Jacques Sutter
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Jacques Sutter, né le à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), est un sociologue français spécialisé en sociologie des religions.
Directeur de recherche au CNRS, il assura la direction du Groupe de sociologie des religions. Médaillé du CNRS, il est à la retraite depuis 1994 et poursuit ses activités de recherche.
Après avoir suivi une formation philosophique et théologique, Jacques Sutter a exercé pendant une quinzaine d’années une activité professorale dans le cadre d’une congrégation religieuse : enseignement dans le domaine de l’économie et cours d’histoire de la musique. En 1958 il a obtenu un Prix d’histoire de la musique au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et, en 1959, la licence ès Sciences sociales (Institut de Sciences Sociales). Au cours de cette même période il a mené des enquêtes de terrain sociodémographiques dans le cadre du Centre pastoral des missions intérieures[1] (CPMI). En 1968, il intègre le CNRS en tant qu’ingénieur de recherche dans le Groupe de sociologie des religions (GSR), dirigé par Émile Poulat. Il obtient en 1969 le Diplôme de l’École pratique des hautes études. Il a été secrétaire général de l’Association française de sociologie religieuse de 1973 à 1985, membre du comité de rédaction des Archives de sciences sociales des religions et membre de la Conférence internationale de sociologie religieuse. Docteur d’État en 1983 (Doctorat à l'École des hautes études en sciences sociales), il devient directeur de recherche en 1987. Il assurera la direction de son laboratoire, le GSR, de 1984 à 1991.
Parallèlement à ce parcours professionnel, formé aux disciplines musicales et à la pratique instrumentale, il exerce la direction de chœur durant une cinquantaine d’années, réalisant de grandes œuvres du répertoire classique en collaboration avec des orchestres professionnels. Cette activité, en lien avec sa formation au CNSMD de Paris, contribuera à initier une analyse critique des rapports de l’esthétique et de la religion.
Thèmes de recherche
- L'analyse de l’institution catholique dans tout un contexte de mutations culturelles, plus précisément l’examen de la situation de la religion catholique en France – système organisationnel, modèle clérical bérullien, statut et crise du clergé, états de l’opinion publique –, attestant, en France, d’une perte d’emprise de l’institution et du recul de l’ancrage du catholicisme comme religion dominante. Jacques Sutter a prolongé son analyse en examinant les statuts de la religion et la situation de l’héritage chrétien en Europe.
- L'analyse des sondages érigés en objet sociologique comme pratique sociale globale (thématique, questionnement, sondeurs, commanditaires, publications...). Avec la constitution d’un important dossier documentaire rassemblant, pour la période 1944-1976, tous les sondages avec questions religieuses exécutés à l’échelle nationale. Jacques Sutter a mené une recherche sur deux grands axes, dans un va-et-vient épistémologique entre la qualitatif et le quantitatif : une analyse sémantique d’un discours idéologique global renvoyant au système de représentations et de valeurs d’une société ; une analyse statistique des données chiffrées prises dans des ensembles signifiants, avec l’utilisation de l’analyse factorielle. L'examen des indicateurs privilégiés que sont les sondages révèlent les profondes mutations qui touchent la société française au regard du fait religieux.
- L'analyse des phénomènes de croyances dans la complexité de leur élaboration et de leur mode de fonctionnement : un espace de recherche autour d’une dérive du fait religieux, la récession et l’altération du système de croyance entraînant une perte de légitimité de l’autorité religieuse dont l’emprise sur les normes sociales et morales ne s’impose plus. Dans ce contexte, le recours à la religion dite « émotionnelle » s’affirme comme une alternative au déficit de l’adhésion croyante L’analyse critique de ce thème tient aux éléments constitutifs de la croyance : affects et raison sont en interconnexion.
- L'analyse du rapport de la religion à la modernité, sur fond de « diabolisation » de la raison et d’une vision religieuse du monde. La désarticulation conflictuelle des sphères de la culture et l’hégémonie de la rationalité instrumentale constituent l’essentiel de la crise de la raison moderne. Le christianisme est lui-même impliqué dans cette crise et interpellé sur la pertinence de son héritage en Occident. Au cœur de cette problématique, l’affrontement entre foi et science est un thème central de l’analyse. Dans ce contexte s’inscrit l’examen critique du thème du « retour du religieux », énoncé à partir d’amalgames hétérogènes.
- L'esthétique, comme espace d’interpellation du fait religieux. La catégorie du religieux est considérée non comme un univers englobant de réponses ultimes, mais comme une variante d’une donnée indissociable de notre humanisation. Sans avoir à les opposer de façon antagoniste, religion et esthétique sont deux domaines renvoyés l’un et l’autre à l’expression mythifiée de notre univers et à la nécessaire exploration des pulsions premières qui en sont la source signifiante. Sans exclusive, l’univers musical sert de fil conducteur prioritaire à l’analyse de cette interpellation du fait religieux. Jacques Sutter poursuit sa réflexion sur ce thème.