Jeanne Kesseler
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| Professeur et préfète au Lycée Emile Jacqmain (1933-1952) Présidente du Soroptimist Club de Bruxelles (1948-1950) |
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| Naissance | |
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| Décès |
(à 86 ans) |
| Nom de naissance |
Jeanne-Thérèse Kesseler |
| Nationalité |
belge |
| Activités | |
| Famille | Jean-Pierre Kesseler (père) Anne-Marie-Thérese Kurbon (mère) Julienne Kesseler (soeur) Emile Kesseler (frère) Germaine Kesseler (soeur) Maria Kesseler (soeur) |
| A travaillé pour | |
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| Grade militaire |
Soldat de l'armée Britannique |
| Distinction |
Médaille commémorative de la guerre 1914-1918 (Belgique) |
Jeanne Kesseler, née le à Arlon et morte le , est une féministe belge, Docteur en Philologie Germanique (ULB), préfète au lycée Émile Jacqmain.
Elle est notamment connue pour avoir mis en œuvre, au lendemain de la guerre 1914-1918, des réformes de l’enseignement en faveur d’une éducation moderne des jeunes filles en Belgique.
Avant la Première guerre mondiale (1914-1918)
Fille de Jean-Pierre Kesseler et d'Anne-Marie-Thérèse Kuborn, elle naît le à Arlon sous le nom de Jeanne-Thérèse Kesseler. Son père est professeur à l'athénée royale d'Arlon et sa mère est sans emploi.
Jeanne a trois sœurs — Julienne, Germaine et Maria — et un frère, Émile Kesseler, décédé pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918). Les quatre sœurs vivent ensemble toute leur vie ; Toutes sont institutrices à l'exception de Germaine qui se marie avec Albert Spanoghe, professeur d'atelier à l'école Decroly), tandis que les autres restent célibataires[1].
Elle fréquente l’École normale de l’État à Arlon (1906-1910), où elle obtient le diplôme d’institutrice. Elle poursuit ensuite sa formation à l’École normale Gatti de Gamond (rue du Marais), qui lui permet d’obtenir le diplôme de régente scientifique en 1912. Elle est ensuite nommée institutrice intérimaire par la Ville de Bruxelles (école de la rue de la Paille).
Elle séjourne également en Angleterre afin de perfectionner sa maîtrise de la langue anglaise.
Pendant la Première guerre mondiale (1914-1918)
En 1915, Jeanne Kesseler est nomée institutrice aux cours d'éducation pour jeunes filles à titre provisoire à la Ville de Bruxelles, puis à titre définitif en 1916.
En 1917, Jeanne Kesseler, sa mère et ses trois sœurs — Julienne, Germaine et Maria — rejoignent le réseau de résistance de la Dame Blanche, par l’entremise de Marie Delcourt et d’Herman Chauvin. Les quatre sœurs et leur mère constituent une cellule opérant sous le nom de code « les sœurs Anne ». Leur mission consiste à recueillir des renseignements sur les mouvements des troupes allemandes en Belgique et à les faire parvenir en Angleterre via les Pays-Bas. Elles dactylographient les informations provenant de différentes sources, reçues d’agents qu’elles ne connaissent pas, puis les acheminent à Liège ou ailleurs, où elles les remettent, après échange du mot de passe, à d’autres intermédiaires demeurant également inconnus.
Les « sœurs Anne » perdent leur frère, Émile Kesseler, soldat au 1er régiment des Grenadiers, tombé pour la Patrie à Opdorp lors de la bataille de Termonde en 1914. Leur père meurt à son tour en 1917, éprouvé par ce deuil.
En 1918, elle entreprend une tentative d’études universitaires sous forme de cours de perfectionnement en anglais et en allemand.
Début de sa carrière
Sa participation dans l'organisation de la Dame blanche lui donne le "titre" de soldat de l'amée britannique qui lui donne droit d'entreprendre toute étude quel que soit le niveau des études atteint auparavant.
Elle obtient en 1921 le certificat d’histoire de la littérature anglaise, puis, en 1922, le certificat de connaissances de l’allemand à l’Université libre de Bruxelles. À l'âge de 31 ans, elle est nommée professeure de langues germaniques au premier lycée de jeunes filles de Belgique le , dès l'ouverture de l'établissement qui devient par la suite le Lycée Émile Jacqmain.
En 1923, elle entreprend des études de philologie germanique et obtient, en 1928, le diplôme de docteur en philologie germanique avec grande distinction à l'université Libre de Bruxelles. Elle mène ce cursus universitaire tout en exerçant ses fonctions de normalienne et de professeure de langues.
Au Lycée, Jeanne Kesseler y enseigne les langues anciennes et modernes, et également l'histoire et la géographie[2].
Par la suite, elle sera promue au titre de préfète le , tout en assurant des cours à l'université libre de bruxelles en tant que Ma^tre de Stage. Par sa détermination et par ses méthodes, l'enseignante apportera une certaine réputation et du prestige à l'établissement, tel que le fondateur lui-même, Émile Jacqmain, l'aurait souhaité[3].
L'établissement scolaire bruxellois accueille exclusivement des filles. Jeanne Kesseler contribue à l'émancipation intellectuelle et sociale de la femme à travers son travail auprès des jeunes filles.
Professeur, elle a le souci de les instruire mais aussi de former leurs jugements et leurs caractères, ceci en éveillant leurs curiosités intellectuelles. Elle préfère leur apporter un raisonnement au lieu de leur fournir un enseignement purement théorique. Son but à elle est de les éduquer afin de développer en elles un esprit critique, ainsi que des opinions sur le monde.
C'est cette valeur éducative que prônent les professeurs du lycée, y compris Jeanne : un enseignement qui a la possibilité de façonner le jugement et le caractère des élèves[4].
Pendant la Seconde guerre mondiale (1940-1945)
Mlle Kesseler marque les esprits pendant cette période de tensions. Elle participe à l'élaboration d'un programme de cours complet. Par ses actions, les professeurs du lycée multiplient les activités distrayantes et inhabituelles pour leurs élèves en ce temps de guerre. Grâce à la préfète, sont organisés excursions géographiques et biologiques, randonnées à bicyclette, visites de musée et pièces de théâtre. Mlle Kesseler contribue également à la mise en place d'une cantine scolaire où des vivres et des vêtements, ainsi que des jouets sont offerts aux personnes dans le besoin.
Durant cette période, le lycée et ses élèves ont apporté un soutien moral à un soldat anglais blessé et qui fut soigné à l'Institut Eastman situé à Bruxelles[5].
Entre 1942 et 1945, elle participe au maintien des cours clandestins de langues aux étudiants de l'université Libre de Bruxelles, l'université ayant été fermé par l'occupation allemande.
Mlle Kesseler s'oppose durant toute l'occupation allemande à ce que sa collègue juive Madeleine Sulzberger, professeur de langues anciennes, porte l'étoile jaune imposée par l'occupant. Madame Sulzberger continuera à donner ses leçons à domicile, mais elle est finalement arrêtée et déportée à Auschwitz dont elle ne reviendra jamais[3].
L'après guerre
En 1946, Jeanne Kesseler devient membre du Soroptimist Club de Bruxelles, dont elle occupera la fonction de présidente de 1948 à 1950.
En 1947, dans le discours de célébration du 25e anniversaire du Lycée Emile Jacqmain, Robert Catteau prononce quelques mots en l'honneur de la préfète et du Lycée[4] :
« Il y règne un climat fait de la confiance, de la loyauté, d’entraide, à l’image du caractère de la préfète qui s'intéresse à chaque élève, à chaque professeur, qui encourage leur effort, qui inspire leurs élans généraux, qui console leurs peines, qui éveille en chacune d’elles un idéal vers lequel elles tendront de toutes leurs forces, ayant trouvé à leur vie un destin digne de leur espérance (...). C’est pourquoi je n’ai pas tardé à adresser l’hommage de notre admiration et de notre gratitude à celle qui est l’âme de cette maison (Mlle Kesseler), qui veille le bonheur des fillettes et des jeunes filles confiées à sa garde, qui est aussi l’esprit du lycée, l’esprit qui le conduit, la flamme qui l’éclaire »
Le , Jeanne Kesseler met fin à ses fonctions et cède le poste de préfète à Mlle Tranchant [5]. Jeanne Kesseler meurt le [6].
Ses actions
Tout au long de sa carrière, Jeanne a poussé les jeunes filles à poursuivre des études universitaires. Le lycée permet aux élèves d'apprendre des matières peu conventionnelles pour l'époque. Mlle Kesseler permet à plusieurs générations de jeunes filles de bénéficier d'un accès aux études supérieures.
Le lycée a reçu l'éloge d'avoir contribué à la conception d'une tournure d'esprit qui "font d'elles (les élèves) des femmes ouvertes, intellectuelles, sensibles à toutes les joies simples de la vie quotidienne et doués d'un sens social actif et généreux"[4].
Université
Jeanne Kesseler aide ses élèves à rentrer à l'université sans avoir à passer des examens d'entrée, notamment à l'Université libre de Bruxelles (ULB). C'est l'une des premières universités à accepter les femmes dans son établissement. L'ULB occupe une place importante dans cette évolution pour la condition féminine, ce qui lui vaudra un rôle prépondérant dans l'histoire du féminisme[7]. À l'époque, il était peu commun pour les femmes d'accéder aux études universitaires.
L'université permet aux femmes d'exercer un métier habituellement réservé exclusivement au sexe masculin. En effet, l’accès au savoir des filles contrevenait à l’organisation de la société, basée sur le patriarcat. L'enseignement est un moyen de promotion sociale pour les femmes tant au niveau économique que politique[7]. Cependant, ces jeunes femmes devront travailler doublement par rapport aux hommes pour obtenir le même diplôme[8].
Emancipation féminine
En Belgique, enseigner requiert pour les femmes un titre de licencié en sciences ou en philosophie et lettres, ainsi qu'une expérience d'un stage pédagogique dans une école secondaire[8].Dès 1830, la question de l'émancipation des femmes est sujette à débat. Celui ci se concentre principalement sur l'accès à l'enseignement, à la formation d'élites capables de porter et de nourrir le mouvement revendicatif, ainsi que par ce biais permettre le recrutement de nouvelles militantes pour la cause féminine.
Les féministes sont particulièrement sensibles à l'enseignement comme moyen de lutter pour l'égalité des sexes. L'enseignement pour ces féministes constitue un moyen d'ascension sociale dans lequel elles ont pu pénétrer grâce à l'instruction qui leur permet d'intégrer des sphères qui jusque là étaient réservées aux hommes. Tout comme Marie Popelin, Isala Van Diest ou Isabelle Gatti de Gamond, l'université a ouvert à ces femmes un accès à des fonctions dignes de leurs efforts fournis pour égaler les hommes[9].
Honneurs
Jeanne Kesseler ainsi que sa mère et ses 3 sœurs (Julienne, Germaine et Maria) furent décorées au grade de soldat de l'armée britannique après la guerre 1914-1918, lors d'une remise solennelle, séance tenue à l'Hôtel de Ville de Bruxelles, par le Maréchal Douglas Haig.
Elle est mentionnée dans un discours lors du 25e anniversaire du Lycée Emile Jacqmain.
"La Grande Dame" est commémorée dans un article du Le soir écrit par Alain Gérard en 1998.
Références
- ↑ Archives de la Famille Spanoghe
- ↑ Palmarès. Lycée de jeunes filles Emile Jacqmain, , p. 1
- 1 2 Alain Gérard, « La "Grande Dame" du Parc Léopold », Le Soir,
- 1 2 3 Lycée Emile Jacqmain, Discours. Célébration du 25e anniversaire de la fondation du lycée Emile Jacqmain, p. 25 et 26
- 1 2 Lycée Emile Jacqmain, Brochure. Pendaison de crémaillère, p. 9 à 14
- ↑ « Faire-part de décès. La Lanterne », Le Soir,
- 1 2 Eliane Gubin, Emma, Louise, Marie ... L'université Libre de Bruxelles et l'émancipation des femmes, Bruxelles, GIEF - Service des archives ULB, , p. 20
- 1 2 Amélie Arato, L'enseignement secondaire des jeunes filles en Europe, Bruxelles, Office de publicité, , p. 230
- ↑ Catherine Jacques, Les féministes belges et les luttes pour l'égalité politique et économique 1918-1968, Bruxelles, Académie royale de Belgique,