Irène de Trébizonde est la seconde femme de l'empereur bigame Basile Ier de Trébizonde. Elle a joué un rôle important entre 1341 et 1352 lors de la minorité de leur fils, l'empereur Alexis III de Trébizonde.
Elle ne doit pas être confondue avec la première femme de Basile Ier, son homonyme l'impératrice Irène Paléologue, brève usurpatrice de l'empire de Trébizonde de 1340 à juillet 1341.
On sait peu de choses de la jeunesse d’Irène avant qu’elle ne devienne la maîtresse de Basile; «l’historien byzantin l’appelle courtisane, mais le chroniqueur de Trébizonde en fait une dame de Trébizonde», écrit William Miller[1]. Elle a deux fils avec lui avant qu’il ne l’épouse en 1339. Ce mariage suscite de vives protestations de la part du Patriarche de Constantinople, Jean XIV Kalékas. Leur union ne dure qu’environ neuf mois, l’empereur mourant d’une brève maladie; Miller écrit encore: «On murmura que l’impératrice répudiée l’avait fait assassiner en secret, et sa conduite donna quelque crédit à ce soupçon, car elle semblait prête à tirer profit de sa disparition.[2]»
Irène Paléologue, la «répudiée», s’empare aussitôt du pouvoir avec ses partisans et fait envoyer Irène de Trébizonde et ses deux jeunes fils, Alexis et Jean, à Constantinople, sous la protection du père d’Irène Paléologine, Andronic III Paléologue.
Représentation moderne d’Irène de Trébizonde
Pendant l’exil d’Irène et de ses enfants, Trébizonde connaît une série de révolutions de palais, tant dans l’Empire de Trébizonde (la guerre civile de Trébizonde) qu’à Constantinople (la guerre civile byzantine). La régence du jeune Jean V Paléologue soutient d’abord les prétentions de l’oncle de son défunt mari, Michel de Trébizonde, ainsi que celles du cousin de Basile, Jean III de Trébizonde, dans leurs tentatives de prendre le pouvoir à Trébizonde. Mais lorsque Jean VI Cantacuzène sort victorieux de la guerre civile byzantine, il apporte son soutien à une nouvelle tentative menée au nom du fils d’Irène, Jean.
L’autre fils d’Irène, Alexis, n’est plus mentionné après son départ de Trébizonde et il est possible qu’il soit mort peu après son arrivée à Constantinople. La tentative menée pour installer Jean sur le trône est soutenue par Nicétas Scholarès, chef de la puissante famille des Scholarès, que Michel avait auparavant aliénée. Cette tentative réussit: elle renverse le gouvernement faible et violent de Michel et porte le fils d’Irène sur le trône, sous le nom d’Alexis[3].
L’accession au trône d’Alexis, âgé de treize ans, marque également le début de l’influence politique d’Irène au sein du gouvernement de Trébizonde. Elle doit probablement affronter les grands aristocrates, notamment les Doranitès, qui mènent une révolte infructueuse dans la capitale moins de six mois après l’avènement d’Alexis. Après le rétablissement de l’ordre, Alexis se retire dans la forteresse de Tripolis pour sa sécurité[4].
En 1341, Irène accompagne une expédition menée avec Michel Panaretos et s’empare de la ville de Limnia au détriment du rebelle Constantin Doranitès. Elle participe ensuite à une seconde campagne, conduite par son fils en , contre l’échanson Jean Tzanichitès, qui s’est emparé par la force de son château ancestral de Tzanicha[5].
Par la suite, la présence d’Irène dans les sources devient plus sporadique. En 1367, elle accompagne son fils Alexis lorsque sa petite-fille, Anne, est mariée au roi de Géorgie[6]. Elle est également présente lors du baptême de son arrière-petit-fils Basile — futur Alexis IV de Trébizonde — en 1382, ce qui constitue la dernière mention d’elle dans les documents conservés[7]. Son destin ultérieur demeure inconnu.
Émile Janssens, «Trébizonde en Colchide», Travaux de la Faculté de Philosophie et Lettres, Presses universitaires de Bruxelles, vol.XL,.
Scott Kennedy, «Michael Panaretos in context: A historiographical study of the chronicle On the emperors of Trebizond», Byzantinische Zeitschrift, vol.112, no3, , p.899–934 (DOI10.1515/bz-2019-0007)
(en) William Miller, Trebizond: The Last Greek Empire of the Byzantine Era, Chicago, .