort de madame Morris qui, en interrompant le financement, a accéléré la mise au point et la publication de la langue.
Nombre de mots
L'interlingua dispose de beaucoup de synonymes — comme die et jorno pour « jour » ; ou gorga, gurgite et jugulo pour « gorge ».
Utilisabilité
La grande majorité de son vocabulaire est d’origine romane (et beaucoup de mots grammaticaux furent repris directement du latin), auxquels s’ajoutent des mots issus du russe ou de l’allemand. L’interlingua se destinerait plutôt pour l’intelligentsia européenne, ce qui semble être le cas vu que la langue est aujourd’hui utilisée essentiellement pour des articles scientifiques, notamment de médecine[3].
Cela est confirmé par Henri Masson pour qui l'interlingua n'est pas une langue suffisamment expressive : « L’erreur de Gode est d’avoir cru à l’intérêt d’une langue qu’il destinait en fait surtout à la communication scientifique pour un usage passif (compréhension orale et écrite, par exemple pour des résumés d’articles scientifiques) et non actif (expression orale et écrite). Or, l’usage essentiel d’une langue internationale digne de ce nom est l’équilibre entre l’usage passif et actif. »[10].
Histoire
L’héritière américaine Alice Vanderbilt Morris (1874–1950) s’intéressa à la linguistique et au mouvement des langues auxiliaires internationales au début des années 1920. En 1924, Morris et son mari, Dave Hennen Morris, fondèrent l’association à but non lucratif International Auxiliary Language Association (IALA) à New York. Leur objectif était de placer l’étude des langues auxiliaires internationales (LAI) sur une base plus complexe et scientifique. Morris développa le programme de recherche de l’IALA en consultation avec Edward Sapir, William Edward Collinson et Otto Jespersen.[11]
Des recherches sur le problème des langues auxiliaires étaient en cours au Conseil international de recherche, au American Council on Education, à l’American Council of Learned Societies, ainsi qu’auprès des associations britanniques, françaises, italiennes et américaines pour l’avancement de la science, et d’autres groupes de spécialistes. Morris créa l’IALA comme une continuation de ce travail.[12]
International Auxiliary Language Association
L’IALA devint un soutien majeur de la linguistique américaine traditionnelle. De nombreuses études de Sapir, Collinson et Morris Swadesh dans les années 1930 et 1940, par exemple, furent financées par l’IALA. Alice Morris a édité plusieurs de ces études et apporté une grande partie du soutien financier de l’IALA.[12] Par exemple, Morris elle-même a édité l’étude translinguistique de 1932 sur les phénomènes de point final de Sapir et Morris Swadesh, ainsi que l’étude de 1937 sur l’indication de Collinson. L’IALA a également reçu le soutien de groupes tels que la Carnegie Corporation, la Ford Foundation, la Research Corporation et la Fondation Rockefeller.[13],[14]
Dans ses premières années, l’IALA se consacra à trois tâches : trouver d’autres organisations dans le monde ayant des objectifs similaires ; constituer une bibliothèque de livres sur les langues et l’interlinguistique ; et comparer les LAI existantes, y compris espéranto, esperanto II, ido, l’interlingua de Peano (Latino sine flexione), Novial et interlingue (occidental). Dans la poursuite de ce dernier objectif, elle a mené des études parallèles de ces langues, avec des études comparatives des langues nationales.[12]
Au deuxième Congrès international d’interlangue, tenu à Genève en 1931, l’IALA commença à ouvrir de nouvelles voies ; 27 linguistes reconnus signèrent un témoignage de soutien au programme de recherche de l’IALA. Huit autres ajoutèrent leurs signatures lors du troisième congrès, convoqué à Rome en 1933.[15] La même année, Herbert N. Shenton et Edward Thorndike influencèrent le travail de l’IALA en publiant des études dans le domaine interlinguistique.[12]
Les premières étapes vers la finalisation de l’interlingua furent prises en 1937, lorsqu’un comité de 24 linguistes issus de 19 universités publia Some Criteria for an International Language and Commentary. Cependant, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939 interrompit les réunions biannuelles prévues du comité.[16]
Développement d’une nouvelle langue
À l’origine, l’association n’avait pas l’intention de créer sa propre langue. Son objectif était d’identifier quelle langue auxiliaire déjà disponible était la mieux adaptée à la communication internationale et comment la promouvoir plus efficacement. Cependant, après dix ans de recherche, de nombreux membres de l’IALA conclurent qu’aucune des interlangues existantes n’était à la hauteur de la tâche. En 1937, les membres prirent la décision de créer une nouvelle langue, à la surprise de la communauté interlinguistique mondiale.[17]
Jusqu’alors, une grande partie du débat était équivoque sur la décision d’utiliser des mots naturalistes (par ex., l’interlingua de Peano, Novial et occidental) ou systématiques (par ex., espéranto et ido). Pendant les années de guerre, les partisans d’une interlangue naturaliste l’emportèrent. Le premier soutien vint de l’article de Thorndike ; le second fut une concession des partisans des langues systématiques, reconnaissant que des milliers de mots étaient déjà présents dans de nombreuses langues européennes, voire dans la majorité. Leur argument était que la dérivation systématique des mots constituait un lit de Procuste, obligeant l’apprenant à désapprendre et à re-mémoriser un nouveau système de dérivation alors qu’un vocabulaire utilisable était déjà disponible. L’IALA adopta dès lors la position qu’une langue naturaliste serait la meilleure.[14]
Les activités de recherche de l’IALA étaient basées à Liverpool, avant de se relocaliser à New York en raison du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, où E. Clark Stillman constitua une nouvelle équipe de recherche.[12] Stillman, avec l’aide de Alexander Gode, construisit la méthodologie de sélection du vocabulaire de l’Interlingua basée sur une comparaison de langues témoins.[14]
En 1943, Stillman partit pour des travaux de guerre et Gode devint directeur de recherche par intérim.[12] L’IALA commença à développer des modèles de la langue proposée, les premiers étant présentés dans le General Report de Morris en 1945.[17]
Les quatre modèles
De 1946 à 1948, le linguiste français André Martinet fut directeur de recherche. Pendant cette période, l’IALA continua à développer des modèles et procéda à des sondages pour déterminer la forme optimale de la langue finale. En 1946, l’IALA envoya une enquête extensive à plus de 3 000 enseignants de langues et professionnels apparentés sur trois continents.[14],[18]
Le modèle P resta inchangé par rapport à 1945 ; le modèle M était relativement moderne comparé au P plus classique. Le modèle K fut légèrement modifié dans le sens de l’Ido. Les quatre modèles proposés étaient :[14]
| Modèle P | très naturaliste, avec des formes de mots inchangées par rapport aux prototypes | ||
| Modèle M | modérément naturaliste, similaire à l’occidental | ||
| Modèle C | légèrement schématique, dans le style du Novial | ||
| Modèle K | modérément schématique, similaire à l’Ido (moins schématique que l’Espéranto)[17] |
Un exemple de phrase :
| Modèle P | très naturaliste | Jo habe nascite, o dea cum le oculos azure, de parentes barbare, inter le bone et virtuose Cimmerios | |||
| Modèle M | modérément naturaliste | Io have nascit, o dea con le ocules azur, de parentes barbar, inter le bon e virtuos Cimmerios | |||
| Modèle C | légèrement schématique | Yo ha nascet, o deessa con le ocules azur, de parentes barbar, inter le bon e virtuose Cimerios | |||
| Modèle K | modérément schématique | Yo naskeba, o dea kon le okuli azure, de parenti barbare, inter le bone e virtuose Kimerii | |||
| (Interlingua moderne) | Io ha nascite, o dea con le oculos azur, de parentes barbare, inter le bon e virtuose Cimmerios | ||||
| (Anglais) | 'I was born, O goddess with the blue eyes, of barbarian relations, among the good and virtuous Cimmerians' | ||||
Le total des votes fut : P 26,6 %, M 37,5 %, C 20 %, et K 15 %[19]. Les deux modèles les plus schématiques, C et K, furent rejetés. Parmi les deux modèles naturalistes, M reçut un peu plus de soutien que P. En tenant compte des biais nationaux (par exemple, les Français interrogés favorisèrent de manière disproportionnée le modèle M), l’IALA opta pour un compromis entre les modèles M et P, avec certains éléments de C.[18]
Finalisation
Le Germano-Américain Gode et le Français Martinet ne s’entendaient pas.[20] Martinet démissionna et prit un poste à l'université Columbia en 1948, et Gode prit en charge la dernière phase du développement de l’interlingua.[12] Sa tâche consistait à combiner les éléments des modèles M et P ; à corriger les défauts relevés par la communauté sondée et à les réparer avec des éléments du modèle C si nécessaire ; et à développer un vocabulaire. Alice Vanderbilt Morris mourut en 1950, et le financement qui avait soutenu l’IALA cessa, mais suffisamment de fonds restèrent pour publier un dictionnaire et une grammaire.[20] Le vocabulaire et la grammaire de l’interlingua furent présentés pour la première fois en 1951, lorsque l’IALA publia la Grammaire de l’interlingua finalisée et le Interlingua–English Dictionary (IED). En 1954, l’IALA publia un manuel d’introduction intitulé Interlingua a Prime Vista (« Interlingua à première vue »).
L’interlingua telle que présentée par l’IALA est très proche de l’interlingua de Peano (Latino sine flexione), tant dans sa grammaire que, surtout, dans son vocabulaire. Une abréviation distincte fut adoptée : IA au lieu de IL.
Les premières décennies de l’interlingua
Une des premières applications pratiques de l’interlingua fut la newsletter scientifique Spectroscopia Molecular, publiée de 1952 à 1980.[21] En 1954, le deuxième Congrès mondial de cardiologie à Washington publia des résumés de ses conférences en anglais et en interlingua. En quelques années, l’interlingua fut utilisée de manière similaire lors de neuf autres congrès médicaux. Entre le milieu des années 1950 et la fin des années 1970, une trentaine de revues scientifiques et médicales fournissaient des résumés d’articles en interlingua.[22] Gode rédigea une chronique mensuelle en interlingua dans le Science Newsletter publié par le Science Service depuis le début des années 1950 jusqu’à sa mort en 1970.
IALA ferma ses portes en 1953, mais ne fut pas formellement dissoute avant 1956 ou plus tard.[23] Son rôle dans la promotion de l’interlingua fut en grande partie repris par Science Service,[18] qui embaucha Gode comme responsable de sa nouvelle Division Interlingua.[24] Hugh E. Blair, ami proche et collègue de Gode, devint son assistant.[25] Une organisation successeur, l’Interlingua Institute,[26] fut fondée en 1970 pour promouvoir l’interlingua aux États-Unis et au Canada. Le nouvel institut soutint le travail d’autres organisations linguistiques, fit d’importantes contributions scientifiques et produisit des résumés en interlingua pour des publications scientifiques et médicales. L’une de ses plus grandes réalisations fut la publication de deux volumes énormes sur la phytopathologie par l’American Phytopathological Society en 1976 et 1977.[23]
Depuis les années 1980, l’UMI organise des conférences internationales tous les deux ans (la participation typique aux premières réunions était de 50 à 100 participants) et a lancé un programme éditorial ayant produit plus de 100 volumes.[27],[23] Plusieurs écoles Scandinavienes ont entrepris des projets utilisant l’interlingua comme moyen d’enseigner le vocabulaire scientifique et intellectuel international.[28]
En 2000, l’Interlingua Institute fut dissous à la suite de différends financiers avec l’UMI ; la American Interlingua Society, créée l’année suivante, lui succéda.[26]
L’interlingua aujourd’hui
L’objectif initial d’une interlangue destinée aux événements mondiaux a été confronté à la concurrence de l’anglais comme lingua franca et de l’anglais international au XXIe siècle. Par exemple, la communauté scientifique utilise fréquemment l’anglais lors de conférences et publications internationales plutôt que l’interlingua. Cependant, l’essor d’Internet a facilité l’apprentissage de l’interlingua pour le grand public intéressé par les langues construites. L’interlingua est promue à l’international par l’Union Mundial pro Interlingua. Des périodiques et ouvrages sont produits par des organisations nationales, telles que la Societate American pro Interlingua, le Svenska Sällskapet för Interlingua et l’Union Brazilian pro Interlingua.[26]
Panorama in Interlingua est le plus important de plusieurs périodiques en interlingua. Il s’agit d’un magazine de 28 pages publié bimestriellement couvrant l’actualité, la science, les éditoriaux et l’interlingua.
Caractéristiques
L'alphabet et la prononciation
L'alphabet est constitué de 26 lettres.
| Lettre | Même son en français | Alphabet phonétique international |
|---|---|---|
| a | chat | /a/ |
| b | balle | /b/ |
| c |
|
/k/, /t͡s/~/t͡ʃ/ |
| d | dodo | /d/ |
| e | è comme dans extraordinaire | /e/ |
| f | faire | /f/ |
| g |
|
/g/, /ʒ/ |
| h | se prononce comme dans l'anglais home ou ne se prononce pas ; il est silencieux après r et t | /h/~∅ |
| i | comme dans le français ici ; cependant, si le i n'est pas accentué et qu'il est suivi d'une voyelle, il se prononce comme ille dans fouille | /i/, /j/ |
| j | comme le français jeux, mais parfois se prononce dj ou ille respectivement, comme dans Djibouti et fouille | /ʒ/ |
| k | comme le français cavalier | /k/ |
| l | Lolita | /l/ |
| m | maman | /m/ |
| n | nuit | /n/ |
| o | rose | /o/ |
| p | papa | /p/ |
| q | coq (la lettre en interlingua est toujours suivie d'un u) | /k/ |
| r | russe | /r/ |
| s | suisse ; parfois, entre 2 voyelles, se prononce comme dans rose | /s/, /z/ |
| t | tata ; cependant, si suivi d'un i, se prononce tsi ou si | /t/ |
| u | comme ou dans route | /u/ |
| v | votre | /v/ |
| w | comme ou dans les mots anglais et comme v dans les mots allemands | /w/ |
| x | extérieur (ks), entre deux voyelles, se prononce parfois comme dans examen (gz) | /ks/~/gz/ |
| y | quand suivie d'une voyelle, se prononce comme le y dans mayonnaise ; autrement se prononce comme dans mythe | /i/, /j/ |
| z | zapper | /z/ |
Il convient de noter que les mots importés conservent leur prononciation et leur écriture d'origine — par exemple defait, kümmel, chec (ʧek).
L'accent
Théoriquement, il tombe sur l'avant dernière syllabe ; cependant, il arrive qu'il tombe sur la première dans beaucoup de mots ; il n'y a aucun moyen de le connaître, il faut apprendre les mots par cœur.
Dérivabilité
L'article
L'article défini est le. Il est invariable en genre et en nombre, cependant il se contracte avec les articles a et de respectivement en al et del.
L'article indéfini est un.
Les noms
Le pluriel se fait en rajoutant un s à la fin des mots se finissant par une voyelle, si le mot se finit par une consonne, le pluriel se fera avec es, cependant les mots qui se finissent en c feront leur pluriel en rajoutant hes aux mots singuliers, pour conserver la prononciation /k/ :
- melodia → melodias
- generation → generationes
- artichoc → artichoches
L'interlingua n'a pas de genre grammatical contrairement aux langues romanes (plus qu'un seul article défini), par conséquent les terminaisons caractéristiques d'un genre en latin ou dans les langues romanes ne sont plus signifiantes ici.
Adjectif/adverbe
Les adjectifs sont invariables et peuvent se placer avant ou après le nom qu'ils modifient.
Les adverbes sont créés à partir des adjectifs sur lesquels on vient mettre mente à la fin sauf si l'adjectif se finit par c on ajoutera amente à la fin.
Les comparatifs
Le comparatif relatif
On utilise le terme de comparaison (minus/tanto/plus) + le terme de la comparaison + (que/commo) ; par exemple :
Fafa es minus intelligente que Howard. Fafa est moins intelligente que Howard
Fafa es tanto intelligente como Howard. Fafa est aussi intelligente que Howard
Fafa es plus intelligente que Howard. Fafa est plus intelligente que Howard
Le comparatif absolu
Fafa ha le minus blanc dentes ex omne.
Fafa ha le plus verde dentes ex omne.
Les pronoms
| Nombre | Personne | Genre | Nominatif | Préposition | Accusatif | Relatif | Possessif
avant le nom |
Possessif
après le nom |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Singulier | 1re personne | masculin ou féminin | io | me | me | me | mi | mie |
| 2e personne | masculin ou féminin | tu | te | te | te | tu | tue | |
| 3e personne | masculin | ille | ille | le | se | su | sue | |
| féminin | illa | illa | la | se | su | sue | ||
| neutre | illo, il | illo, il | lo | se | su | sue | ||
| Pluriel | 1re personne | masculin ou féminin | nos | nos | nos | nos | nostre | nostre |
| 2e personne | masculin ou féminin | vos | vos | vos | vos | vostre | vostre | |
| 3e personne | masculin | illes | illes | les | se | lor | lore | |
| féminin | illas | illas | las | se | lor | lore | ||
| neutre | illos | illos | los | se | lor | lore |
Les verbes
| Temps/mode | Équivalent français | Interlingua | Particularités |
|---|---|---|---|
| Infinitif | tirer | tirar | — |
| Participe passé | tiré | tirate | verbes en -er: saper → sapite |
| Participe présent | tirant | tirante | verbes en -ir: sentir → sentiente |
| Impératif (et radical) | tire ! | tira! | — |
| Présent | je tire | io tira | exceptions : esser → es, haber → ha, vader → va |
| Passé | je tirais | io tirava | (alternative : io va tirar) |
| Futur | je tirerai | io tirara* | (alternative : io velle tirar) |
| Conditionnel | je tirerais | io tirarea* | — |
| NB : les formes tirara et tirarea (et toutes les verbes aux mêmes temps) sont prononcées avec l'accent sur la terminaison : tirará, tiraréa | |||
Les temps composés se forment avec haber
| Temps | Équivalent français | Interlingua | Particularités |
|---|---|---|---|
| Passé composé | j'ai tiré | io ha tirate | même valeur que le passé io tirava |
| Plus que parfait | j'avais tiré | io habeva tirate | — |
| Futur antérieur | j'aurai tiré | io habera tirate | — |
| Conditionnel passé | j'aurais tiré | io haberea tirate | — |
Le passif se forme avec esser
| Temps | Équivalent français | Interlingua |
|---|---|---|
| Présent | je suis tiré | io es tirate |
| Passé | j'étais tiré | io esseva tirate |
| Futur | je serai tiré | io essera tirate |
| Conditionnel | je serais tiré | io esserea tirate |
| Les temps passifs composés sont possibles, par exemple : io ha essite tirate j'ai été tiré | ||
Les verbes esser, haber, et vader ont des formes alternatives qui peuvent être employées à la place des formes régulières. Elles sont strictement équivalentes, et les formes régulières ne sont aucunement considérées comme fautives.
| Temps/mode | esser | vader |
|---|---|---|
| Présent pluriel | son (es) | — |
| Passé | era (esseva) | iva (vadeva) |
| Futur | sera (essera) | ira (vadera) |
| Conditionnel | serea (esserea) | irea (vaderea) |
| Impératif/Subjonctif | sia (esse) | — |
| NB : les formes régulières, équivalentes, sont rappelées entre parenthèses | ||
Les nombres
Les chiffres de 1 à 9 sont : un, duo, tres, quatro, cinque, sex, septe, octo, nove,
Pour les dizaines, il faut rajouter nta, mais si le chiffre se finit en o ou e, ces derniers se transforment en a (ex septe→septanta et pas septenta)
exception 10 = dece, 20 = vinti, 100 = cento, 1000 = mille
Littérature
Exemple de textes en interlingua
Écouter la lecture de l'article de Wikipedia en interlingua sur Apollon, version de
Les cinq thèses d'Alexander Gode
Pour essayer de connaître la pensée exacte de Gode, il convient de lire ses Cinque theses a clavar ad le portas de Babel :
- L'idée d'une langue universelle ne survit plus aujourd'hui que dans les conceptions fausses de personnes incultes (in le conceptiones false de personas inculte) ; c'est que les différences fondamentales entre les langues sont d'abord des différences dans les modèles conceptuels et non dans la forme des mots (le differentias fundamental inter le linguas son primemente differentias in le patronos conceptual, non in le formas del parolas). S'efforcer de fournir à l'humanité un outil commun de communication, c'est donc fuir des problèmes difficiles en se réfugiant dans des solutions impossibles (fugir de problemas difficile per refugiar se in solutiones impossibile).
- Il est absurde d'argumenter contre l'espéranto en disant qu'il serait inefficace, peu pratique ou répugnant (es absurde arguer contra esperanto per dicer que illo es inefficace, non practic, o repulsive) ; aucune langue n'est répugnante en elle-même et il est prouvé jusqu'à l'évidence qu'on peut parfaitement en espéranto non seulement tenir une conversation mais se faire la cour et se marier (facer le corte e maritar se). Le problème c'est que l'espéranto est resté jusqu'ici une langue d'initiés ; bien sûr ces initiés ne cherchent pas à se cacher et rêvent au contraire au jour où leur langue sera enseignée dans le monde entier comme langue seconde, mais cela ne pourrait se faire que par un décret autoritaire d'une assemblée mondiale dotée de tous les pouvoirs ou par la sagesse bienveillante d'un dictateur mondial (per decreto; per le decision de un assemblea mundial de plenipotentiarios ; per le benevolentia sapiente de un dictator mundial). Or dans le domaine de l'intelligence et de l'esprit, où plongent les racines des langues, il est impossible de réaliser par des décrets autoritaires un projet révolutionnaire. Les opérations du monde de l'esprit constituent une économie libérale où les plans administratifs peuvent guider et diriger mais jamais contraindre (in le dominio del intellecto e del spirito, ubi son le radices del lingua, il est impossibile realisar per decretos un plano revolutionari. Le operationes del mundo spiritual constitue un economia libere ubi le planos administrative pote guidar e diriger mais non jammais compeller).
- La prétention de l'espéranto ou même de l'interlingua de vouloir déloger l'anglais de la position qu'il occupe comme langue internationale ne fait pas penser au combat de David contre Goliath mais à la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. La prééminence de l'anglais n'est due à aucun mérite propre à la langue, mais elle est bien établie et il est probable qu'elle le restera ; cependant, il ne s'agit pas d'un monopole.
- C'est le progrès scientifique et technologique qui a multiplié les contacts entre les peuples au cours des cent cinquante dernières années ; or la science et la technologie sont nées en Occident, si bien que la langue de la science a un fondement et une origine occidentales. Cependant, les contributions ultérieures à ce progrès se sont faites dans un nombre croissant de langues, si bien que le besoin en traductions va s'accroître.
- Comme les langues occidentales peuvent être considérées comme de simples variantes d'une langue commune, il est possible de s'exprimer dans cette langue commune d'une façon qui sera immédiatement comprise sans étude préalable par toute personne qui connaîtra une langue occidentale. C'est le rôle de l'interlingua.