Jacques Willemont
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Jacques Willemont, né en Picardie en 1941, est un réalisateur français de films documentaires d’anthropologie, d’archéologie et d’histoire. Informaticien, il conçoit et programme des œuvres multimédias interactives. Il est à l'origine de deux festivals de films L'homme regarde l'Homme (1975), devenu Cinéma du réel [1] en 1979 et Cris du monde (2013). Il intervient comme chef opérateur, réalisateur ou producteur sur plus de 35 films de long, moyen et court métrage entre 1968 et 1976, dont La reprise du travail aux usines Wonder en . Il a suspendu ses activités cinématographiques de 1977 à 2000, pour se consacrer au jeu vidéo et à la vidéo-interactive naissante. Il réalise à nouveaux des films depuis 2001. Il a enseigné La communication et les sciences sociales à l’Université de Strasbourg de 1970 à 2005 dont le département de Sciences humaines dirigé par Julien Freund lui accorde un D.E.A.
La Reprise du travail aux usines Wonder
Son père et son grand-père étaient marchands ambulants. Le cinéma prend une place prédominante dans sa vie lorsqu'à 18 ans, il anime un ciné-club au foyer des orphelins de la Poste à Cachan. Cette expérience le conduit à écrire:
Je prends conscience que, dans une salle de projection, deux films se déroulent simultanément. L’un d’essence technique, analogique par rapport à une réalité captée ou reconstituée ; l’autre irréel, imaginaire. Le premier peut bénéficier d’une lecture collective. Son enregistrement cinématographique – visuel et sonore - ne créée qu’un clone. Le second ne peut pas être enregistré puisqu’ il est matricé dans les circonvolutions du cerveau de chaque spectateur. Comme une page de roman. Et que chaque matrice, personnelle, met en scène une représentation symbolique fruit d’une pensée individuelle qui s’épanouie dans un cadre culturel, voire interculturel collectif. Ayant adopté ce point de vue, j’ai décidé de devenir un directeur de la lumière, un de ces hommes – je ne connaissais aucune directrice de la lumière à l’époque - qui, par la richesse de l'image que son art engendre, contribue à multiplier les cheminements de la pensée dans les interstices du temps et de l’espace que le film recèle et que l’imaginaire s’emploie à combler.
Vient le temps du service militaire à l'école de cavalerie, de Saumur, avant d'être affecté dans un régiment de spahis.
Sa vie professionnelle commence lorsqu'en 1966, il entre à l'Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) pour devenir directeur de la lumière. Il mène un long travail d'expérimentation solitaire pour maitriser les relations entre nature de la peau, maquillage et lumière. Deux épais carnets de note en conservaient les résultats. Il remercie l'IDHEC de lui avoir donné cette opportunité parce que, pour le reste, il partage avec Patrice Leconte et Richard Copans qui se sont exprimés sur ce sujet, l'assurance du manque d'un encadrement de qualité. Willemont, un brin provocateur affirme :
"En deux ans, je n'ai bénéficié que de deux cours qui méritaient qu'on se lève un jour de pluie sur Paris. 1 - la lecture du Cuirassé Potemkine d'Eisenstein par Jean Mitry (le lorgnon, le signifiant et le signifié, tout le monde connait ?); 2 - le point de vue de Jean-Pierre Melville sur la qualité d'acteur de Delon.
Début 1968, Yvan Croce, un jeune cinéaste, lui confie l'image du film Soto (Jesús Rafael Soto était un plasticien, sculpteur et peintre vénézuélien - 1923-2005).
Début mai 68, la direction de l'IDHEC organise un concours de scénario sans considération de disciple. Il propose avec L'araignée d'eau une adaptation d'un texte de Marcelo Béalu, dont il traduit "l’incongruité rêveuse, l’inconvenance ingénue, la cruauté souriante et la fange mouvante de l’inavouable", selon l'éditeur. Son scénario est choisi. Le tournage doit commencer le .
En mai 1968 (alors qu'il termine ses études à l'IDHEC - future FEMIS), il participe à l'occupation de l'Institut. À partir du , dans le cadre de la participation aux États généraux du cinéma des élèves en « grève active »[2], il entame le tournage d'un film documentaire de long métrage qui devait s'intituler Sauve qui peut Trotsky : tournages dans les locaux de l'OCI (Organisation communiste internationaliste), entretien avec Charles Berg (secrétaire général de l’organisation), entretien avec "Martin" le délégué OCI à la SIDI (imprimerie à Levallois-Perret), séquence au meeting de Charlety le … jusque fin juin.
Le , avec Pierre Bonneau (en première année à l'IDHEC) qui tient la caméra et Liane Estiez-Willemont qui enregistre le son, il réalise l'une des séquences de ce film, un plan-séquence de 9 minutes, connu sous les titres Wonder ou La Reprise du travail aux usines Wonder ou Wonder Mai 68. Ce film court, diffusé séparément, est considéré comme le film phare sur les événements de mai 1968[3],[4].
En , Jacques Rivette dira du film :
« Le seul film intéressant sur les événements (de mai 68), le seul vraiment fort que j'ai vu, c'est celui de la rentrée des usines Wonder, tourné par des étudiants de l'IDHEC, parce que c'est un film terrifiant, qui fait mal. C'est le seul film qui soit un film vraiment révolutionnaire, peut-être parce que c'est un moment où la réalité se transfigure à tel point qu'elle se met à condenser toute une situation politique en dix minutes d'intensité dramatique folle[5]. »
Le film Sauve qui peut Trotsky, n'a pu être terminé, les éléments de montage étant enlevés de la salle de montage dans la nuit du 14 au 15 juillet 68. Question : ce film a-t-il été empêché par l'OCI ? Pierre-William Glenn, membre de l'OCI, avait signalé quelques jours avant que l'organisation trotskiste ne voulait pas que le film soit diffusé. Pour quelle raison ? Était-il considéré par l'OCI comme "réactionnaire" ou comme plus "progressiste" ? Comment fait-on pour qualifier de telle manière simpliste un film ethnographique ? Parce que Sauve qui peut Trotski n'était finalement qu'un film ethnographique sans commentaire, comme Wonder en témoigne.
En 2005, Sébastien Layerle retrouve les négatifs aux Archives Royales de Belgique. Depuis, ils ont été rapatriés aux Archives Nationales françaises de Bois d'Arcy où ils sont conservés[6].
En , cinquante huit ans plus tard, un universitaire américain demande à Jacques Willemont de lui fournir des informations sur l'affaire Wonder dont l'empêchement de Sauve qui peut Trotski constitue une autodafé équivalente à celles pratiquées par tous les gouvernements totalitaires depuis plus deux siècles[7].
Postérité du film
En 1971, le film est diffusé dans les salles en première partie du film Camarades de Marin Karmitz. A cette occasion, -ren 1996, le film Wonder servira de base au film Reprise d'Hervé Le Roux.
Quarante ans plus tard, Jacques Willemont réalise pour France 3, un documentaire intitulé L'autre mai, Nantes mai 68 destiné à montrer que « le Mai 68 du quartier Latin, n'est que la face étudiante d'un conflit dont les paysans et les ouvriers de Nantes ont écrit les plus belles pages[8]. »
En 2018, un extrait de la fameuse scène est rejouée par des lycéens de l'option cinéma du lycée Romain-Rolland d'Ivry-sur-Seine dans le documentaire Nos défaites réalisé par Jean-Gabriel Périot, et sorti en 2019.
Carrière
À partir de 1968, il mène des études en ethnologie à l'Université de Nanterre puis de Strasbourg. Un DEA (diplôme en études avancées) parachève ses recherches dans le domaine du cinéma ethnographique.
En 1972, il crée avec Liane Willemont, sa femme, une société de production garante de sa liberté.
En 1973, à Chicago, lors du Congrès international des sciences anthropologiques et ethnologiques tenu à Chicago, Jean Rouch lui « déclare la guerre » parce qu'il a affirmé à la tribune que « partout dans le monde et particulièrement en France avec le CNRS, peu de films de qualité scientifique étaient réalisés pour le grand public, par ailleurs contribuable, qui finançait les films de tous les ethno-cinéastes de cette assemblée. »[réf. souhaitée]
En 1974, pour faire la preuve qu'il y a un public pour d'authentiques films ethnographiques, il crée une série de 10 films ethnographiques intitulée De l'Afrique et des Africains, à partir de films réalisés par Francine-Dominique Champault, Nicole Echard, Igor de Garine, Jean-Pierre Olivier de Sardan, Guy Le Moal, Viviana Paques… Ces ethnologues collaborent à l'adaptation de leurs films qui avaient été vus précédemment par quelque 2 000 personnes. La série est diffusée entre 1975 et 1976 sur les écrans de 14 télévisions dans le monde, soit 7 à 10 millions de téléspectateurs.
En 1975, il fonde la revue Impact[9] avec Lionel Ehrhard. En 1978, il édite un numéro spécial intitulé Cinémai68 : il y donne la parole à Costa-Gavras, Jacques Rivette, Jacques Doniol-Valcroze, William Klein, Jean-Luc Godard et les équipes de Mai 68[10].
En 1975 également, il crée le festival L'homme regarde l'Homme à la Maison des arts et de la culture de Créteil, en 1975, avec le soutien d'Olivier Barrot[11]. Lorsqu'en 1978, le festival est accueilli par la BPI (Bibliothèque publique d'information du Centre Georges Pompidou qui vient d'ouvrir), Jean Rouch décide de le récupérer. Pour cela, il emploie des moyens non légitimes. En 1979, le festival est rebaptisé Cinéma du réel.
Pour le panache, Jacques Willemont reconduit L'homme regarde l'Homme la même année, soutenu par l'INA, le CNC et la Mairie de Paris.
Cette guerre mandarinale, menée sans discontinuer, mettra fin à partir de 1979, à l'activité de Jacques Willemont dans le domaine du cinéma ethnologique et sociologique (revue Impact, production de films, Encyclopédie des peuples, festival L'homme regarde l'Homme…). Tout est annihilé.
À partir de 1984, il se consacre à l'édition de programmes culturels et éducatifs sur les supports électroniques et multimédias, dont une série de programmes sur la grotte préhistorique de Lascaux.
Ses dernières réalisations concernent un programme pédagogique en ligne intitulé Ce que nous apprend l'anthropologie[12], dont le premier titre est consacré aux Gnawa (ou Gnaouas) et le second à l'anthropologue Maurice Godelier.
Il a enseigné l'anthropologie et la communication dans le cadre des sciences sociales pendant trente ans à l'université de Strasbourg. Il a présidé pendant trois ans l'association des auteurs multimédias qu'il a fondée en 1996.
Il est également à l'origine du festival Cris du monde soutenu par Marseille-Provence 2013 et la ville de La Ciotat, dont la première édition s'est déroulée en [13].
Jacques Willemont poursuit une activité de recherche dans le domaine de la transmission des connaissances avec les outils numériques, sur des thèmes qui traversent sa vie : Le Gnawa (1969 à aujourd'hui), Lascaux (1986-2015), Godelier (2005 à aujourd'hui). Des sites internet sont édités.