Jan Matulka
peintre, graveur et illustrateur tchèque (1890-1972)
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Biographie
Matulka est né le 7 novembre 1890 à Vlachovo Březí, en Bohême (alors partie de l'Autriche-Hongrie et aujourd'hui de la République tchèque). En 1907, Jan, ses parents, et ses cinq jeunes sœurs émigrent aux États-Unis, et s'installent dans le Bronx. Peu après, le père de Jan quitte le foyer, laissant la famille sans ressources[1].
En 1908, Jan Matulka entreprend des études à l'Académie américaine des beaux-arts de New York. Diplômé en 1917, il rencontre Ludmila « Lída » Jiroušková, qu'il épouse le 1er mai 1918. Lída Matulka travaille à la Bibliothèque publique de New York, où elle dirige le département de littérature tchécoslovaque, et contribue à introduire son mari dans les milieux culturels de la ville[2].
Entre 1917 et 1918, Matulka parcourt les États-Unis et les Caraïbes grâce à une première bourse offerte par la fondation Joseph Pulitzer, et peint tout au long de son voyage[1]. Dans le Sud-Ouest américain, il est l'un des premiers artistes modernes à représenter la danse de la pluie du serpent chez les Hopis[3]. Par la suite, il partage un atelier avec Emil Ganso (1895-1941) avec lequel il se lance dans la gravure[4].
En 1919-1920, il illustre deux ouvrages en compagnie de Parker Fillmore.
Les années suivantes, Jan et Lida se rendent en Tchécoslovaquie pour visiter l'ancienne ferme familiale, ainsi qu'en Allemagne et en France. Matulka prend un atelier à Paris et y passe l'hiver tandis que Lida retourne à New York chaque automne. À Paris, il fait la connaissance de Gertrude Stein, André Lhote, Jean Lurçat, Josef Šíma, Václav Vytlačil (en) et Albert Gleizes. En 1922, il expose avec Georges Kars dans la galerie parisienne de Jacques Povolozky[5]. Matulka conserve son atelier newyorkais. Il y peint une série de toiles représentant des paysages urbains, ainsi que des paysages d'après nature[6] et des motifs tirant sur l'abstraction[2]. En 1924, il expose au Salon des indépendants de Paris[7], puis au Salon de la Société nationale des beaux-arts qui organise la même année un espace réservé à une quinzaine de jeunes artistes américains[8].
Parce qu'il avait exposé aux côtés de la Société Anonyme, Inc. (1920), Katherine Dreier devient brièvement sa mécène en 1925-1926, une collaboration qui prend fin prématurément en raison de désaccords mineurs et du manque général de tact de Matulka, se manifestant par des retards et des crises de colère. En novembre 1926, il commence à livrer des illustrations à New Masses, un magazine nettement orienté à gauche[1].
En 1927, Matulka commence à collaborer avec la galerie du fils de Frank Knox Morton Rehn. La clientèle de la galerie préfère des œuvres plus classiques et figuratives, Matulka se soumet au goût du public pour des raisons économiques, mais cela ne l'empêche pas pour autant de peindre dans d'autres styles pour d'autres clients[9]. En 1928, il commence à dessiner d'après modèle vivant lorsqu'il adhère à la Society of Independent Artists.
Grâce à l'aide de Max Weber et Vytlačil, Matulka obtient un poste d'enseignant à l'Art Students League of New York, son premier emploi salarié. Seul professeur moderniste de l'établissement, ses cours rencontrent un vif succès. Parmi ses élèves figurent Francis Criss, Burgoyne Diller, Irene Rice Pereira, David Smith, Jacob Burck (en). En 1931, Matulka est contraint de quitter son poste sous la pression de factions conservatrices, mais, encouragé par ses étudiants, il continue à donner des cours particuliers durant une année. Il poursuit ensuite l'enseignement individuel pendant un certain temps[1].
Des difficultés financières l'empêchent bientôt de se rendre chaque année à Paris. En 1928, il sous-loue son atelier parisien au peintre Stuart Davis. Plus tard, Josef Šíma le sous-loue à son tour, avant de le reprendre définitivement à Matulka en 1934. Šíma entrepose alors toutes les peintures et autres œuvres de Matulka restées dans l'atelier, les transportant finalement dans sa maison de Fontainebleau, où elles ne survécurent pas à la Seconde Guerre mondiale[1].
De 1934 à 1935, Matulka est l'un des rares peintres abstraits à intégrer le programme gouvernemental du Public Works of Art Project, ce qui lui donna le goût des peintures murales et de l'art public. Il rejoint ensuite le Federal Art Project et travaille également sur les Williamsburg Houses, gérées par la New York City Housing Authority, réalisant finalement deux peintures murales, toutes deux détruites par la suite[1].
En 1936, Matulka participe à la fondation de l'American Abstract Artists, mais refuse d'y adhérer. Son état émotionnel continue de se détériorer, notamment après le suicide de sa sœur Barbara le 5 juillet. À la fin de sa collaboration avec le Federal Art Project en 1939, il devient encore plus isolé socialement et émotionnellement. Il continue de peindre des œuvres de plus en plus expérimentales, mais va progressivement de retirer de la vie publique[2].
En 1944, les ACA Galleries de Chelsea (Manhattan) lui offre un solo show.
Au cours des décennies suivantes, Matulka reçoit de nombreux éloges pour ses expositions, mais reste relativement retiré de la vie publique. Avec l'âge, il souffre de nombreux problèmes de santé, dont la surdité[9].
En 1965, la Zabriske Gallery (New York) organise une nouvelle exposition personnelle : ce sera la dernière de son vivant.
Matulka meurt le 25 juin 1972 à New York.
En 1979, le Whitney Museum of American Art organise une rétrospective de son œuvre[10].
Œuvre
Outre de nombreuses huiles sur toile et des fresques, Matulka a produit des estampes sous la forme d'eaux-fortes, de lithographies et de linogravures[11],[12],[13].
Ouvrages illustrés
- avec Parker Fillmore, Czechoslovak fairy tales, retold by Parker Fillmore; with illustrations and decorations by Jan Matulka, New York, W. Collins, Sons & Co., 1919.
- avec Parker Fillmore, The Shoemaker's Apron: A Second Book Of Czechoslovak Fairy Tales And Folk Tales, New York, Harcourt Brace & Company, 1920.
- Dělník Kalendar 1929, New York, Obrana / Workers' Printing House, 1928.
- Gustave Leopold Van Roosbroeck, Grotesques[14], New York, Living Art, 1929.
- Jan Matulka: Paintings, Watercolors, Drawings & Prints, New York, Robert Schoelkopf Gallery, 1972.