Jean de Saint-Samson

From Wikipedia, the free encyclopedia

Date de naissance
Date de décès (à 64 ans)
Lieu de décèsRennes, royaume de France
Jean de Saint-Samson
Image illustrative de l’article Jean de Saint-Samson
Le Musicien Aveugle, Georges de La Tour.
Vénérable
Date de naissance
Lieu de naissance Sens-de-Bretagne, royaume de France
Date de décès (à 64 ans)
Lieu de décès Rennes, royaume de France
Nom de naissance Jean du Moulin
Autres noms Saint-Samson
Nationalité Français
Ordre religieux Grands carmes
Fête 14 septembre
Attributs aveugle, musicien

Jean du Moulin plus connu sous le nom de Jean de Saint-Samson (1571-1636) est un moine de l'ordre des Grands carmes à Dol-de-Bretagne puis à Rennes. Il participe et soutient la réforme du carmel de Rennes dite aussi réforme de Touraine.

Aveugle dès l'enfance, il devient musicien avant d'entrer au Carmel à 35 ans. Grand mystique, il dicte de nombreux traités, lettres, poésies et ouvrages qui seront par la suite publiés. Son tombeau, au couvent des Carmes de Rennes est un lieu de visites et de dévotion importante (nombreux ex-votos) jusqu'à la Révolution française qui provoquera la destruction du couvent et de l'église.

Une partie de ses reliques a été remise aux Grands carmes, lors de leur réinstallation à Nantes en 1990. Si Jean de Saint-Samson n'a jamais fait l'objet d'un procès en béatification, son titre de vénérable, attribué par son premier biographe (Albert le Grand), est resté dans les usages.

Enfance

Jean du Moulin, en religion Jean de Saint-Samson (ou Joannes a Sancto Samsone, Jan de Sainct-Samson )[1], né à Sens le , de Pierre du Moulin, contrôleur des tailles, et Marie d'Aiz, dans une famille de trois enfants, il devient aveugle à cause d'un accident à l'âge de deux ans[2] (Albert le Grand écrira pour sa part qu'il était aveugle dès le berceau après avoir contracté une petite vérole[3]). Albert Le Grand, dans sa biographie, en fait un adolescent mystique prédestiné et appelé à la sainteté dès l'enfance[3], d'autres biographes comme Brémond le décrivent comme un mendiant aveugle, devenu mystique à partir de sa rencontre providentielle avec Matthieu Pinault à Paris.

Orphelin de père et de mère à l'âge de dix ans, il est élevé par un tuteur, Zacharie d'Ais, qui lui apprend les lettres latines et à jouer de la musique : de l'épinette, de la viole, de la mandore, du luth, de la harpe, de la flûte et surtout, de l'orgue. À douze ans, il tient l'orgue du couvent dominicain de sa ville. Il aime également beaucoup les vers de Ronsard.

Voyage à Paris et entrée au Carmel

Vestiges de l'ex-couvent des Visitandines, auxquelles succédèrent les Bénédictines à Dol-de-Bretagne
Vestiges de l'ex-couvent des Visitandines, auxquelles succédèrent les Bénédictines à Dol-de-Bretagne

En 1603 Jean monte à Paris pour rejoindre un frère, secrétaire et trésorier de la Gendarmerie de France. Il alterne la vie chez son frère et la vie de mendiant et musicien aveugle (il jouait de quatorze instruments de musique) dans le quartier latin[2]. Il loge chez un épicier, et, le matin, un petit garçon le conduit dans l'église du carmel de la Place Maubert où il joue de l'orgue, communie chaque jour, se confesse au Père Jacques, puis reste en oraison. Parfois il se confesse à un père Carme du nom de Père Jacques[4]. Il rencontre Matthieu Pinault du carmel de la Place Maubert qu'il commence à conseiller spirituellement. Jean fait connaitre autour de lui la littérature mystique[5], et un petit cercle spirituel se forme autour de lui[6]. Après la mort de son frère, il cède son héritage aux pauvres et part loger quelque temps dans une cellule du Carmel (sans pour autant vouloir entrer dans l'ordre). En 1606, lorsque Matthieu Pinault a fini ses études et décide de rentrer au couvent de Dol, Jean déclare vouloir le suivre pour entrer lui aussi au Carmel[7]. Jean du Moulin entre ainsi au noviciat des Carmes, dans le couvent de Dol-de-Bretagne[2] en 1606, comme frère convers[8].

Le frère Jean prononce ses vœux en 1507 et prend le nom religieux de Jean de Saint-Samson en l'honneur du saint du lieu, Samson de Dol[9]

Au couvent de Rennes

Rennes, grande maison des carmes.
Rennes, ancienne chapelle des carmes.

En 1612, Jean de Saint-Samson est appelé au couvent de Rennes où il restera jusqu'à sa mort en dehors de différents déplacements qu'il réalisera afin de faire appliquer la réforme des couvents[2]. Peu de temps après son arrivée, une épidémie de peste se déclare dans la région. Au couvent plusieurs moines décèdent. La communauté décide de partir. Seul Jean de Saint-Samson et un jeune novice restent au couvent. Ils vont alors se dévouer pour soigner les victimes de la peste, accompagner les agonisants. Mais à leur tour ils sont contaminés par l'épidémie, et doivent rejoindre l’hôpital installé au Champ de Saint-James. Un jour, alors que son frère moine est malade, après une prière du frère Jean, le moine guérit miraculeusement. La nouvelle de son don de thaumaturge commence alors à circuler[2].

Après la fin de l'épidémie de peste, les deux moines retournent au monastère. La réputation de thaumaturge du frère Jean se répand sur une grande distance, et les malades viennent de très loin pour être guéris des fièvres. Le frère Jean prononce sur eux l'oraison qui se disait à Saint-Pierre de Rome : (la) « Dominus JESUS, qui curavit socium Petri a febribus quibus Petrum tenebatur, ipse curet famulum tuum a febri qua laborat. In Nomine Patri et Filii et Spiritus Sancti Amen »[10]. Un jour, l'évêque Antoine de Revol, inquiet de voir s'installer une superstition dans son diocèse, vient au couvent avec un médecin observer les agissements du moine. Après avis du médecin, il confirme Jean de Saint-Samson dans sa mission de thaumaturge[2]. L'évêque deviendra par la suite son fils spirituel[6].

Le réformateur du Carmel

Jean de Saint-Samson fut le principal collaborateur du Philippe Thibault, carme angevin célèbre, à l'origine de la réforme de Touraine[11]. Le père Philippe Thibault, qui s'interrogeait sur la capacité d'un simple moine convers d'enseigner des frères carmes sur l'oraison, et des questions très spirituelles, demanda au frère Jean de dicter un texte sur la manière de faire oraison. Ce texte, qui deviendra son premier traité De la consommation du Sujet en son Objet, fut transmis pour étude et approbation à des carmes déchaux, des capucins et des jésuites. Tous confirmèrent le haut niveau spirituel du frère carme[12]. Néanmoins, le père Thibault poursuivit un temps son étude, avant d'avoir pleinement confiance dans le frère Jean et de lui demander d'instruire spirituellement les autres moines du couvent et de poursuivre ses rédactions d'ouvrages[13]. Jean s'occupe alors pendant 25 ans des novices au couvent de Rennes, leur apportant des conseils spirituels (mais sans avoir directement la charge de maitre des novices). Plusieurs de ses disciples poursuivront son œuvre de réforme et sa mystique après sa mort[14].

Cette réforme consistait à remettre la prière et l'oraison au centre de la vie carmélitaine. Elle incluait la pratique du jeune, le silence, la prière des offices durant la journée ainsi que la suppression de certains privilèges. Cette réforme était moins rigoureuse que la réforme thérésienne (menée par Thérèse d'Avila) auprès des couvents que l'on nommera déchaussés[15]. Albert le Grand dira du frère Jean que « Dieu l'avait destiné pour être le plus clair flambeau de notre petite observance dans les choses spirituelles. ». Certains auteurs le qualifieront même de « saint Jean de la Croix de la nouvelle réforme » (à cause de ses nombreux écrits mystiques)[16].

Installé au couvent de Rennes, Jean de Saint-Samson y enseigne la réforme de la vie carmélitaine dans son couvent, par son exemple et ses enseignements. Il fera quelques déplacements au couvent de Dol pour y mettre en place et enseigner la réforme[2].

Sa mort

Cellule de Carme

Il meurt à Rennes le , jour de la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix en prononçant ces mots « Christo crucifixus sum Cruci » et il est enterré dans l’ancienne église de Toussaints. Le jour de ses obsèques, la foule accourt. On fait toucher à son corps des chapelets, on prend ses vêtements comme reliques, on fait des images de cire et les fidèles prononcent des vœux. Il est vénéré comme un saint[17].

Le premier éditeur de ses écrits fut le P. Donatien de Saint-Nicolas. L'écrivain Albert Le Grand mentionne Jean de Saint-Samson dans son livre, Les vies des saints de la Bretagne Armorique et le déclare vénérable[18], mais il ne fut jamais béatifié à Rome[19].

Dévotion des fidèles

Plusieurs miracles furent rapportés comme ayant eu lieu sur sa tombe[17], dans l'église des Carmes de Rennes, à la chapelle Notre-Dame de Pitié, près du tombeau de Robert Cupif (+1659), évêque de Dol[20]. Sa tombe sera régulièrement visitée par les fidèles qui viennent y prier et y faire célébrer des messes sur l'autel de la petite chapelle. De nombreux ex-voto sont ajoutés dans la chapelle en remerciement[21] par les fidèles[22].

Un président du Parlement de Rennes, Luc Godard, seigneur des Loges, fit la promesse de lui construire un tombeau s'il guérissait d'un mal incurable. Une fois guéri "miraculeusement", il lui fit déposer sur son tombeau une plaque de marbre gravée de l'épitaphe suivante :

Épitaphe

Latin
Français

HOC SUB MARMORE QUIESCIT VEN. FR.JOANNES A SANCTO SAMSONE
Carmel. Reform. Laïcus, Observantiae Rhedonensis Vere caecus Illuminantissimus, quo
Sapientius aut fusius hoc saeculo scripsit nemo de rebus mysticis, et vera contemplatione.
VITAM DUXIT
Austeritate et laboribus asperam
Coelestium contemplatione suavem
Daemonum continuo conflictu horribilem
Angelorum consortio jucundissimam
Humilitate ad ima depressam
Ardore Seraphico in Deum transformatum
QUOTIDIANA SYNAXI REFECTUS
Pabulum caeleste ccasto pectore etiam ad sex horas inconsumptum
nativo calore in amorem verso.
Quippe delicias putat Christus, purissimo sinu teneri.
QUID PLURA
in vita sua fecit monstra, in morte mirabilia opreatus est;
Quae si linguae mortalium sileant, istius saxa sepulchri perpetuo loquentur.

SISTE ITAQUE VIATOR
Et, si me amas, hic Deum adora in suis gloriosum
Obiit in Carmelo Rhedonensi vere mundo Crucifixus, in Festo exaltationis S. Crucis,

14 Septembris 1636.

SOUS CE MARBRE REPOSE LE VENERABLE JEAN DE SAINT SAMSON
Carmel réformé, laïc, Observance de Touraine,
Aveugle vraiment illuminé, Très sage et inspiré en ce siècle il écrivit beaucoup de choses sur la mystique, et la contemplation
IL PASSA SA VIE
Dans l'austérité et ses travaux, il parvint à une suave contemplation des choses célestes, par son combat continuel contre les démons, Dans un dialogue très agréable avec les anges Dans l'humilité il s'est enfoui dans les abîmes Transformé en Dieu par une ardeur toute Séraphique

QUE DIRE DE PLUS ?
Durant sa vie il fit des merveilles, durant sa mort des miracles
Si les langues se taisent, les pierres de son sépulcre parleront toujours

« Et, si tu m'aimes, adore ce Dieu glorieux en ses œuvres »

Crucifié au monde dans le Carmel de Touraine, Fête de l'Exaltation de la Sainte Croix

Postérité

Jean de Saint-Samson a eu plusieurs disciples qui ont transmis sa pensée et sa mystique après sa mort : Dominique de Saint-Albert[23], Léon de Saint-Jean[24], Marc de la Nativité, Maur de l'Enfant-Jésus, et Léon de Saint-Jean[25] (conseiller de Marie de Médicis et ami de saint François de Sales)[2].

Ses principaux biographes et éditeurs sont le P. Donatien de Saint-Nicolas puis le P. Sernin-Marie de Saint-André (O.C.D.). Il publie sa Vie et ses Œuvres en 1641 à Paris.

En , une conférence a lieu à Rennes sur Jean de Saint-Samson. Elle est menée par le frère carme Yves de Sainte-Marie, et le père Yves Jausions du diocèse de Rennes[1].

Sa mémoire liturgique est célébrée le [9].

Tombeau et reliques

Sa tombe a disparu avec la chapelle Notre-Dame de pitié du couvent de Rennes.

Le crâne de Frère Jean de Saint-Samson, fut transmis par les Pères Missionnaires de l'Immaculée Conception aux carmes déchaux de Rennes[20],[26]. Plus tard, le , le couvent des carmes déchaux d'Avon, qui ont hérité de la relique, retransmettent aux Grands carmes installés à Nantes[6] la précieuse relique. Une source indique la présence d'une relique dans une chapelle des carmes de Bourges[20].

Sa pensée et ses œuvres

Notes et références

Annexes

Related Articles

Wikiwand AI