Jean Louis Maubant

From Wikipedia, the free encyclopedia

Décès
(à 67 ans)
Nationalité
Jean Louis Maubant
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Décès
(à 67 ans)
Nationalité
Formation
Autres informations
Distinction

Jean Louis Maubant, né le au Havre et mort le , est un acteur culturel français, fondateur et directeur de 1978 à 2006 du Nouveau Musée devenu en 1998 l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne.

Pionnier de la diffusion de l'art contemporain en Rhône-Alpes et en France, il est considéré comme l'une des figures marquantes de la décentralisation culturelle française dans le domaine des arts visuels[1]. Au cours de sa carrière, il programme plus de cent quarante expositions monographiques. Le Nouveau Musée joue un rôle dans la diffusion en France de l'arte povera (expositions monographiques d'Alighiero Boetti, Luciano Fabro, Mario Merz et Giulio Paolini) et constitue, selon Maubant lui-même, un premier lieu institutionnel d'exposition pour des artistes comme Tony Cragg, Daniel Buren, Jenny Holzer, Richard Prince, Barbara Kruger ou Jeff Wall[2].

Jeunesse et formation

Jean Louis Maubant naît au Havre le 25 août 1943. Après des études secondaires au lycée du Havre, il poursuit des études de sociologie aux universités de Grenoble puis de Lyon[3].

Décès

Il meurt le 5 septembre 2010, à l'âge de soixante-sept ans. La même année, il signe le co-commissariat de deux expositions qui paraissent à titre posthume : Matisse à l'Alhambra à Grenade et La Collection Stein à l'IVAM à Valence[3].

Parcours professionnel

Carrière de journaliste (1963-1968)

Jean Louis Maubant entame sa carrière comme journaliste, principalement à Lyon, où il exerce comme chroniqueur politique et culturel dans la presse écrite et audiovisuelle. Il collabore notamment à Paris-Normandie, Dauphiné libéré, Dernière Heure lyonnaise, FR3, La Vie lyonnaise et Objectif[3]. Cette première expérience de presse s'achève après mai 1968.

La décentralisation théâtrale (1968-1976)

À partir de 1968, Jean Louis Maubant rejoint la « décentralisation dramatique » française. Il est successivement :

  • administrateur puis secrétaire général de la Comédie de Saint-Étienne aux côtés de Jean Dasté (1968-1972), où il organise notamment une semaine de musique contemporaine et une semaine de jazz ;
  • créateur du Centre d'action culturelle de Sail-sous-Couzan (1972-1974) ;
  • directeur du Centre d'action culturelle du Creusot (1973-1974) ;
  • secrétaire général du Théâtre de Bourgogne (1974-1976), où il participe à l'implantation du centre dramatique à Dijon[3],[1].

En 1976, il anime la « Journée Théâtre » du Festival d'Avignon sur le thème Une autre politique de la création théâtrale, ainsi que le congrès Théâtre et action culturelle à Lille.

L'Espace lyonnais d'art contemporain (1976-1978)

En 1976, la ville de Lyon confie à Jean Louis Maubant l'inauguration et la direction d'un premier espace consacré à l'art contemporain, l'Espace lyonnais d'art contemporain (ELAC), installé au Centre d'échanges de Perrache[1]. Plusieurs expositions y feront date, parmi lesquelles L'Art américain dans les collections privées françaises (1978), Langages au féminin (1977), La Photo, art populaire (avec André Kertész, 1977) ou encore Tissu et création (1977-1978).

Parallèlement, l'École d'art de Mâcon le recrute comme professeur de sociologie de l'art, et il poursuit ses chroniques d'architecture[3].

Le Nouveau Musée et l'Institut d'art contemporain (1978-2006)

Genèse et débuts hors les murs (1978-1982)

De retour d'une mission d'étude aux États-Unis où il étudie le fonctionnement des musées et des centres d'art contemporain nord-américains — mission rendue possible par un ambassadeur américain séduit par l'une de ses expositions à l'ELAC[2] —, il fonde en 1978, avec un groupe d'amis issus des milieux économiques et de la société civile, l'association Nouveau Musée. Le projet, dont le nom fait écho au New Museum de Marcia Tucker à New York, cherche à faire vivre une structure indépendante de statut privé, dévolue à l'art vivant, centrée sur la création et sur la relation entre les créateurs, la société et le public[3].

Faute de lieu fixe, les premières expositions sont organisées « hors les murs » dans des sites symboliques de l'agglomération lyonnaise : la Tour Caisse d'Épargne, la Tour du Crédit Lyonnais (lieu mis à disposition par la Société des Centres commerciaux et le Club de la presse de Lyon), l'Auditorium (salle Hector-Berlioz) ou encore l'Opéra de Lyon. Cette période voit notamment se tenir un concert de Carla Bley (1979), la venue de John Cage et de Merce Cunningham, des expositions de Gilbert & George, Tony Robbin, George Brecht ou Jean-Paul Huftier, ainsi que l'exposition Sculpture nature (1980) en collaboration avec le Capc de Bordeaux. En 1980, Daniel Buren est, selon les mots de Maubant, « le premier invité "à l'année", avant Tony Cragg et Giulio Paolini » : son projet Ponctuations statue/sculpture investit les statues de Lyon et de Villeurbanne[2].

L'engagement reçoit en 1982 l'Oscar du Mécénat décerné par l'Admical de Jacques Rigaud[2].

L'installation à Villeurbanne (1982)

La ville de Villeurbanne, voisine immédiate de Lyon, possède une longue tradition d'engagement culturel populaire — symbolisée notamment par le Théâtre national populaire de Roger Planchon —, ce qui la rend particulièrement réceptive au projet. En 1980, son maire Charles Hernu (futur ministre de la Défense de François Mitterrand) propose à l'association deux bâtiments, au choix. Le choix se porte sur l'ancienne école de la rue du Docteur-Dolard, modèle Jules Ferry de 1879 devenue centre de formation professionnelle désaffecté, à la limite des communes de Lyon et de Villeurbanne. De jeunes artistes lyonnais et des étudiants des Beaux-Arts participent à la rénovation des lieux avec « les moyens du bord et du mécénat en nature »[2].

L'élection de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981 et la création par Jack Lang des premiers emplois de développement culturel rendent possible le recrutement d'un premier salarié en 1982[2]. Le Nouveau Musée s'installe officiellement dans les anciens locaux scolaires en 1982, année où Charles Hernu inaugure la structure. Le bâtiment, dont la façade portait à l'origine la mention « asile communal » et conserve gravées les inscriptions « école de filles / école de garçons », sera plus tard enchâssé dans une verrière après avoir été un temps coloré par le designer lyonnais Jean Piton[2].

Au-delà des soutiens locaux, Jean Louis Maubant attribue à Claude Mollard, premier Délégué aux Arts plastiques au ministère de la Culture, un rôle déterminant dans l'implication des collectivités territoriales — villes et régions — dans le soutien à l'art contemporain en France au début des années 1980[2].

Reconnaissance et développement (1984-1998)

En 1984, le Nouveau Musée est labellisé « Centre international d'art contemporain » par le ministère de la Culture[4]. Plus de cent expositions, principalement monographiques, s'y succèdent, dont beaucoup sont reprises à l'étranger. Sont ainsi présentés : Alighiero Boetti, Bertrand Lavier, Luciano Fabro, Jeff Wall, Giulio Paolini, Dan Graham, On Kawara, Lawrence Weiner, Mario Merz, Jenny Holzer, Barbara Kruger, Richard Prince, Markus Raetz, Sarkis, Anish Kapoor, Carl Andre, Jacques Vieille ou encore Gordon Matta-Clark (rétrospective reprise de l'Art Institute of Chicago, 1987).

Le Nouveau Musée se distingue également par des expositions thématiques manifestes — When attitudes became form (1985), L'Art et le Temps (1985, en collaboration avec le Musée des Beaux-Arts de Bruxelles et le Louisiana Museum), Artistes/Architectes (1996), Aperto 95 ou Architecture radicale (2001) — et par sa volonté de coproductions internationales (avec le Van Abbemuseum d'Eindhoven, la Kunsthalle de Bâle, la Kunsthalle de Berne, le MACBA de Barcelone, etc.). De 1990 à 1992, les bâtiments sont rénovés ; durant les travaux, les activités se poursuivent dans un local annexe rue Racine, à Villeurbanne.

En 1992, le Nouveau Musée crée l'« Institut d'art contemporain » et élargit son champ d'activités[3].

Programmation et démarche curatoriale

Le programme du Nouveau Musée puis de l'IAC se caractérise par plusieurs orientations identifiables.

L'institution constitue un point d'ancrage français pour la diffusion de l'arte povera. Elle produit ou coproduit des expositions monographiques de Giulio Paolini (Une introduction à l'œuvre, 1960/70 en 1982, puis nouvelle exposition en 1984 reprise à Vancouver, Montréal et Charleroi), d'Alighiero Boetti (Insicuro Noncurante, 1986, en coproduction avec le Van Abbemuseum d'Eindhoven et la Villa Arson de Nice), de Luciano Fabro (Travaux 1963-1986, 1987, en collaboration avec l'ARC de Paris et la Fruitmarket Gallery d'Édimbourg), et de Mario Merz (Dessins, 1989, reprise à Goslar). En 1992, l'exposition collective L'art italien rassemble Giovanni Anselmo, Alighiero Boetti, Enrico Castellani, Luciano Fabro, Lucio Fontana, Jannis Kounellis, Piero Manzoni, Fausto Melotti, Mario Merz, Giulio Paolini, Claudio Parmiggiani, Pino Pascali, Giuseppe Penone et Gilberto Zorio, parmi d'autres. Maubant écrit dans Ambition d'art qu'Alighiero Boetti avait, à Villeurbanne, « repris goût et confiance dans son travail en accrochant, d'une certaine manière, sa vie d'artiste depuis 1968 »[2].

Selon Jean Louis Maubant lui-même, plusieurs artistes ont trouvé au Nouveau Musée « un premier lieu institutionnel d'exposition », parmi lesquels Tony Cragg, Daniel Buren, Jenny Holzer, Richard Prince, Barbara Kruger et Jeff Wall[2]. Tony Cragg est ainsi invité dès 1981 pour une résidence d'un an à l'usine Gauthier de Villeurbanne, à l'issue de laquelle plusieurs œuvres entrent dans la collection (notamment The Stack, Baby et Factory Fantasies I) ; ces pièces sont présentées lors de l'ouverture des locaux en 1982. Daniel Buren est en 1980 le premier artiste invité « à l'année » pour le projet Ponctuations statue/sculpture, qui investit les statues de Lyon et de Villeurbanne. Jenny Holzer est exposée dès 1981 (« Galerie Publique » à la Tour du Crédit Lyonnais, dans le cadre de la série Living Series), puis en 1984 en coproduction avec la Kunsthalle de Bâle. Barbara Kruger présente en 1984 We won't play nature to your culture, en coproduction avec la Kunsthalle de Bâle et l'Institute of Contemporary Arts de Londres. Jeff Wall est exposé en 1988, exposition reprise à Baden-Baden.

La démarche privilégie les relations au long cours : avec Michael Asher, dix années séparent l'invitation initiale du travail en commun en 1991 ; Daniel Buren intervient à plusieurs reprises entre 1980 et 2000 ; Jacques Vieille présente trois expositions personnelles à Villeurbanne (1982, 1989, 1991) ; Giulio Paolini y revient en 1982 puis 1984. Pour On Kawara (exposé en 1996), la réalisation conjointe du livre Whole and Parts précède l'exposition[2]. Cette continuité s'accompagne d'un travail éditorial régulier — catalogues monographiques, livres d'artistes, essais théoriques — prolongé à partir de 1987 par la maison d'édition Art Edition.

L'Institut d'art contemporain (1998-2006)

Dès 1992, Jacques Oudot, vice-président du conseil régional Rhône-Alpes chargé de la culture, parraine une convention de partenariat entre le FRAC Rhône-Alpes et le Nouveau Musée/Institut d'art contemporain ; en 1997, il engage les deux entités dans un processus de fusion totale, qui aboutit en 1998 à la création de l'Institut d'art contemporain (IAC)[4],[2]. Selon Jean Louis Maubant, cette fusion vise à donner à la structure « plus d'efficacité et de pérennité » en associant l'accompagnement de la création à l'animation d'une collection régionale[2].

Sous sa direction, l'Institut produit notamment des expositions personnelles consacrées à Martha Rosler (1999), Daniel Buren (2000), Adrian Piper (2003), Öyvind Fahlström (2002, rétrospective), Jordi Colomer (2005) ou Melik Ohanian (2006), ainsi que des expositions thématiques telles que L'Envers du décor (1999), Et l'art se met au monde (2000, dans le cadre de la Biennale d'art contemporain de Lyon Partage d'exotismes) ou Côté Sud, Entschuldigung (1998).

Jean Louis Maubant quitte la direction de l'Institut en 2006 ; Nathalie Ergino lui succède[4].

Activité éditoriale : Art Edition (1987-1996)

En 1987, Jean Louis Maubant fonde et dirige la SARL Art Edition, qui publie une vingtaine d'ouvrages d'artistes et d'essais théoriques, parmi lesquels :

Engagements associatifs

Jean Louis Maubant est président de l'Association DCA (Directeurs de centres d'art contemporain) de 1992 à 1995, puis vice-président de 1995 à 1996. À ce titre, il participe à la publication de l'ouvrage collectif Les Centres d'art contemporains de A à Z (Association des directeurs de centres d'art / Flammarion 4, 1994)[3].

Il est également pendant de longues années vice-président de la Maison de l'architecture Rhône-Alpes.

Commissariat indépendant (2006-2010)

Après son départ de l'IAC, Jean Louis Maubant poursuit une activité de commissaire indépendant, d'auteur et de membre de comités scientifiques. Parmi ses principaux commissariats, à titre indépendant ou en tant que membre de comité, figurent :

En 2004, il est le commissaire français invité par la Biennale de Montréal.

Il est par ailleurs membre du comité scientifique de la Fondazione Cariverona à Vérone et du Centre andalou d'art contemporain à Séville, et conseil pour le CIRVA à Marseille[3].

Enseignement, conférences et publications

Parallèlement à ses fonctions de direction, Jean Louis Maubant est professeur de culture générale (sociologie de l'art contemporain) à l'École des beaux-arts de Mâcon de 1978 à 1992[3].

Il participe à l'organisation de plusieurs colloques d'envergure, notamment La Muséographie de l'art contemporain (1979, avec Marcia Tucker, Wolfgang Becker, Johannes Cladders, puis Jan Debbaut, Urs Raussmüller, Anne Rorimer et Germano Celant), Langage et modernité (1990, sous la direction de Benjamin Buchloh) et L'Écrit et l'Art (1992-1993, en partenariat avec l'Université Lumière Lyon 2).

Il est l'auteur de nombreux articles, préfaces et catalogues, ainsi que de plusieurs ouvrages, dont le Guide de l'architecture Rhône-Alpes et Les Parkings d'artistes à Lyon. En 2001, il signe dans Le Monde diplomatique le texte « La fonction sociale retrouvée de la création » dans le dossier « La culture, les élites et le peuple »[3].

Distinctions

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

Related Articles

Wikiwand AI