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Jean Le Clerc ou Jean Leclerc, né vers 1586-1588 à Nancy et mort le dans la même ville, est un peintre d'histoire baroquecaravagesque rattaché à l'école de Lorraine où il œuvre à partir de 1622, après avoir travaillé à Rome à partir de 1616 puis à Venise à partir de 1619.
Robert Parisot dans son Histoire de Lorraine écrit à son sujet: «Le plus grand des peintres lorrains de cette époque, le Nancéien Jean Leclerc (1588-1633), s'est partagé entre sa ville natale et l'Italie. C'est à Venise qu'il a passé une grande partie de son existence.»[4].
On trouve à Nancy au XVe siècle une famille Leclerc qui est alors une importante famille de la bourgeoisie de la ville à laquelle appartenaient Claude et Thierry leclerc, anoblis par le duc Antoine le [5] qui avaient pour armoiries d'or, au léopard de gueules, armé, lampassé et couronné d'azur, au chef de même chargé de trois besans d'or[3], différentes de celles portées par Jean Leclerc qui sont d'azur, à deux épées d'argent garnies d'or, mises en sautoir, au chef cousu de gueules, chargé d'un lion dit de Saint Marc d'or, tenant un livre ouvert au naturel[3].
Le rattachement de Jean Leclerc à cette famille n'est pas établie par les sources: Ambroise Pelletier dans son Nobiliaire, ou armorial général de la Lorraine et du Barrois leur consacre des paragraphes différents et n'indique pas de lien[3]. Le duc de Lorraine dans les lettres d'anoblissement accordées en 1623 à Jean Leclerc et à son frère ne fait pas référence à cette famille Leclerc anoblie en 1512[6].
Jean Leclerc arrive à Venise à l'âge d'environ 15 ans vers 1602-1603[7] pour entrer avec Carlo Saraceni dans un atelier dont le chef est resté inconnu[2].
Il passe l'essentiel de sa carrière en Italie, à Rome de 1616 ou 1617 à 1619, puis à Venise de 1619 à 1622[8].
Blason de Jean Leclerc et de son frère Alexandre, anoblis en 1623
Il est anobli avec son frère Alexandre par lettres patentes du duc de Lorraine du . Le préambule de ces lettres patentes indique: «Sur la connaissance que nous avons des belles parties qui sont en nos chers et bien aimés Jean et Alexandre Le Clerc frères, natifs de ceste notre bonne ville de Nancy, et du rang que l'expérience qu'ils se sont acquis, pratiquants les mœurs étrangères et parcourant les provinces les plus éloignées de nous...»[6].
Après son retour en Lorraine, Jean Le Clerc épouse Anne N. qui meurt en couches et est inhumée en l'église des Cordeliers de Nancy le . Il épouse en secondes noces, en l'église Saint-Sébastien de Nancy, le , Marguerite Navel, fille de Geoffroy Navel, munitionnaire, dont il a un fils, Claude Nicolas, baptisé le [9].
Il ne profite pas longtemps des joies de la famille que lui promettent son second mariage; il devient hydropique et meurt le et est inhumé en l'église des Cordeliers de Nancy aux côtés de sa première femme[9].
Carrière artistique
À Rome
Le concert (détail).
À Rome, il évolue, comme Guy François dans le sillage de Carlo Saraceni, le plus brillant des caravagesques de Rome. Il devient son disciple et son collaborateur, l'accompagnant à Venise en 1619[8].
En 1617-18, il peint avec Carlo Saraceni, Le Miracle de Saint-Bernon, pour la paroisse allemande romaine de Santa Maria dell'Anima. Il réalisera par la suite une gravure de cette œuvre.[réf.nécessaire]
En 1619, la première toile connue de "Giovanni" Le Clerc est une Mort de la Vierge[10] qu(il réalise à Rome. Dans ce tableau, il peint deux femmes que nous retrouverons dans La mort de la Vierge de Nicolas Poussin (1594-1665), peinte à Paris en 1623.
Le seul tableau qu'on puisse assigner avec quelque certitude à la période romaine de Le Clerc est Le Concert de la pinacothèque de Munich où l'artiste reprend la tradition des peintres caravagesques par les jeux de lumières, avec les visages puissamment éclairés.
Les opinions varient en ce qui concerne Le Reniement de saint Pierre (Galerie Corsini, Florence) donné tantôt à Le Clerc, tantôt à Saraceni. Cette scène de beuverie annonce sa Scène de cabaret[11]où l’ombre s'oppose à la lumière, comme dans son Concert, conservé à Rome[réf.nécessaire].
Le Repos en Égypte est une œuvre de cette période[réf.nécessaire].
À Venise
Le Doge Enrico Dandolo et les capitaines de la Croisade prêtant serment - 1621.
Il rencontre Carlo Saraceni (1580-1620), Charles Vénitien[12], mais il ne devient pas son élève. Jean Le Clerc a déjà 24 ans quand il séjourne de 1612 à 1616 dans la demeure à Rome du peintre vénitien, via di Ripetta, il est donc plutôt un compagnon d'atelier. Certes, il adopte sa manière[12], mais c'est surtout Caravage qui influence les deux artistes[réf.nécessaire].
Son activité est mieux connue à Venise qu'à Rome: il y achève les peintures que Saraceni, mort en 1620, n'avait pas terminées, notamment au palais ducal (Le Doge Enrico Dandolo incitant les chevaliers à la croisade). Il termine également une Annonciation à Feltre (église Santa Giustina). Le Naufrage (villa Contarini à Piazzola sul Brenta) est attribué alternativement au maître et au disciple. La facture nerveuse, les attitudes compliquées, les vêtements aux plis agités semblent confirmer la seconde hypothèse. Leurs deux manières restent, quoi qu'il en soit, très proches et leurs œuvres difficiles à distinguer[8]. Les souvenirs des voyages et combats au Moyen-Orient de Le Clerc font que les personnages sont des captifs en costumes orientaux.
Saraceni et Le Clerc sont les maîtres du peintre vénitien Gasparo Della Vecchia (1602-1678), père de Pietro della Vecchia. Mais Carlo Saraceni décède le .
À la fin de , ils avaient commencé de peindre une vaste composition: Le Doge Enrico Dandolo (1123-1205) et les capitaines de la Croisade prêtant serment exposée dans la Salle du Grand Conseil du Palais des Doges[réf.incomplète][13]. C'est, écrira un critique d'art, «une toile magnifique, une œuvre véritablement saisissante et qui reflète la manière des meilleurs maîtres vénitiens. Le dessin est fier, d'un grand style, la couleur est splendide et l'ensemble n'est pas trop inférieur aux immortels chefs-d'œuvre des Véronèse, Tintoret, Palma et autres maîtres au milieu desquels elle est placée.»[14]. En 1621, Jean Le Clerc poursuit ce travail et le signe. En récompense, il est fait chevalier de Saint-Marc[12].
En Lorraine à partir de 1622
Saint François Xavier donnant le baptême aux indiens.
Si ce retour en Lorraine marque un tournant, son travail n'est pas plus connu[15]. La chronologie des œuvres lorraines reste très incertaine et repose sur une série d'hypothèses. Le martyre de Saint-Laurent qui vient de la Chartreuse de Bosserville, tableau attribué à Paul Véronèse, est en fait une œuvre de Jean Le Clerc rendant hommage à ce peintre[réf.nécessaire][16].
En 1629, les portraits exécutés par Jean Le Clerc, payés par la Recette générale des finances du duc François, sont envoyés de Lorraine en Italie[17].
Une peinture nouvelle
L’Adoration des bergers - avant 1633.
Ce peintre vénitien introduit en Lorraine une peinture nouvelle, marquée par les recherches luministes des peintres établis à Rome et influencés par l'art de Michelangelo Merisi, dit Le Caravage (1571-1610). L'artiste reprend à Nancy la technique du clair-obscur[12]. Mais, il se libère du caravagisme le plus véhément, en introduisant une sensualité intimiste.[réf.nécessaire]
Le Clerc entretient des liens avec Georges de La Tour (1593-1652) et les artistes lorrains. Les affinités ne manquent pas entre ses œuvres et celles de La Tour[18]. C'est sans doute grâce aux œuvres de Le Clerc que La Tour prend connaissance des techniques de clair-obscur[12]. Il est aussi un rival. En 1620, Georges de La Tour décide de s'installer à Lunéville, berceau de la famille de sa femme, parce qu'il sait que le marché nancéien, dominé par Jacques Bellange, jusqu'à sa mort en 1616, mais bientôt investi par Claude Deruet et Jean Le clerc revenus d'Italie respectivement en 1619 et avant 1622, lui est en grande partie fermé. Georges de La Tour n’est pas le peintre des ducs et il n'est pas non plus anobli.[réf.nécessaire]
Le Souper galant (sanguine et lavis brun)[19],[20], comme Le Concert nocturne, fait penser aux œuvres de l'école d’Utrecht. Ce curieux dessin pourrait représenter un épisode de l'histoire du Fils prodigue, ce dernier dissipant son bien auprès d'une courtisane. Le thème évoque également les banquets caravagesques.[réf.nécessaire]La feuille de Rennes présente des affinités avec une estampe de Le Clerc, Le Concert nocturne[21]. Le Concert nocturne parfois considéré comme son œuvre la plus célèbre, est exposé à la pinacothèque de Munich[22].
Dans ses œuvres, esprit de croisade, esprit missionnaire, esprit de pèlerinage convergent souvent[23].
Jean Le Clerc devient le peintre des jésuites lorrains. Les tableaux du maître-autel de l'église des jésuites sont certainement de lui.[réf.nécessaire] Le , le recteur du Collège des jésuites, Jean Bonnet, lui commande un tableau de neuf pieds de hauteur et sept pieds de longueur représentant La prédiction de saint François Xavier[24]. Nous sommes, à la fin de sa vie, et Jean Le Clerc se remémore ses voyages et ses combats. Même s'il s'agit de l'action missionnaire aux Indes orientales, ce sont des moyen-orientaux qu'il peint[25], comme dans Têtes d'hommes enturbannés.
Jean Le Clerc est également très proche des scientifiques de son temps. Son Reniement de saint Pierre est la magistrale application de complexes problèmes de perspective dans une architecture éclairée par plusieurs sources de lumière. Il adopte des préparations brunes, pratique nouvelle, mais très fréquente en Italie.[réf.nécessaire]
Le Martyre de saint Sébastien (1631, église Saint-Sébastien de Nancy), La Prédication de saint François Xavier, à Saint-Nicolas (1632), L'Extase de saint François, à Bouxière-aux-Dames, contribuent à diffuser en Lorraine une forme de caravagisme issue de Saraceni mais qui ne saurait expliquer, comme on l'avait avancé, celui de Georges de La Tour.
En 1633, dans sa dernière toile, L'Adoration des Bergers, pour l'église Saint-Nicolas de Nancy, l'influence de l'école caravagesque et de Saraceni est évidente. Rémond Constant finit certainement cette œuvre, car se voyant mourir, Jean Le Clerc lui cède en deux contrats signés avec les carmélites de Chaumont, qui lui ont commandé seize peintures de l'Apocalypse[26].
Le Christ et saint Pierre, de l'église Saint-Nicolas à Nancy et Le Festin d'Hérode, à Chaumont, église Saint-Jean-Baptiste, sont attribués à Jean Le Clerc.
En 1628, Jean Le Clerc prend aussi comme apprenti François Vernier, filleul du duc François, pour une durée de deux ans et moyennant 400 francs. Outre Rémond Constant, il est le maître de plusieurs peintres parmi lesquels Jean Tassel (1608-1667).[réf.nécessaire]
Le Bénédicité.
Postérité
Jean Leclerc est classé parmi les peintres baroques. Il est considéré comme lorrain par les critiques français, et flamand pour les Anglo-saxons. Toutefois, les Italiens l'appellent Giovanni di Chere ou Giovanni Le Clerc. Selon Adriana Augusti: À Venise, Carlo Saraceni et Jean Le Clerc sont des peintres caravagesques.[réf.nécessaire]
Pendant la Révolution, un grand nombre des églises sont détruites ou vendues ce qui entraîne la perte ou la dispersion de la plus grande partie de l'œuvre lorrain de Le Clerc[12].
Plusieurs de ses œuvres sont aux États-Unis, dont:
Scène de cabaret, Washington, Osuna Gallery.
La résurrection de Lazare, huile sur toile, 85,9 × 128 cm, Paris, musée du Louvre[22], acquis en 2011 (faisait autrefois partie d'une collection new-yorkaise).
L'extase de saint François d'Assise est en l'église paroissiale de Bouxières-aux-Dames.
Le banquet d'Hérode est à la collégiale de Chaumont.
Têtes d'hommes enturbannés, l'une de ses gravures, est au musée du Louvre.
«Jean Le Clerc», dans André Félibien, Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellens peintres anciens et modernes, chez la veuve Mabre-Cramoisy, Paris, 1688, tome 2, p.178(lire en ligne)
«Le Clerc (Jean)», dans Abecedario de P. J. Mariette et autres notes inédites sur les arts et les artistes français tirées de ses papiers conservés à la Bibliothèque Impériale, J.-B. Dumoulin, Paris, 1854-1856, tome 3, Jabach-Mingozzi, p.97(lire en ligne).