Jean Cordier
From Wikipedia, the free encyclopedia
Jean Cordier (1874-1915) est un officier français, chef du 4e bataillon de chasseurs à pied au début de la Première guerre mondiale. Il est tué le dans les tranchées du « Labyrinthe », au nord d’Arras.
« Le Labyrinthe » (Pas-de-Calais)
Mort au combat
| Jean Cordier | ||
| Naissance | Évreux (Eure) |
|
|---|---|---|
| Décès | (à 41 ans) « Le Labyrinthe » (Pas-de-Calais) Mort au combat |
|
| Origine | ||
| Formation | École spéciale militaire de Saint-Cyr École supérieure de guerre |
|
| Grade | Chef de bataillon | |
| Années de service | 1895 – 1915 | |
| Commandement | 4e BCP | |
| Conflits | Révolte des Boxers Première Guerre mondiale |
|
| Faits d'armes | Bataille de Morhange Bataille d’Ypres Combats du Labyrinthe |
|
| modifier |
||
Biographie
Jean Jules Cordier, né le à Évreux[1], était le fils d’Urbain Cordier (1845-1910), ingénieur des ponts et chaussées et officier de la légion d’honneur[2].
Il fut admis en 1893 à l'école spéciale militaire de Saint-Cyr, dont il sortit sous-lieutenant au 28e régiment d'infanterie, en garnison sur ses terres natales. Promu lieutenant, il embarqua en 1899 pour Tunis, où il rejoignit le 4e régiment de zouaves.
Entre l’été 1900 et l’été 1901, il fit partie du corps expéditionnaire envoyé en Chine par l’alliance des huit nations, afin de réprimer la révolte des boxers[1]. Il fut reçu en 1904 à l’école supérieure de guerre, à Paris.
Le , Jean Cordier épousa Madeleine Beaudenom de Lamaze[3], fille du général de Lamaze et de Cécile de la Croix-Vaubois, en l’église Saint-Louis des Invalides.
En , il fut envoyé à Alger, auprès de l’état-major du 19e corps d’armée. Promu capitaine, il participa à l’occupation d’Oujda pendant la campagne du Maroc[1]. À l’automne 1908, il rejoignit le 25e bataillon de chasseurs à pied, en garnison dans la Meuse. Il fut attaché en 1910 à l’état-major du 20e corps d'armée, à Nancy.
Première guerre mondiale
Lorraine
Au moment de la mobilisation, le , le capitaine Cordier travaillait au palais du gouverneur sous les ordres du colonel Duchêne, chef d’état-major du général Foch. Le 20e corps d'armée fut intégré à la 2e armée du général de Castelnau.
Les Français franchirent la frontière le et s’avancèrent dans le piège conçu par le général von Moltke, qui voulait les attirer dans le pays des étangs. Pendant la marche sur Morhange, Jean Cordier servit d’officier de liaison avec le 15e corps d'armée du général Espinasse. Le piège allemand se referma le : la 6e armée du prince Rupprecht de Bavière déferla sur les Français et Castelnau, informé par son aviation de l’étau qui l’encerclait, décida de se replier sur Nancy.
Lors de la bataille du Grand-Couronné, Cordier prit part à plusieurs missions de reconnaissance aérienne au dessus de Lunéville, occupée par les Allemands. Le , il fut promu chef du 4e bataillon de chasseurs à pied[4], succédant à Gustave Paul Lacapelle.
Picardie
Son bataillon, rattaché à la 11e division, fut transporté vers Amiens par voie ferrée avec l’armée de Castelnau. Il avança sur les rives de la Somme, occupant Éclusier puis Frise le . Le lendemain, une charge allemande fut mise en déroute par les chasseurs. L’avancée s’arrêta devant Herbécourt, où l’ordre fut donné de se retrancher : c’était le début de la guerre de positions. Le 20e corps (« le corps de fer ») et la 11e division (« la division de fer ») furent cités à l’ordre de l’armée et reçurent les félicitations de Joffre pour leur bravoure[4]. En octobre, le 4e BCP s’empara de Carnoy et chemina vers Arras, affrontant les Allemands à Hannescamps puis à Monchy-le-Preux.
Belgique
Le , le 20e corps fut transféré vers le front belge, où s’achevait la « course à la mer » avec la première bataille d'Ypres. Le bataillon de Cordier prit position dans les bois de Saint-Éloi le . Les charges allemandes se succédèrent durant trois jours et les chasseurs subirent des pertes importantes. Le , ils furent repositionnés à Langemarck et contribuèrent aux travaux dans les tranchées inondées par la vase. Le 4e BCP réalisa deux percées en décembre : à Saint-Éloi le 14, et près de Bikschote la veille de la trêve de Noël. Au début de l’année 1915, il combattit aux côtés des Britanniques dans le secteur de Zillebeke, puis de nouveau à Langemarck[4].
À la mi-avril, le 20e corps fut relevé du front par la British Army. Le , le 4e BCP était à l’arrière du front lorsque les Allemands déclenchèrent la deuxième bataille d'Ypres avec une attaque au dichlore, un gaz toxique qui asphyxia plus de mille soldats des troupes coloniales. Cette arme chimique permit de battre en brèche les lignes françaises sur plus de six kilomètres. Le bataillon de Cordier fut envoyé en urgence dans le secteur, à Pilkem, où il fut gazé à son tour par les Allemands le [5] : plus d’une centaine de ses hommes furent tués. Les chasseurs parvinrent finalement à repousser l’ennemi sur la rive droite de l’Yperlée dans la nuit du 16 au , à côté de Lizerne[6],[5].
Entre le mois de janvier et le départ du front belge, au début du mois de juin, les pertes du bataillon s’élevèrent à plus de 200 tués et 500 blessés (pour des effectifs comptant autour de 1200 hommes).
Mort dans le « Labyrinthe »
Mis au repos le , les hommes de Cordier furent transportés à Saint-Pol, pour rejoindre le 20e corps d’armée engagé dans la bataille de l’Artois. Le , ils pénétrèrent dans le « Labyrinthe », un secteur de tranchées allemandes s’étalant sur deux kilomètres entre Neuville-Saint-Vaast et Écurie, zone qui formait un saillant sur la ligne de front. Après des semaines de combats, la confusion y régnait : l’état-major déclara que le Labyrinthe était sous contrôle le [7] alors que les hostilités se poursuivaient. Le 4e bataillon de chasseurs à pied y fut en première ligne à partir du , dans le « boyau de la vase », livrant des combats d’une extrême intensité – les tirs d’obus et les explosions de grenades provoquant l’écroulement des tranchées.
Le , les chasseurs repoussèrent deux assauts allemands (le premier à une heure du matin et le second après le coucher du soleil). Le Labyrinthe était jonché de cadavres. À six heures du matin le lendemain, parti en reconnaissance dans les boyaux en première ligne – malgré l’avertissement de ses officiers, qui lui conseillèrent de ne pas sortir de son poste de commandement –, Jean Cordier fut touché à la tête par un tir de fusil[8],[9],[4] (la balle aurait sectionné son artère carotide droite[10],[6],). Son bataillon reçut l’ordre de se retirer du Labyrinthe. Une centaine de ses hommes y étaient tombés en quatre jours[9],[6].
Il fut cité à l’ordre de l’armée en ces termes : « Chef de corps remarquable, d'un haut caractère, estimé et aimé de tous ses subordonnés. A commandé avec distinction, pendant huit mois, un bataillon de chasseurs à pied qui a pris une part brillante à de nombreux combats. A maintenu son bataillon pendant trois jours dans un secteur difficile, sous un bombardement, violent et continu. Est tombé glorieusement, au cours d'une reconnaissance particulièrement dangereuse[11]. »
Ses obsèques furent célébrées en l’Église Notre-Dame de Versailles. Il était père de six enfants[12].
En , lors de la bataille de Verdun, au bois Camard, à proximité de la cote 304, un boyau creusé par le 4e BCP fut nommé en souvenir de Jean Cordier[8],[13].