Jacques-André Lavier
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Jacques André Félix Lavier |
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Jacques-André Lavier, né le à Montbéliard et mort le à Lyon[1], chirurgien-dentiste de formation, fut l’un des Occidentaux qui contribua à diffuser la médecine traditionnelle chinoise en France et en Europe dans les années 1960-1987 par son enseignement, ses publications et ses traductions de textes médicaux chinois.
Né à Montbéliard dans le Doubs en 1922, Jacques-André Lavier connaît une enfance peu commune à l’origine de son attrait pour l’Empire du Milieu. Une grave blessure à une jambe l’immobilise dans un fauteuil roulant pendant quatre ans. Privé d’une scolarité normale, il lit beaucoup et il est particulièrement marqué par la lecture de l’ouvrage du Père jésuite Léon Wieger sur les caractères chinois[2]. À douze ans, Jacques-André Lavier y apprend les idéogrammes.
À l’issue de ses études à l’École de Chirurgie Dentaire et de Stomatologie de Paris, il obtient en 1953 son diplôme de Chirurgien-dentiste. Installé à Paris comme praticien dentaire libéral, il poursuit en parallèle des activités d’enseignant et de chercheur. En 1954, il est nommé Chef de Clinique en physiothérapie à l’École de Chirurgie Dentaire et de Stomatologie de Paris où il enseigne jusqu’à son départ de la capitale en 1959[3]. Ses premiers articles, parus en 1955, inaugurent une bibliographie fournie portant sur la nature et l’usage des points d’acupuncture en odonto-stomatologie[4].
Tout en poursuivant les activités précitées, Jacques-André Lavier approfondit ses connaissances en chinois et en acupuncture. En 1956, il écrit pour la première fois au Docteur WU Huei-Ping, alors Professeur d’acupuncture à Taipei, Président de la Société d’Acupuncture de Chine et Président de la Société d’Acupuncture de Taipei. Grâce à une correspondance assidue avec le Docteur WU et aux ouvrages et articles médicaux chinois que ce dernier lui envoie, Jacques-André Lavier développe ses recherches. Dès 1957, il est membre de la Medical Society of Acupuncturation and Cauterization of China[5]. Il adresse régulièrement à son mentor des mémoires sur l’acupuncture et est bientôt en mesure de lui proposer une traduction française de son livre, publiée à Paris en 1959[6]. À cette époque, les travaux du Docteur WU lui font découvrir l’importance de la tradition dans la médecine chinoise. À partir de 1958 et dans les années qui suivent, ses articles s’en font déjà l’écho[7].
Devenu Dentiste Conseil à la Sécurité sociale de Vannes dans le Morbihan en 1959, il poursuit ses travaux et ses traductions de traités médicaux chinois, qui aboutissent à la publication de ses premiers livres[8].
En 1961, Jacques André Lavier obtient le grade de médecin de l'Hôpital d'Acupuncture de Taipei[9]. Il quitte son poste de Dentiste Conseil et se consacre entièrement à la recherche et à l’enseignement de la médecine chinoise traditionnelle qu’il diffuse largement en France et en Europe. En 1963, il donne à Londres un séminaire qui aura des répercussions sur l’acupuncture britannique[10]. Ses travaux deviennent accessibles au monde anglo-saxon grâce aux traductions anglaises du Docteur Philip Chancelor[11]. En 1964, il est Docteur en acupuncture[12] avant d'être nommé la même année Professeur à l'Hôpital d'Acupuncture de Taipei[13]. À partir de 1965, il forme en Belgique un groupe de médecins acupuncteurs. En France, il fonde en 1965 le « Collège International de Médecine Chinoise » qui regroupe l’ensemble de ses élèves médecins.
L’appréhension de l’esprit traditionnel en médecine chinoise occupe le centre des recherches et de l’enseignement de Jacques-André Lavier dès le début des années 1960. Son principal atout est sa maîtrise du langage médical chinois, qui lui permet de puiser ses connaissances sans intermédiaire dans les sources écrites et les grands textes médicaux classiques. En dépit d’une forte réticence en raison de son statut de chirurgien-dentiste, il s’impose comme sinologue dans le domaine de la médecine chinoise traditionnelle[14].
À la suite de l’obtention de son Doctorat d’État en Chirurgie Dentaire en 1973[15], Jacques-André Lavier publie des ouvrages fondamentaux représentant l’aboutissement de ses années de travail sur la tradition et les caractères chinois des textes médicaux : Médecine chinoise médecine totale (1973), et Bioénergétique chinoise (1976).
En 1977 sont créées les deux institutions de recherche et d’enseignement qui encadreront ses activités jusqu’à la fin de sa vie : la Société Médicale d’Acupuncture Chinoise (SMAC), réunissant des médecins, et le Groupe d’Études et de Recherches en Odonto-Stomatologie (GEROS), rassemblant des chirurgiens-dentistes. C’est au sein de ces deux structures que Jacques-André Lavier poursuit ses travaux et transmet le fruit de ses recherches spécialisées sur les idéogrammes chinois médicaux et sur l’astronomie, son autre passion. Il restitue la science du ciel des anciens Chinois dans L’uranologie, éditée en 1985.
Il reçoit en 1979 la distinction de Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques[16] en reconnaissance de "ses qualités de pédagogue et de chercheur tenace fidèle à une probité intellectuelle"[17]. Les dernières années de sa vie sont consacrées à l’étude approfondie des caractères chinois et aux traductions des textes médicaux classiques, en particulier à celle du Nei Jing Su Wen[18], remaniée en fonction de l’évolution des nouvelles connaissances acquises.
Il s’éteint en 1987 à l’âge de 65 ans au terme d’une vie de transmission et de recherches, aujourd’hui poursuivies par ses anciens élèves[19] appartenant à la SMAC et au GEROS, toujours existants, ainsi qu’à d’autres groupes médicaux.
En , un Forum International lui a été consacré à Kunming par l'Université de Médecine Chinoise Traditionnelle du Yunnan[20]. À cette occasion, une galerie exposant ses archives et ses objets personnels lui a été consacrée en Chine à Kunming en 2014, dans le Musée de la Médecine Chinoise en Occident dépendant de l’Université de Médecine Chinoise Traditionnelle du Yunnan[21]. Il y côtoie George Soulié de Morant, précurseur et promoteur de l'acupuncture en France.