Jacopo da Milano
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| Jacopo da Milano Franciscain | |
| Biographie | |
|---|---|
| Naissance | XIIIe siècle |
| Ordre religieux | Ordre des Frères mineurs |
| Décès | XIIIe siècle |
| modifier |
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Jacopo « Giacomo » da Milano[1] (traduit en français par certains auteurs « Jacques de Milan »[2]) est un frère franciscain ayant vécu à la toute fin de la seconde moitié du XIIIe siècle et qui aurait été selon certaines études un lecteur à Milan, au grand nord de la péninsule Italienne[3]. De ce fait, la vie de Jacopo da Milano se place directement dans la fin du tout premier siècle de la création de l'Ordre des Frères mineurs ; ordre mis en place par saint François d’Assise au début de ce même siècle[4]. Sa date de naissance et celle de sa mort sont inconnues. Son nom ayant resté longtemps dans l’oubli, Jacopo da Milano s’est révélé être l’auteur originel du Stimulus Amoris (en), un ouvrage pseudo-bonaventurien écrit en latin et paru dans les mêmes années[3]. Cependant, sa profession exacte au sein de l’Ordre des Frères mineurs, sa vie et son identité précise restent à se jour fortement débattues dans l’historiographie malgré quelques pistes de réflexions qui furent proposées au fil des derniers siècles[5].
Synthèse des grands thèmes du Stimulus Amoris
La pensée mystico-théologique de Jacopo da Milano comme exposée dans son Stimulus Amoris – seul texte pouvant nous informer sur le sujet –, est intimement liée à la pensée franciscaine et, plus particulièrement, à la pensée de son modèle Saint Bonaventure a qui, jusqu’au début du XIXe siècle, fut attribué l’œuvre susdite[5]. En somme, Jacopo da Milano, tout du long de ses écrits, prône un mysticisme (chevauchant l’ascétisme) aboutissant jusqu’à la mortification et le rejet complet et définitif de soit. De ce fait, ce dernier encourage et ordonne les hommes voulants se rapprocher de Dieu a adopter une vision de l’être poussant à une destruction de l’égo[6].
« L’amour de soi empêche l’acquisition de l’amour de Dieu ; plus l’un est recherché, plus l’autre est abandonné. Aussi, afin de pouvoir aimer Dieu parfaitement, il faut nous haïr nous-mêmes. Et vous avez une véritable haine de vous-mêmes quand vous désirez de tout votre cœur être foulé aux pieds d’autrui, être réputé très vil, être fouetté, repoussé, réduit presque à rien, quand vous attribuez à tout cela peu de valeur, quand vous vous délectez dans ces injures et vous vous consolez dans vos tribulations, quand enfin vous souhaitez que les hommes vous abreuvent et qu’ils vous croient dignes de ces injures et de ces tribulations[7]. » (Chapitre XIX)
Or, la pensée philosophico-théologique de Jacopo da Milano ne s’arrête pas seulement qu’à un rejet complet de soit. En effet, ce dernier propose, toujours dans ses écrits, un véritable parcours de méditation ayant pour but l’abandon morale de la chair amenant à une participation de plus en plus progressive du lecteur à la Passion telle que vécu par le Christ lors de la crucifixion, seul moyen afin d’atteindre une parfaite conformité avec ce dernier[5]. De ce fait, Jacopo da Milano se place en continuité avec la conflictualité de la chair et de la pureté qui fut, dans les touts premiers temps, au fondement même de la pensée franciscaine telle qu’elle fut introduite par Saint François d’Assise au début du XIIIe siècle[8].
« O passion désirable! ô mort admirable! Quoi de plus étonnant que la mort donne la vie, que des plaies apportent la guérison, que le sang blanchisse et purifie, qu’une douleur vive mène à une douceur extraordinaire, que l’ouverture du côté joigne le cœur au cœur! Ne cessons pas d’être stupéfaits, de voir le soleil obcurci [sic] éclaircir plus que de coutume, le feu éteint brûler davantage, une passion ignominieuse rendre glorieux. Ce qui est vraiment merveilleux c’est que le Christ assoiffé sur la croix procure l’ivresse, qu’il donne, lui nu, les vêtements de la vertu ; ses mains clouées à la croix nous délient, ses pieds transpercés nous font courir ; en rendant le souffle il inspire la vie, en mourant sur le bois il nous invite au ciel[9]. » (Chapitre XIV)
De surcroît, comme mentionné ci-dessus, le principal modèle de Jacopo da Milano fut le théologien et philosophe franciscain Saint Bonaventure. De ce fait, bon nombre d’idée qui forme la pensée de ce dernier se retrouve presque mot pour mot dans le Stimulus Amoris. L’une de ces idées qu’explore le théologien et qui est quasiment calquée par Jacopo da Milano dans l’explication de sa pensée est celle concernant la contemplation de Dieu[3]. En effet, le concept de la contemplation se retrouve dans plusieurs chapitres du Stimulus Amoris et en est l’un de ses aspects les plus importants. Ainsi, Jacopo da Milano met un point d’honneur dans son éducation à mettre en relation la vie contemplative et le rapprochement avec le divin en décrivant cela comme d’un outil permettant la perfection continue de l’âme vers Dieu[10]. Comme de fait, cette notion du mysticisme se retrouve à plusieurs reprises dans l’œuvre de Saint Bonaventure et ce, surtout dans son ouvrage Legenda maior (it) où ce concept est largement et en détail décrit, expliquant la nature de la contemplation ainsi que des méthodes employées afin d’atteindre un tel état d’esprit et de communion avec le Père[11].
« Si vous voulez parvenir au repos de la contemplation, appliquez-vous à enraciner en vous ces trois choses : Premièrement, tâchez de ne jamais offenser votre Créateur et reconnaissez que cependant vous et les autres vous l’offensez chaque jour ; puis regrettez profondément vos crimes, déplorez absolument ceux des autres comme s’ils vous étaient personnels, pleurez-les chaque jour si possible et à ce souvenir cherchez plutôt à vous attrister qu’à vous réjouir, considérez que nous ne sommes pas dans le temps de la joie mais celui de l’affliction. Ce sera en effet beaucoup si, après avoir offensé gravement notre Dieu par nos péchés, nous pouvons l’apaiser par les larmes de notre vie entière[12]. » (Chapitre IV.)
L'importance de son oeuvre à travers les siècles
![Amy Neff, « Byzantium Westernized, Byzantium Marginalized : Two Icons in the Supplicationes variae », Gesta, vol.38, 1999, p. 88, https://www.jstor.org/stable/767113. - [ Comme cité dans l’article mentionné : FIGURE 11. Supplicationes variae, fol. 387 : Man of Sorrows (photo: by permission of the Ministero per i beni e le attività culturali). ]](http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3a/Capture_d%E2%80%99%C3%A9cran_%282%29.png/250px-Capture_d%E2%80%99%C3%A9cran_%282%29.png)
L’intérêt porté envers son oeuvre, et ce dès la fin du XIIIe et début du XIVe siècle, n’attendit pas afin de se manifester. Dès la parution du Stimulus Amoris, le texte fut un succès considérable chez les copistes et les érudits franciscains ; les copies de la version original[13] étant recensées à 90 pour environ 147 citations[14]. Si, ci-haut, il y est mentionné « version original », c’est car l’histoire de la transmission du Stimulus Amoris est parsemée de modifications et d’ajouts. En effet, l’œuvre de Jacopo da Milano fut – de par la nature abrupte de sa « fin » – à moult reprises complété au fil des siècles ; les admirateurs de Jacopo da Milano ajoutant à leur tour des chapitres et des citations dans leur copie, chose qui amena les historiens à nommer Stimulus Amoris (en) ces susdites versions modifiées[2]. De surcroît, l’influence du texte de Jacopo da Milano se trouve aussi en la multitude de traduction dont ce dernier fut l’objet, dont la traduction italienne produite par Nicolò Malermi – ayant, auparavant, été le premier à réaliser une traduction complète de la Bible en italien, au XVe siècle[15]. Toujours au XVe siècle, sous le mouvement de la renaissance, une traduction manuscrite anglaise fut surface : Pricking of Love (à ne pas confondre avec The Goad of Divine Love (1642), première impression officielle en anglais du Stimulus Amoris ; ayant fait polémique lors de la contre-réforme en Angleterre)[16].
Or, l’influence du texte de Jacopo da Milano dépassa largement le monde des érudits et des traducteurs, ayant été lui-même l’objet de citation et de modèle. Comme mentionné dans le paragraphe précédent, le Stimulus Amoris fut à d’innombrable reprises cité, que ce soit directement ou maladroitement. Un exemple célèbre de ce phénomène se trouve dans un ouvrage retrouvé à Gênes et rédigé en latin : le Supplicationes variae. Ce cryptique manuscrit, daté de 1293, contient, de par ses thèmes et pastiches, plusieurs références à Jacopo da Milano, sans citer son nom ou son oeuvre directement – le manuscrit du Supplicationes variae contenant presque mot par mot le chapitre XIV et XV du Stimulus Amoris ; le reste de l’ouvrage semblant être plus ou moins original[17]. De surcroît, l’oeuvre de Jacopo da Milano semble avoir été une importante source d’inspiration pour l’iconographie chrétienne occidentale, comme en témoigne toujours le Supplicationes variae, dont les gravures et enluminures semblent avoir été directement inspirés par certaines visions décrites par l’auteur du Stimulus Amoris[17].
