Vue du bassin de la Buhaira, avec les vestiges restaurés des fondations de l'ancien pavillon almohade oriental, partiellement occupés par un bâtiment mudéjar plus récent.
Les jardins de la Buhaira (en espagnol: Jardines de la Buhaira)[1], aussi connus sous le nom de palais de la Buhaira[2] ou Buḥayra, sont un jardin et palais almohade situé à Séville, en Espagne. Créée au XIIe siècle, le domaine était également connu en espagnol sous le nom de Huerta del Rey («Jardin du Roi») après la Reconquista, ou Huerta Dabenahofar par la suite[3],[4](p211). C'est aujourd'hui un parc public et un site historique.
Le nom buhaira provient du mot arabebuḥayra, signifiant «petite mer»[5]. Ce nom était utilisé pour de nombreux jardins et domaines ruraux durant la période almohade (XIIe-XIIIe siècles) qui comportaient des lacs ou des réservoirs artificiels. Les sources arabes historiques utilisent également ce nom pour les jardins de l'Agdal à Marrakech au Maroc[5].
Histoire
La construction du complexe de Buḥayra a débuté en 1171 sur ordre du calife almohadeAbu Yaqub Yusuf (règne 1163-1184), qui avait commandé de nombreux autres projets de construction et de rénovation à Séville, notamment la nouvelle Grande Mosquée (transformée plus tard en cathédrale)[3],[4](p211). À cette époque, Séville était la capitale almohade d'Al-Andalus[4](pp195–198). Le nouveau domaine rural était situé sur le site d'une lagune naturelle, juste à l'extérieur des remparts est de la ville, près de la porte connue sous le nom de Puerta de la Carne («Porte de la Viande»)[4](p211)[6]. Sa conception s'inspirait des anciens domaines ruraux almohades situés l'extérieur de Rabat et de Marrakech au Maroc (par exemple les jardins de la Ménara)[4](p211)' [7](p220). Au moins trois domaines de ce type existaient à la périphérie de Séville alors: Buhayrat al-Wadi, Buhayrat Bab Jahwar et Buhayrat Hisn al-Faraj[7](p220).
Des sources arabes historiques rapportent qu'Ahmad ibn Baso, l'architecte de la Grande Mosquée et de la Giralda, a conçu le palais. La création des jardins fut supervisée par le gouverneur de Séville, le cheikh Abou Dawoud ibn Gallul et par un vizir almohade, Abou l'Ala Idris. Al-Hajj al-Ya'ish, l'ingénieur qui avait également réalisé divers travaux à Marrakech, conçut l'infrastructure hydraulique des jardins[4](p211). Les jardins étaient alimentés en eau par un aqueduc romain (aujourd'hui connu sous le nom de Caños de Carmona) dont Abu Yaqub Yusuf ordonna la reconstruction afin d'alimenter à la fois ce palais et le vaste palais de l'Alcazar[3]. La construction du palais et des jardins s'acheva en et fut inaugurée par une grande fête[4](p211).
Le pavillon de style mudéjar du XIXe siècle se trouve à l'est des jardins.
Les jardins furent abandonnés au cours des siècles suivants, après que la ville fut passée sous contrôle chrétien espagnol. Au XIXe siècle, un palais mudéjar fut construit à côté du réservoir d'eau et se dresse encore aujourd'hui, sur les fondations d'un ancien palais almohade[1],[2],[4](p212). L'ensemble a été restauré et intégré à un parc public, inauguré en 1999. Une grande artère, l'Avenida de la Buhaira, traverse désormais l'ancien domaine et longe le bassin restauré (p211)[4](p211)'[6],[2].
Vestiges délimités du pavillon carré sur la rive sud du bassin
Les jardins et leurs palais étaient à l'origine entourés d'un mur en terre crue, connu sous le nom de Ha'it as-Sultan («Mur du Sultan»)[4](p213). Le réservoir d'eau almohade, restauré et toujours visible aujourd'hui, mesure 43 mètres sur 43 et a une profondeur de 2 mètres. Ses parois, légèrement surélevées, sont renforcées par des contreforts. L'eau arrivait par un aqueduc depuis l'est et était déversée dans le réservoir. L'excédent d'eau provenant de l'aqueduc continuait de s'écouler au-delà du réservoir et se déversait dans les jardins à l'ouest. Trois autres drains permettaient également à l'eau de s'évacuer du réservoir[4](p211).
Les vestiges d'un pavillon carré ont été découverts sur la rive sud du réservoir, alignés sur son axe central et coïncidant avec le point d'entrée de l'eau. Ce pavillon, probablement ouvert sur tous côtés, servait sans doute de poste d'observation et de lieu de détente pour le calife. Il était vraisemblablement couvert d'un dôme ou d'un toit pyramidal. Un pavillon rectangulaire beaucoup plus vaste occupait la rive est du pavillon existant. On peut encore apercevoir certaines de ses fondations. Il se composait d'une grande salle centrale flanquée de pièces latérales, elles-mêmes entourées sur leurs quatre côtés par une galerie à arcades. Les angles du bâtiment étaient soutenus par d'imposants contreforts carrés[4](pp211–212).
D'après les sources historiques, les jardins entourant le réservoir et le palais étaient plantés d'environ dix mille poiriers, pommiers, figuiers, oliviers et autres arbres fruitiers. Ces jardins restèrent aménagés au moins jusqu'en 1195. À la fin du XVe ou au début du XVIe siècle, l'ambassadeur vénitien Andrea Navagero nota la présence d'orangers autour du réservoir[4](p213).
Certains aspects du palais et du réservoir avaient des précédents dans d'anciens palais andalous du Xe siècle, comme Madinat al-Zahra. À son tour, l'agencement du palais de Buḥayra a pu servir de prototype pour la conception de certains palais nasrides ultérieurs, comme le palais de Partal et le Generalife à Grenade[4].
123Manuel F. Fernández Chaves, The History of Water Management in the Iberian Peninsula: Between the 16th and 19th Centuries, Birkhäuser, , 49–65p. (ISBN978-3-030-34060-5), «Water Supply Management in Seville, 1248–1800»
12Navarro, Garrido et Almela, «The Agdal of Marrakesh (Twelfth to Twentieth Centuries): An Agricultural Space for Caliphs and Sultans. Part 1: History», Muqarnas, vol.34, no1, , p.23–42 (DOI10.1163/22118993_03401P003)