Né dans une famille calviniste[4], fils d'Abraham Guerne, charpentier de la ville de Paris, et de Marie Dubut, Jacques Jacob Guerne étudia sous la direction de Moreau-Desproux et remporta à l'Académie royale d'architecture le prix d'émulation de avec pour sujet «une salle de bal»[5]. Blondel appréciait ses aptitudes mais le jugeait trop sûr de lui («assez prévenu en sa faveur»[6]).
Il monta quatre fois en loge pour le Prix de Rome qu'il finit par remporter en 1769 avec pour sujet «une fête publique dont le sujet sera le temple de l'Hymen pour le mariage d'un souverain», thème suggéré par le mariage imminent du Dauphin avec Marie-Antoinette d'Autriche.
De retour à Paris, il fut nommé inspecteur des Bâtiments de la Ville en , aux appointements de 1800 livres. Dans le service dirigé par son professeur Moreau-Desproux, il avait pour collègues Peyre l'Aîné, Marquis et Baraguay.
En 1769, son père avait acquis de la ville un terrain limité par le magasin de l'Opéra, la rue de Bondy et le nouveau boulevard Saint-Martin, qui prit en 1781 le nom de boulevard de l'Opéra[9]. Jacob Guerne y édifia un premier hôtel à cour octogonale qui fut pris à bail par l'ambassadeur de Venise, Daniele Dolfin. L'architecte fit état de cette réalisation lors de sa première candidature à l'Académie en .
Le , un arrêt du Conseil autorisa la ville à céder aux Guerne un second terrain sur lequel ils bâtirent un hôtel destiné à l'échevin Jolivet de Vannes. Cette maison, ornée d'un ordre ionique sur le Boulevard, a été gravée par Janinet d'après Durand[10].
Jacob Guerne et sa femme possédaient en Suisse, sur le lac de Bienne, une maison nommée Rockhall où ils passèrent l'hiver 1790-1791. Réputé suspect car il possédait des intérêts dans une manufacture de fusils, Guerne choisit prudemment d'émigrer. Les deux hôtels du boulevard de l'Opéra furent saisis comme biens nationaux. Par décret du 5 floréal an II (), la Convention décida de bâtir sur leur emplacement les Arènes du peuple. Mais le concours d'architecture, dont le lauréat fut Lahure, démontra que le terrain était trop exigu pour un programme aussi ambitieux. Les hôtels de Venise et de Vannes furent transformés en immeubles de rapport.
Guerne poursuivit sa carrière en Russie, au service du tsar Paul Ier, qui l'anoblit. Son œuvre la plus célèbre est le Palais Galitzine d'Arkhangelskoïe, situé dans un parc à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Moscou. «C'est une construction fastueuse couronnée par la rotonde d'un tempietto d'où la vue s'étend vers la vallée de la Moskova. Après Guerne, l'intérieur a été remanié et les dépendances amplifiées par l'architecte Melnikov pour la famille Youssoupof.»[12] On connaît moins bien ses travaux à Saint-Michel, à Gatchina et à Pavlovsk. Il fut, à l'instar de Charles De Wailly, l'un des agents de l'influence française en Russie dans le domaine de l'architecture.
Il est mort à Paris, le , dans sa maison rue de Bondy, sans héritier car sa maison est mise en vente par ses héritiers en 1799[13]. Cette maison avait été construite sur le terrain acquis par son père en 1769 [14].
Notes et références
↑Note: Dans les Procès-verbaux de l'Académie royale d'architecture, il est appelé Jacques Jacob Guerne pour sa réussite au prix d'émulation et Jean Jacob Guerne pour sa réussite au Grand prix de l'académie. Mais les actes notariaux de la ville de Paris (1782-06-11) pour Abraham Guerne citant les cinq enfants d'Abraham Guerne (Familles parisiennes: GU), il est bien appelé Jacques Jacob Guerne.
↑Note: Dans le livre d'Alain-Charles Gruber, Les grandes fêtes et leurs décors à l'époque de Louis XVI(voir), il est donné 1748 comme année de naissance, ce qui paraît plus logique que 1755, donné dans le livre de Michel Gallet, pour un prix d'émulation de l'Académie royale d'architecture remporté en 1765, ce qui supposerait qu'il a remporté ce prix à l'âge de 10 ans.
↑Bulletin de la Société de l'art français, 2008, p.233.
↑Il était le quatrième d'une famille de cinq enfants. Son frère aîné, Pierre Abraham, succéda à son père: c'est lui qui démonta la charpente de la Bastille et construisit pour la Fête de la Fédération du Champ-de-Mars l'arc de triomphe dessiné par Jacques Cellerier. L'aînée des filles, Rose Suzanne, épousa le maître bijoutier lapidaire Daniel Simon. Charles devint maître menuisier. La benjamine, Marie-Anne, épousa en premières noces l'ébéniste Pierre Migeon et en secondes noces Hubert Nicolas Louisart de Longpré, capitaine de cavalerie.
↑Henry Lemonnier, Procès-verbaux de l'Académie Royale d'Architecture, 1671-1793, Tome VII 1759-1767, p.238, Librairie Armand Colin, Paris, 1922 (lire en ligne)
↑cité par Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIIIesiècle, p.246
↑Leur présence est signalée à Rome en 1771 par Pierre-Adrien Pâris. De Rome, le , l'architecte Jean-Arnaud Raymond les recommanda comme ses amis à son confrère vénitienTommaso Temanza qui chargea un de ses élèves de les piloter dans la ville. Ils étaient de retour à Rome en octobre (Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIIIesiècle, p.246 et 328).
↑no72 de leur collection d'édifices parisiens (Vues pittoresques des principaux édifices de Paris, Paris: chez l'auteur, 1792)
↑Henry Lemonnier, Procès-verbaux de l'Académie Royale d'Architecture, 1671-1793, Tome IX 1780-1793, p.317, Librairie Armand Colin, Paris, 1926 (lire en ligne)
↑Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIIIesiècle, p.247