Jean-Paul Goux

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Naissance
Activité principale
Écrivain, enseignant-chercheur
Distinctions
Langue d’écriture Français
Jean-Paul Goux
Naissance
Activité principale
Écrivain, enseignant-chercheur
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français
Genres
Roman, essai

Œuvres principales

  • Mémoires de l'enclave
  • Les Jardins de Morgante
  • L’ombre s’allonge

Jean-Paul Goux est un écrivain français né le 5 décembre 1948 à Vesoul, Franche-Comté.

Il a écrit des récits, des romans et des essais. Son premier roman, Le Montreur d'ombres, est publié en 1977 aux éditions Ipomée. Son œuvre compte une vingtaine de livres, dont les deux trilogies romanesques des Champs de fouilles et des Quartiers d'hiver, publiées aux éditions Actes Sud.

L'entrée en littérature

Comme beaucoup d'écrivains de sa génération, il associe l'engagement politique au désir de faire œuvre en littérature et adhère au parti communiste dans la dynamique de l'union de la gauche, de 1972 à 1979[1]. À cette période appartiennent des œuvres romanesques à l'écriture lyrique, Le Triomphe du temps, La Fable des jours et Lamentations des ténèbres[2].

Il a été lié à l'avant-garde littéraire des années soixante-dix et quatre-vingt, lecteur de Tel Quel, puis proche de Digraphe dont il a été secrétaire de rédaction en 1978[3].

Œuvre

L'écrivain-enquêteur

Ses Mémoires de l'enclave, issues de deux ans d'enquête sur la vie ouvrière dans le bassin de Sochaux-Montbéliard, ont été saluées notamment par François Bon comme « le livre le plus total, le plus fouillé, sur l'usine, au moment où l'histoire bascule »[4] et où s'éloigne le modèle industriel ancien. Cette somme de 600 pages a été rééditée en 2003 chez Actes Sud et a fait l'objet d'une édition critique sous la direction de Pascal Lécroart, complétée par de nombreuses annexes, paru aux Belles-Lettres en [5]. La fabrique des Mémoires de l'Enclave, les matériaux collectés, le contexte de l'enquête ont donné lieu à un « webdocumentaire » réalisé par le Centre Jacques Petit de l'Université de Besançon, qui conserve les archives numérisées[6] et à deux expositions, à Besançon et à Dijon[7]. Cette oeuvre de non-fiction a été parmi les textes précurseurs du retour des « littératures de terrain »[8] théorisé par Dominique Viart et a joué un rôle pionnier dans la mise en œuvre d'une écriture à l'écoute, dans le cas où l'écrivain répond à une commande publique, comme l'ont montré Laurent Demanze[9] et Maud Lecacheur[10].

Dans cette œuvre hybride, où la sociologie et l'ethnologie sont interrogées dans le cadre d' un préambule fictionnel (le journal intime de l'enquêteur, un jeune Docteur en Archéologie), la retranscription des voix ouvrières dont les archives permettent de retrouver les sources se mêle à des techniques de collages documentaires, d'inventaires, de synopsis narratifs, de récits engagés. Au séjour en zone industrielle succède sans transition une autre forme de décentrement de soi, loin de Paris : Jean-Paul Goux séjourne en 1985 et 1987 à la Villa Médicis, à Rome[11].

Les Champs de fouilles

Cette période marque la transition vers une nouvelle manière romanesque, et vers l'écriture de sa première trilogie, dont le premier volume, Les Jardins de Morgante[12], met en scène quatre amis réunis dans la fabuleuse propriété d'un écrivain du seizième siècle. Chaunes, l'architecte des jardins, Wilhelm, son ami le bibliothécaire, Maren, la jeune architecte qu'aime Chaunes, et Thubert, le photographe sont là pour dresser l'inventaire des richesses de cette demeure avant sa destruction définitive. Peu à peu ils subiront l'emprise de ce lieu magique jusqu'à un point de non-retour. Le récit de ce qui s'est passé cet hiver-là à Morgante est repris a posteriori par les voix des différents protagonistes, qui cherchent à élucider l'énigme du destin fatal de l'un d'entre eux. Ce roman, comme les suivants, est « un roman de la voix » où les différentes énonciations se mêlent et s'étagent par strates temporelles, sans se confondre. Le destin fatal de Chaunes amènera ses amis Wilhelm et Maren à se rendre dans le village qui l'a vu grandir et où il est toute sa vie venu chercher bien-être et ressourcement. La Commémoration met en scène une tribu familiale puissante, engagée dans le droit et la politique, et vis-à-vis de laquelle Chaunes a grandi comme en porte-à-faux, cultivant cet art de la distance et de la durée qu'est l'art du jardinier. L'œuvre tout entière s'ordonne autour d'une réflexion sur les pouvoirs de la parole, meurtrière ou vivifiante, comme l'indique la citation latine placée en épigraphe à La Commémoration : mors et vita in manu linguae (la mort et la vie sont aux mains de la parole)[13]. Enfin le dernier volume de la trilogie s'intitule La Maison forte, et se trouve centré fortement, pour la première fois, sur la question de l'habitation et de l'appartenance à un lieu auquel vous attachent des liens qui peuvent vous construire comme vous rendre fou[14].

Une poétique du continu

Les essais littéraires de Jean-Paul Goux, Les Leçons d'Argol, La Fabrique du continu et La Voix sans repos rendent hommage à ses « intercesseurs » en littérature (les tout premiers, ceux de l'adolescence, Lautréamont, Gracq [15],[16], Claude Simon [17], puis Flaubert, Chateaubriand, Kleist, Le Tasse...). Ils approfondissent une réflexion sur les enjeux de sa prose romanesque : lier l'espace et le temps, résister à l'émiettement, à la fragmentation, aux déchirures de l'expérience privée de la mémoire et du secours de l'art. Sa phrase, tout comme l'architecture de ses œuvres, recherche une forme d'envoûtement : « Les trois critères essentiels par lesquels Valéry définissait la spécificité du poétique : la fabrique de la liaison, la fabrique de l'énergie et du mouvement, et la fabrique de la voix, me paraissent tout aussi bien au cœur des exigences littéraires de certaines proses romanesques. » (La Fabrique du continu, Champ Vallon, 1999, quatrième de couverture[18].)

Les Quartiers d'hiver

La seconde trilogie, Les Quartiers d'hiver, est centrée sur deux lieux (l'abbaye de l'Épine à Chenecé et un appartement haussmannien à Paris) plutôt que sur un personnage[19]. Cependant L'Embardée[20] comme Les Hautes falaises[21] mettent en scène Simon, qui évoque, à travers les lettres écrites à des amis, ses relations avec ses parents, la vente d'un appartement de famille ressentie comme une catastrophe, une amputation de son être, et, dans le second titre, son amitié d'enfance et d'adolescence avec Bastien, un fils d'architecte comme lui, qui le rappelle après toute une vie de silence. L'écriture de Jean-Paul Goux entrelace les espaces et le temps d'une façon extrêmement précise et évoque la place que peut tenir dans une vie un lieu à travers lequel on a appris à percevoir le monde, et au contraire la façon cruelle dont quelquefois on en est dépossédé[22]. Une voix, ou plutôt des voix cherchent malaisément à dépasser le silence et la frustration, à retrouver une maîtrise de soi. Le Séjour à Chenecé clôt la trilogie par un récit symbolique, récit d'apprentissage qui s'apparente davantage au conte. Alexis Chauvel, son héros, le « pauvre d'esprit » de la nombreuse tribu Chéronnet, celle de Bastien, passera sa vie comme gardien de la propriété familiale de vacances, abbaye rachetée jadis comme bien national, plantée sur une ancienne île entourée de falaises et délaissée par le recul de la mer.

Lumière oblique

L'année 2010 marque la retraite anticipée de l'écrivain et son déménagement de Paris à Besançon. Il prend alors contact avec l'Université de Franche-Comté pour la numérisation de ses archives.

Les œuvres qui s'écrivent alors vont explorer différentes facettes d'une vie sur le déclin, dans une lumière quelque peu crépusculaire, et continuent à employer l'écriture fictionnelle pour "tenir des préoccupations intimes à distance", comme l'explique l'auteur à propos de l'ensemble de ses romans dans un entretien avec Annie Clément-Perrier dans la revue Europe (n°854-855).

L'Ombre s'allonge[23] met en scène le malentendu qui s'est installé entre le personnage central, Arnaud, et ses amis restés parisiens. C'est trop tard qu'ils découvrent tout ce que sa retraite portait de promesses et de bonheur de vivre. Le livre aborde le thème de l'exil, les conséquences économiques de la gentrification des centres-villes, le lâcher-prise ou au contraire l'enthousiasme qui naissent de la présence, de l'« être-là » consécutifs à « l'art d'habiter ».

Sourdes contrées[24] s'appuie sur une exploration double : celle des premières atteintes d'une pathologie de la mémoire et celle des conséquences de ces premières défaillances sur le vieillissement d'un couple[25]. Dans la forêt de la mémoire s'ouvrent comme des clairières où tantôt le couple, tantôt l'homme ou la femme revoient des chantiers, des bâtisses étrangement imbriquées, des beautés architecturales, tantôt remémorées, tantôt imaginées, des images qui ont structuré la vie d'architecte de l'une et la vie d'écrivain de l'autre et qui n'arrivent plus toujours à parler aux deux d'entre eux à la fois.

Tableau d'hiver[26] évoque les gestes, les préoccupations qui hantent un homme en deuil de son épouse, une artiste peintre qui a laissé une œuvre aux résonances infinies et dont il découvre avec émerveillement toute la profondeur alors que pour la première fois il accède à l'ensemble de ce qu'elle a laissé dans son atelier. Il se préoccupe de chercher à qui transmettre cet héritage, à qui confier le souci de conserver et de faire vivre cette œuvre[27].

À la lisière[28], enfin, est, selon l'appellation que l'auteur fait figurer sur la page de titre, une description et non plus un roman. Le livre forme un diptyque avec le précédent et dit sa confiance dans le rayonnement à venir de l’œuvre de Claire, peintre des nuages, sous le signe deux épigraphes. L'une est de Jacques Cels, qui redit l'importance de l'habiter, un thème majeur de tous les livres de Jean-Paul Goux depuis La Maison forte. L' autre est tirée du dernier recueil du poète Jean-Philippe Salabreuil, L'Inespéré : Belle embellie d'hier au matin des îles de la joie.

Agrégé de lettres, Jean-Paul Goux a été maître de conférences à l'université de Tours[29]. Il a participé au comité de rédaction de la revue Le Nouveau Recueil, publiée chez Champ Vallon. Il vit aujourd'hui à Besançon[29].

Œuvre

Livres

  • Jean-Paul Goux, Le Montreur d'ombres (roman), Ipomée, .
  • Jean-Paul Goux, Le Triomphe du temps (roman), Digraphe - Flammarion, .
  • Jean-Paul Goux, La Fable des jours (roman), Digraphe - Flammarion, .
  • Jean-Paul Goux, Les Leçons d'Argol (essai sur Julien Gracq), Temps actuels, .
  • Jean-Paul Goux, Lamentations des ténèbres (roman), Flammarion, .
  • Jean-Paul Goux, Mémoires de l'enclave (récits d’industrie), Mazarine, (réimpr. 2003); rééd. éd. scientifique complétée d'un dossier documentaire sous la direction de Pascal Lécroart, Paris, Les Belles Lettres, 2026, 564 p. (ISBN 978-2251458328)
  • Jean-Paul Goux, Les Jardins de Morgante (roman), Payot, (réimpr. 1999).
  • Jean-Paul Goux, La Commémoration (roman), Actes Sud, (réimpr. 2005).
  • Jean-Paul Goux, La Jeune Fille en bleu (récit), Champ Vallon, .
  • Jean-Paul Goux, La Maison forte (roman), Actes Sud, .
  • Jean-Paul Goux, La Fabrique du continu (essai), Champ Vallon, .
  • Jean-Paul Goux, Les Lampes de Ronchamp,, éditions de l'Imprimeur, coll. « Suite de sites », .
  • Jean-Paul Goux, La Voix sans repos (essai), éditions du Rocher, .
  • Jean-Paul Goux, L'Embardée, t. I (roman), Actes Sud,
  • Jean-Paul Goux, Les Hautes Falaises, t. II (roman), Actes Sud,
  • Jean-Paul Goux, Le Séjour à Chenecé, t. III (récit), Actes Sud,
  • Jean-Paul Goux, L’ombre s’allonge (roman), Actes Sud, . Prix Marcel Aymé.
  • Jean-Paul Goux, Sourdes contrées (roman), Champ Vallon,
  • Jean-Paul Goux, Tableau d'hiver (roman), Champ Vallon, .
  • Jean-Paul Goux, À la lisière (description), Champ Vallon, 2026.

Articles et contributions à des ouvrages collectifs

  • Alain Poirson et Jean-Paul Goux, « Claude Simon : pour en finir avec l’équivoque du réalisme. Entretien.», L’Humanité, , p. 8. Repris dans Les Triptyques de Claude Simon, p. 163-167
  • Alain Poirson et Jean-Paul Goux, "Un homme traversé par le travail. Entretien avec Claude Simon", La Nouvelle critique, no 105, juin-.
  • « Le Temps de commencer », in Genèses du roman contemporain, C.N.R.S. Éditions, 1993.
  • "Argol et Maldoror, quelques propriétés des objets aimés", revue Théodore Balmoral, . http://remue.net/spip.php?article849
  • "La scène fantasmée dans Rimbaud le fils", in Pierre Michon, l'écriture absolue, Actes publiés par les Presses universitaires de Saint-Etienne, 2001.
  • "De l'allure", Semen, revue de sémio-linguistique des textes et des discours, in "Rythme de la prose", 16-2003, URL : http://semen.revues.org/2664.
  • "La question", in "Le souci de la beauté", Le Nouveau Recueil no 80, avril-.
  • "Le style de vie Bergougnioux", note de lecture, Le Nouveau Recueil no 80, avril-.
  • "Si la beauté..." in Cahiers Claude Simon no 2, presses universitaires de Perpignan, .
  • Mireille Fulpius, textes de Sylvie Bourcy, Jean-Paul Goux, Pierre Paliard, Myriam Poiatti, Paris : Cercle d’art, 2013, 223p. ill. en noir et en coul. 30 x 26cm. Catalogue d'exposition.
  • "L’éblouissement", in Gracq dans son siècle, Etudes réunies par Michel Murat, Classiques Garnier, , pp. 221-228.   
  • Jean-Paul Goux, "Pastiches et mélanges. Un inédit : Le Carnet de Syntaxe de Proust", in "D'après Proust", La Nouvelle Revue Française, no 603, , dir. Philippe Forest et Stéphane Audeguy.
  • "L’énergie du lyrisme", entretien avec Mireille Calle-Gruber, in Présences de Claude Simon, ouvrage collectif, L’Atelier du Grand Tétras, , pp. 117-131.   
  • "Une rêverie oeuvrante, entretien avec Jean-Paul Goux", in Écrire l’architecture, Europe, no 1055, , pp. 113–123.

Bibliographie critique

Liens externes

Notes et références

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