Jakobus Onnen
instituteur allemand, criminel de guerre, bourreau dans la photographie "Le Dernier Juif de Vinnytsia"
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Jakobus Onnen, né le à Tichelwarf (de) et tué au combat le dans la région de Jytomyr en Ukraine, est un enseignant et SS allemand, auteur présumé de crimes contre l'humanité commis dans le cadre de la Shoah par balles en Union soviétique occupée. En 2025, une équipe de recherches dirigée par l'historien Jürgen Matthäus l'a identifié comme étant le tireur présumé qui apparaît sur la photographie intitulée Le Dernier Juif de Vinnytsia, l'une des photos les plus connues témoignant de la Shoah par balles.
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Parti national-socialiste des travailleurs allemands (à partir du ) |
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Biographie
Onnen est né en 1906 dans le village de Tichelwarf (de)[1],[2], en Frise orientale, près de la frontière néerlandaise.
Issu d'une famille éduquée, il s'intéressait aux langues étrangères et aux voyages dès sa jeunesse[3].
Après avoir obtenu son diplôme, il travaille comme enseignant, puis, en 1931, il adhère au NSDAP puis, s'engage dans les SA et en 1932, il devient membre de la SS[3],[4].
Entre 1934 et 1938, il enseigne le français, l'anglais et les sports à l'école coloniale allemande (de) de Witzenhausen, près de Cassel. Après l'invasion de la Pologne en septembre 1939, Onnen est transféré à la Ordnungspolizei, chargée du maintien de l'ordre public, à Płock, en Pologne.
Après le début de l'invasion de l'URSS, il est envoyé sur le front de l'Est et intègre l'Einsatzgruppe C, une unité mobile opérant dans l'Union soviétique occupée par les troupes allemandes, chargée d'éliminer la région des « Juifs et des partisans » avant la visite d'Adolf Hitler. L'Einsatzgruppe C, dirigée par l'avocat et chef de brigade SS Otto Rasch, comptait environ 700 hommes ayant assassiné plus de 100 000 civils, principalement juifs, en Ukraine au printemps 1942[3],[5].
Dès juillet 1941, Onnen avait commis ses premiers meurtres dans le cadre de cette unité[6]. (Voir ci-après.) Au cours de son service, il n'a pas obtenu de grade supérieur, restant SS-Unterscharführer (équivalent à sergent). L'historien Jürgen Matthäus déclare : « La participation à de tels massacres n'a apporté ni carrière ni récompenses. Dans ces unités de mise à mort, c'était considéré comme normal. »[7].
Onnen a été tué le 12 août 1943 lors d'une mission de guerre dans la région de Jytomyr, dans l'Ukraine actuelle. Sa tombe se trouve au cimetière de guerre de Kiev[1].
À Weener, ville proche de son village natal, son nom figure sur le monument aux morts devant le musée local, qui est censé commémorer les victimes de guerre ou de violence. Après la révélation du crime commis par Onnen, la ville souhaite réfléchir à la manière de gérer cette situation. Il est envisagé de retirer le nom, de placer un panneau d'information par-dessus, ou d'explorer d'autres moyens de traitement et de mise en contexte[8].
Identification en tant que tireur sur la photo de l’Holocauste Le dernier Juif de Vinnitsa
L'historien allemand Jürgen Matthäus a identifié Onnen comme le tireur sur une photographie en noir et blanc datant du début des années 1940, qui montre l’exécution imminente d'un Juif par un membre des Einsatzgruppen allemands devant une fosse commune. Ce cliché, généralement intitulé Le Dernier Juif de Vinnytsia, est considéré comme l'une des images les plus emblématiques de la Shoah. Toutefois, de nombreux détails concernant cette photographie restent encore non élucidés[9],[3].
Jürgen Matthäus a consacré de nombreuses années à l'analyse de cette célèbre photographie. À l’issue de ses recherches, il conclut que l'exécution de masse représentée sur l'image n'a pas eu lieu à Vinnytsia, comme l'indique le titre, mais qu'elle a été perpétrée à Berdytchiv, 80 km plus au nord, par l'Einsatzgruppe C, une unité mobile d'extermination nazie, en début d'après-midi du [10],[3]. Il fonde son analyse sur le journal de guerre d'un officier de la Wehrmacht nommé Walter Materna, qui y décrit le massacre. Ce journal contient également une version plus nette et plus détaillée de la photo intitulée Le dernier Juif de Vinnytsia, accompagnée de la note : « Fin . Exécution de Juifs par la SS dans la citadelle de Berdytchiv », ainsi qu’une mention manuscrite en bas : « »[11],[12].
Une autre photographie montre la scène sous un angle tourné de 90 degrés. Elle provient des archives de Heinz Baier, feldwebel de la Wehrmacht. Mais elle est assez floue, le photographe ayant trop bougé l'appareil au moment de la prise. Elle semble avoir été prise peu après l'autre cliché, montrant probablement le même bourreau, les mêmes spectateurs, mais une victime différente. Le verso de l'image comporte également des annotations manuscrites. Baier y a noté : « Exécution de Juifs à Berdytchiv par la SS » ainsi que « Délire à son paroxysme ». Selon le journal Die Welt, qui rapporte les recherches de Matthäus, ces annotations pourraient avoir été ajoutées après 1945[11]. Grâce à ces éléments, le lieu et la date de la prise de vue semblent désormais établis, mais l'identité du tireur, en revanche, demeure alors toujours inconnue.
Le tournant décisif dans l’enquête de Matthäus survint lorsqu'un parent éloigné d'Onnen, après avoir lu un article dans Die Welt[11], prit contact avec l'historien[6]. Ce témoin reconnaissait la photographie et soupçonnait depuis longtemps que le tireur représenté pouvait être l'oncle de son épouse[6],[2]. Son intuition reposait sur une correspondance conservée datant de l'époque. Bien que plusieurs lettres envoyées du front de l'Est aient été détruites dans les années 1990, il fut en mesure de fournir à Matthäus des éléments cruciaux sur la biographie d'Onnen ainsi que des photographies[13]. Ces documents furent ensuite analysés par le collectif international Bellingcat, qui recourut à l'intelligence artificielle (IA) pour examiner les images[14].
L'IA utilisée constata une forte correspondance entre les images de la famille et la personne représentée sur la photo Le Dernier Juif de Vinnytsia[4]. Selon Jürgen Matthäus, cela seul n'était pas une preuve suffisante. Cependant, la similitude constatée par l'IA était suffisamment élevée pour permettre l'identification en conjonction avec d'autres preuves documentaires[15]. Il s'agissait d'un « processus étape par étape » composé d'un travail d’archivage traditionnel, d'heureuses coïncidences et de la participation révolutionnaire de bénévoles du groupe de journalisme open source Bellingcat[16],[2].
Détournement du cliché
Entre 2015 et 2020, la photographie Le Dernier Juif de Vinnytsia a été instrumentalisée sur les réseaux sociaux, utilisée pour véhiculer une fausse représentation des massacres attribués aux soldats français durant la guerre d'Algérie[17],[2].