Isaac Krassilchik
entomologiste russe
From Wikipedia, the free encyclopedia
Isaac Krassilchik (1857 - 1920) est un naturaliste d'origine russe.
Biographie
Aîné de six frères et sœurs, Isaac Krassilchik est né le 14 avril 1857 ( dans le calendrier grégorien) à Kichinev en Bessarabie, alors russe. Il est mort le , selon le calendrier grégorien, affaibli par un accident cardio-vasculaire. Né russe, il est mort roumain après l’annexion de la Bessarabie par la Roumanie en 1918.
Il a fait ses études secondaires au lycée d'Ananiev (gouvernement de Kherson en Ukraine) et ses études supérieures à la section des sciences naturelles, physique et mathématique de l’université de Nouvelle Russie d’Odessa de 1878 à 1882, où il s’est spécialisé dans la zoologie des invertébrés.
Il existe une entrée à son nom dans l'Encyclopédie Brockhaus et Efron en langue russe (Vol. 32 - 1895).
Il eut notamment comme professeurs le zoologue Ilya Ilitch Metchnikov (prix Nobel de physiologie ou médecine en 1908 avec Paul Ehrlich), l’embryologue Alexandre Kovalevski et le physicien Nicolas Oumov.
Parmi ses amis de faculté figurent Waldemar Haffkine, qui plus tard mettra au point un vaccin contre le choléra et la peste et avec lequel il restera en relation, notamment épistolaire, toute sa vie.
Vers 1882, il épousa Sofia Ossipovna et ils eurent une fille, Lioubov, qui étudia le piano au conservatoire de Leipzig puis l’enseigna à Moscou, en épousant le critique d’art Trifon Trapeznikov (1882-1926), fondateur en 1917 du groupe anthroposophique de Moscou aux côtés du poète Boris Nikolaevich Bugaïev connu sous le nom de Andreï Biély (1880-1934).
Vers 1890, Isaac Krassilchik se remaria avec Raïssa Fukelman, née le en Roumanie et décédée en juillet 1941 lors de l'invasion de la Bessarabie par les Roumains alliés aux forces de l'Axe. Ils eurent cinq enfants.
Il pratiquera une recherche hybride, à la fois fondamentale et appliquée, dans le domaine de la sauvegarde des produits de l’agriculture. Il est, en ce sens, un disciple de Pasteur, qui fit ses premières recherches dans le domaine de la lutte contre les ennemis du ver à soie et la préservation du vin par chauffage. Mais Pasteur fut également le découvreur des bactéries de la fermentation alcoolique et du staphylocoque et le pionnier de la microbiologie. Isaac Krassilchik restera quant à lui un naturaliste dont la recherche intéressera certains microorganismes de taille supérieure à celle du microbe, de nature animale ou végétale et, pour certains d‘entre eux, leurs rapports avec des insectes nuisibles à l’agriculture.
Isaac Krassilchik pratiqua également une activité de recherche et d‘application concernant les pesticides chimiques, à une époque où la nécessité de préserver les cultures vivrières des organismes nuisibles et d‘éviter le retour des famines – encore fréquentes au XIXe siècle - constituait une grave préoccupation des peuples et de leurs agronomes (ainsi : famine russe de 1891-1892).
C’est par ses activités dans le domaine de la lutte contre les insectes nuisibles au moyen d’organismes vivants qu’Isaac Krassilchik peut être considéré comme un pionnier.
Son activité dans le domaine de la lutte phytosanitaire au moyen de produits chimiques est moins connue car elle a laissé très peu de traces en raison de la perte des documents qui s’y rapportent. Elle fut néanmoins importante pour ses contemporains.
S'il demeure un naturaliste, il entretiendra toute sa vie des rapports étroits avec l'Institut Pasteur qui accueillit son ancien professeur à l’université d’Odessa, I.I. Metchnikov à partir de 1888 et son condisciple à la même université, W. Haffkine, entre 1890 et 1893. Isaac Krassilchik assista au cours de microbie technique de l’Institut Pasteur, organisé dans les locaux de l’Institut du à la fin de février 1905 et qui regroupa 77 participants venus du monde entier. Il figure avec la majorité des participants sur une photo de groupe faisant partie des archives de l’Institut Pasteur. Au premier rang, outre Waldemar Haffkine[1], se trouvent les professeurs du cours : le Dr Charles Nicolle, le Dr Mesnil, le Dr Charles Louis Alphonse Laveran, découvreur du parasite protozoaire du paludisme, le Pr Émile Roux, le Pr Élie Metchnikov, le Dr Borel, le Dr Binot, le Dr Pinoy et le Dr Sergent[2].
Les recherches sur l'espèce Polytoma Ehrenberg
En 1882, Isaac Krassilchik publie un article intitulé Vers une histoire du développement et de la systématique de l'espèce Polytoma Ehrenberg dans une revue russe Notes de la société des naturalistes de Nouvelle Russie et dans une revue allemande, Zoologischer Anzeiger.
Il axe ses premières recherches vers un organisme unicellulaire sphérique ou ovoïde, se mouvant à l’aide de deux cils ou flagelles, qui a été découvert en 1830 par le naturaliste et zoologiste allemand Christian Gottfried Ehrenberg (1795-1876). Il s’agit de la Polytoma uvella.
L’espèce des polytomas appartient à la classe des chlorophyceae, ordre des chlamydomonadales, famille des chlamydomonadaceae, genre des protococcus. Les chlorophyceae sont des algues vertes possédant des pigments chlorophylliens. Toutefois, les polytomas ne possèdent pas de tels pigments.
Les travaux d’Isaac Krassilchik concernant la lutte contre les insectes nuisibles au moyen d’organismes vivants
Isaac Krassilchik va se consacrer à la lutte contre les insectes nuisibles à diverses cultures tenant une place importante dans l’agriculture russe, telles la betterave sucrière et la vigne.
Ses travaux sur les méthodes de protection à l’aide de microorganismes (aujourd’hui dénommés biopesticides) sont les plus originaux et le rattachent directement à la modernité de Pasteur.
Ces travaux ont été réalisés en coopération avec Élie Ilitch Metchnikov et constituent encore aujourd’hui une référence dans l’histoire de la recherche et du développement en matière de biopesticides.
C’est un biologiste italien Agostino Bassi (1773-1856) qui, à l’occasion de l’étude d’une maladie affectant le ver à soie, la muscardine blanche, provoquant l’apparition d'une fine poudre blanche qui recouvre le ver et le tue, découvre, en 1835, que cette maladie est causée par un champignon appartenant au genre Beauveria (Beauveria bassiana)
En 1879, I. I. Metchnikov isole un champignon qu’il nommera Metarhizium anisopliae (formellement connu sous le nom de Entomophthora anisopliae], cause de maladies chez divers insectes. Comme le Beauveria bassiana, agent de la muscardine blanche, le Metarhizium anisopliae est un champignon poussant naturellement dans les sols et qui cause des maladies chez une gamme variée d’insectes.
Le Metarhizium anisopliae s’attaque en particulier à un insecte parasite de la betterave sucrière, le Cleonus punctiventris, à ses différents stades de développement (de la larve à l’insecte adulte). Ce champignon produit chez l’insecte une muscardine dite muscardine verte en raison de la couleur verte de ses spores ou conidies. Il se développe alors à l’intérieur du corps de l’insecte, ce qui entraîne sa mort.
L’idée de Metchnikov va consister à utiliser le Metarhizium anisopliae comme agent de lutte contre le Cleonus punctiventris. Il recommande de procéder à l’épandage des spores du champignon sur les cultures de betterave, notamment par dispersion de cadavres d’insectes déjà infectés par le champignon. Metchnikov recommanda de passer à un stade de production industrielle de spores, à partir d’un moût stérile de bière et en en accroissant la virulence.
Isaac Krassilchik va poursuivre les recherches de Metchnikov et réaliser une production semi-industrielle de spores en vue de la destruction d’insectes nuisibles.
En 1888, le Bulletin scientifique de la France et de la Belgique, vol 19, pages 461 à 472, reprend, en français, un article signé de J. Krassilstchik et intitulé La production industrielle des parasites végétaux pour la destruction des insectes nuisibles précédemment publié, sans doute également en français, dans la Revue générale d’agriculture et de viticulture méridionales, no 2.
Les travaux d’Isaac vont avoir un retentissement en France dont la colonie, l’Algérie, fait face, depuis 1864, à des invasions périodiques de criquets migrateurs qui dévastent les cultures - Locusta migratoria - Linné, 1758.
Ils sont particulièrement actifs durant l’année 1888 et la revue La Nature leur consacre un article illustré au cours du deuxième semestre de 1888 ainsi que Le Petit Journal du . Les recherches menées pour lutter contre les acridiens en Algérie vont sensibiliser la communauté internationale au sujet de la gravité du fléau de par le monde.
En 1888 et 1889, la Société entomologique de France va se faire largement l’écho des travaux d’Isaac Krassilchik notamment grâce à son président Jules Künckel d'Herculais, en estimant que les voies ouvertes par I.I. Metchnikov et Isaac Krassilchik sont de nature à contribuer à la lutte contre les acridiens en Algérie.
Dans ses séances des et ainsi que du , la Société entomologique de France commente largement les travaux de I.I. Metchnikov et d’Isaac M Krassilchik concernant la lutte contre l’insecte prédateur de la betterave à sucre, Cleonus Punctivris, au moyen du champignon Entomophthora anisopliae ou Metarhizium anisopliae, tuant l’insecte par la sécrétion de muscardine.
La Société entomologique de France ne doute pas que les travaux de Metchnikov et leur application industrielle par Isaac Krassilchik, seraient de nature à aider grandement la France à lutter contre les acridiens qui envahissent à l’époque une partie de l’Algérie.
Jules Künckel d’Herculais mentionne ces travaux dans deux rapports au Gouverneur général de l’Algérie en mai et [3].
Il mentionne également ces travaux dans une communication à l’Académie des sciences dont il est membre dans la période 1889-1894.
Durant l’année 1889, Isaac Krassilchik va publier deux articles dans Les Annales de l’Institut Pasteur dont l’un porte le titre : Sur les bactéries biophytes – Note sur la symbiose des pucerons avec les bactéries qui est signé J. Krassilstchik, à Odessa. Le même article semble avoir été publié en 1890, mais en allemand, sous le titre Ueber eine Neue Kategorie von Bakterien (Biophyten) die in Inneren einen Organismus leben und ihm Nutzen bringen – Kongress Russ. Naturf. Aerzte, ("Sur une nouvelle catégorie de bactéries [biophytes] qui vivent à l’intérieur d’un organisme et qui le nourrissent").
Cet article d’Isaac Krassilchik présente une réelle importance.
La constatation de l’innocuité de la présence des bactéries pour les pucerons dans l’organisme desquels elles habitent est en quelque sorte le champ inversé des travaux d’Isaac Krassilchik portant sur la destruction de certains insectes par des champignons. Cette contribution à l’étude des relations entre les insectes et d’autres organismes vivants embrasse des champs de connaissance bien plus vastes. L’article d’Isaac Krassilchik s’inscrit dans le tout nouveau domaine d’étude de la symbiose et, comme tel, il revêt une importance fondamentale par les déductions et les intuitions qu’il comporte.
L’article est également important dans le domaine de la lutte contre les insectes nuisibles. Isaac Krassilchik observant sans cesse les relations entre les insectes et les organismes vivants microscopiques tels que les champignons, les bactéries et les bacilles, pour appliquer les résultats de ses recherches d’une manière pratique. embrassait des champs de connaissance qui seront défrichés et amplifiés plus tard.
L’article d’Isaac Krassilchik sur les Bactéries biophytes semble être resté pendant longtemps à la pointe des connaissances.
La lutte contre les prédateurs de l’agriculture au moyen de pesticides chimiques - La lutte contre le phylloxéra
Après son service militaire, Isaac Krassilchik devient fonctionnaire du ministère de l’Agriculture. De 1883 à 1888, il travaille comme expert à la Commission de la Société agricole de la Russie méridionale pour la lutte contre le puceron du phylloxéra, dans les vignobles des régions de Kichinev, Akkerman et Kherson dans le Sud de la Bessarabie et en Roumanie.
Il organise un laboratoire entomologique au lycée de Kichinev pour l’étude des méthodes de lutte contre le phylloxéra utilisées en France, Allemagne, Suisse et Hongrie.
La lutte contre le mildiou de la vigne
Isaac Krassilchik aurait été le premier à étudier le mildiou de la vigne en Bessarabie. Cette maladie de la vigne, provoquée par un champignon, Plasmopara viticola, est apparue en France en 1878 et s’est ensuite transmise vers l’est du continent européen. À la différence du phylloxera, les traitements sont chimiques.
Isaac Krassilchik et les autres pesticides chimiques
À partir de 1890, il est nommé chef du département pédagogique pour l’étude des sols de Saint-Pétersbourg mais il reste en poste à Kichinev en Bessarabie. Il expérimente des préparations à base d’hydrocarbures et d’arsenic (As).
Il sera amené à amplifier ses recherches dans ce domaine à partir de 1910.
La découverte de l’organisme Cercobodola ciniaegerens
En 1882, Isaac Krassilchik avait publié un article intitulé Vers une histoire du développement et de la systématique de l'espèce Polytoma Ehrenberg dans une revue russe Notes de la société des naturalistes de Nouvelle Russie et dans une revue allemande, Zoologischer Anzeiger.
Il continuera ses recherches sur les microorganismes et répertoria en 1886 un microorganisme qui reste nommé aujourd’hui Cercobodo Krassilstschick.
Il participera ainsi à la mise en place de la taxinomie des êtres vivants qui n’a cessé de s’enrichir, en particulier grâce aux études génomiques.
En substance, l’organisme actuellement dénommé Cercobodo Krassilstschik fait partie des cercomonades ou Cercomonas. C’est est un protozoaire, à affinités animales, c’est-à-dire un organisme unicellulaire possédant une cellule eucaryote, dotée d'un vrai noyau, à la différence des bactéries, dites procaryotes - cellule très différenciée et comportant des organites complexes, dont des cils ou flagelles.