Issa El-Saieh

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Issa El Saieh
Biographie
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Activités

Issa Joseph El-Saieh, né le et mort le , également connu sous le nom de Maestro, est un saxophoniste, clarinettiste, chef d'orchestre, compositeur, arrangeur, homme d'affaires, galeriste et collectionneur d'art haïtien d'origine palestinienne.

Tout au long de sa vie et de son œuvre, il a contribué à deux facettes de la culture haïtienne: la musique et l’art.

D'une part, en tant que musicien, compositeur, arrangeur et chef d'orchestre de l'Orchestre Saieh de 1941 au milieu des années 1950, il apporta de nouvelles influences et un nouveau son.

D'autre part, en tant que galeriste et collectionneur d'art naïf haïtien, il promut l'art et la culture haïtienne à l'étranger, notamment à travers la Galerie Issa, fondée à la fin des années 1950.

Issa El-Saieh est né à Petit-Goâve, Haïti le . Ses deux parents, Julia Moussa Talamas et Joseph Said El-Saieh, ont immigré séparément en Haïti depuis Bethléem, en Palestine.

Sa mère, deux fois veuve, a élevé ses trois fils, Elias Noustas, Issa et André El-Saieh, entre Petit-Goâve et Port-au-Prince.

El-Saieh a fréquenté l'Institution Saint-Louis de Gonzague à Port-au-Prince. En 1928, son frère cadet André et lui sont envoyés dans différents pensionnats aux États-Unis, principalement dans le Massachusetts. Là, il fut initié à la musique et appris à jouer la clarinette ainsi que le saxophone, et fut membre des orchestres de ses écoles[1].

Entreprises familiales

Grand magasin La Belle Créole - 1949

À l'été 1940, El-Saieh retourne en Haïti et travaille aux côtés de sa mère dans son magasin, Veuve Joseph El-Saieh, au centre-ville de Port-au-Prince[1].

Plus tard, il devient président de La Belle Créole – le premier grand magasin d’Haïti – fondé en 1948 par son frère aîné Elias Noustas[2]. Situé à la rue Bonne Foi (alors rue Roux), le magasin s'agrandit tout au long des années 1950[3],[4].

À l’époque, Haïti était en plein essor et était une destination touristique populaire. En , Elias Noustas ouvre Le Perchoir[5]. Situé à Boutilliers, surplombant la ville de Port-au-Prince, l'établissement conçu par l'architecte Max Ewald comprenait un restaurant, une boîte de nuit et une boutique de souvenirs[2].

Orchestre Saieh (1941–1951)

L'Orchestre

Le Perchoir (De gauche à droite : Elias Noustas et sa femme Betty, invitée, invité, Julia Talamas, Issa El-Saieh)

Entre 1940 et 1941, parallèlement à ses activités commerciales, El-Saieh joua brièvement au sein du Jazz Rouzier (orchestre de Daniel Rouzier) en tant que clarinettiste et saxophoniste[6]. À l’automne 1941 et au printemps 1942, il commence progressivement à constituer son propre orchestre.

Connu sous le nom d'Issa El-Saieh & Son Orchestre, ou Orchestre Saieh, l'ensemble était structuré et composé d'un grand nombre de musiciens, à l'image des big band américains[7]. C'est ce qui démarqua l’orchestre des autres groupes[8].

Parmi ses musiciens, nombreux étaient issus de l’orchestre militaire du Palais National ou provenaient de divers groupes. D’autres étaient encore étudiants ou exerçaient une profession. Ainsi, la composition de l'orchestre a varié au fil des années[1],[6],[9].

Leur répertoire fusionne les genres musicaux traditionnels haïtiens – principalement des chansons et des mélodies folkloriques ainsi que des rythmes vaudous – avec du jazz moderne, du mambo cubain, du méringue et du swing américain[1],[10].

Au cours des premières années, l'Orchestre Saieh jouait chez des particuliers à Port-au-Prince et en province, ainsi que dans des cinémas et des clubs, tels que le Rex Théâtre, le Ciné Paramount et le Club Miramar. Entre 1944 et 1951, l'orchestre devient un habitué du Club Zanzi Bar et Cabane Choucoune, tous deux situés à Pétion-Ville. Au début des années 1950, le groupe jouait fréquemment au Perchoir à Boutilliers ainsi qu'a l'émission Cocktail Dansant, le dimanche matin sur Radio Haïti de Ricardo Widmaier[1],[6].

El-Saieh se retire de la scène publique en octobre 1950[11], laissant l'orchestre entre les mains d'Ernest "Nono" Lamy, qui le rebaptisa plus tard l'ensemble Nono Lamy & son Orchestre[1].

Contributeurs

Au début des années 1940, El-Saieh se rendait régulièrement à Cuba, où il rencontra plusieurs musiciens, dont le pianiste, compositeur, arrangeur et chef d'orchestre cubain Ramon "Bebo" Valdés, qui devint non seulement un collaborateur fréquent[12] de l'Orchestre Saieh, mais aussi son ami. Valdés a écrit et interprété le morceau Monsieur Saieh, qui figura pour la première fois, en 1959, dans l'album «Todo Ritmo» de Bebo Valdés Y Su Orquesta[13].

À la fin des années 1940, El-Saieh étudia la musique à New York aux côtés d'Eddie Barefield, Andy Brown, Albert J. "Budd" Johnson et Walter "Foots" Thomas. Tous furent membres et collaborateurs de l'Orchestre de Cab Calloway.

El-Saieh fréquenta également d'autres musiciens tels que Dizzy Gillespie, Charlie Parker, Jo Thompson et Kenny Dorham, et fut un habitué de divers clubs de jazz et de blues, notamment Birdland, le Blue Note et Café Society[1],[6].

El-Saieh commanda diverses partitions originales à des arrangeurs étrangers tels que: Bobby Hicks, Albert J. "Budd" Johnson, Pérez Prado et Bebo Valdés. De plus, il invitait régulièrement ces musiciens, ainsi que le pianiste américain Billy Taylor[7] à participer à des séances de répétition et enregistrements avec l'Orchestre Saieh.

La Belle Créole – label de musique (1947-1956)

Vers 1947, El-Saieh créa son propre label de musique, La Belle Créole – qui portait le même nom que le magasin de son frère Elias Noustas. De 1947 à 1956, la plupart des morceaux de l'Orchestre Saieh ont été enregistrés sur ce label[1],[14].

Le label a également enregistré des morceaux de divers groupes constitués de musiciens de l'Orchestre Saieh, tels que: The Belle Créole Group, La Belle Créole Trio, Bebo Valdés & His Rhythm, Rodolphe Legros & His Ibo Lele Group, Budd Johnson & The Le Perchoir Group, Wébert Sicot & His Cabane Choucoune Ensemble, The Cabane Choucoune Ensemble, Guy Durosier & His Rhythm ou Rodolphe Legros et son groupe Ibo Lele.

Ces enregistrements ont eu lieu dans différents lieux tels que Cabane Choucoune, Radio Commerce ou Radio Haïti de Ricardo Widmaier, ainsi qu'à Miami, New-York et La Havane (principalement à Radio Progreso)[14],[15].

Galerie Issa (1957–2005)

La Galerie Issa figure dans le calendrier 1981 de l'Office Nationale du Tourisme et des Relations Publiques d'Haïti

À la fin des années 1940, El-Saieh commence à acheter des tableaux et, au milieu des années 1950 il décide d'ouvrir une boutique dans le restaurant de son frère Elias Noustas, Le Perchoir. En 1957, il transfère sa boutique à la rue du Quai au centre-ville de Port-au-Prince, la baptisant Galerie d'Art Issa[16]. En 1964, la galerie est transférée à son domicile, où elle prend le nom de Galerie Issa[1].

Des artistes comme Villard Denis, Néhémy Jean, Jacques Enguerrand Gourgue, Alix Roy et Gesner Armand ont travaillé avec lui aux débuts de la galerie, avant de se lancer dans d'autres aventures. Progressivement, la galerie s'est agrandie en taille et en matière de ventes[17]. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, El-Saieh comptait plus de 50 artistes travaillant régulièrement avec lui. Beaucoup d'entre eux avaient leurs ateliers sur place[18] et plusieurs sont restés exclusifs à la galerie jusqu'au décès d'El-Saieh.

Selon l’économiste et auteur suédois Mats Lundahl:

«Issa a joué un rôle crucial dans l'établissement de plusieurs des peintres naïfs haïtiens les plus célèbres. Il les a trouvés et leur a accordé des contrats réguliers avec sa Galerie Issa, leur assurant ainsi une stabilité financière qui leur a permis de se concentrer sur leur peinture. Leurs œuvres sont exposées dans des musées, des galeries d'art, des maisons de vente aux enchères et des collections privées du monde entier.»[1]

Décrit comme un imprésario d'artistes[19], El-Saieh a lancé et soutenu la carrière de nombreux artistes haïtiens tels que: Gabriel Alix, Smith et Sisson Blanchard, Henri et Seymour Bottex, Jacques Chéry, Abner Dubic, Préfète Duffaut, Roger François, Yvon Jean-Pierre, Philton Latortue, André Normil, André Pierre, Fernand Pierre, Dieudonné Pluviose, Jérôme Polycarpe, Dieudonné Rouanez, Charles et Audes Saül, Micius Stéphane, Josaphat Tissaint – pour ne citer qu'eux[18],[20].

La Galerie Issa a organisé et participé à plusieurs expositions d’art, notamment dans les Caraïbes, en Amérique et en Europe. La galerie a fermé en 2005, à la suite du décès d'El-Saieh.

Hôtel Oloffson

Dans les années 1960, El-Saieh a brièvement dirigé l'Hôtel Oloffson à Port-au-Prince. Il y rencontra l'écrivain anglais Graham Greene, qui s'inspira de lui pour le personnage d'Hamit le Syrien[21] dans son roman de 1966 Les Comédiens.

Philanthropie

Au cours de sa vie, El-Saieh a régulièrement contribué à divers orphelinats, hôpitaux et autres institutions caritatives principalement à Port-au-Prince. Il a également soutenu l'hôpital Albert Schweitzer de Deschapelles et Eye Care-Haïti en faisant des dons réguliers d'œuvres d'art[1].

Mort

Il meurt à Port-au-Prince d'un cancer de l'œsophage le , à l'âge de 85 ans[6].

Discographie

Prix et distinctions

Ruban de Chevalier de l'Ordre National Honneur et Mérite d'Haïti

Références

Lectures complémentaires

Liens externes

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