Jeanne Peiffer
historienne luxembourgeoise des mathématiques
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Jeanne Peiffer, née le à Mersch (Grand Duché du Luxembourg), est une historienne des mathématiques franco-luxembourgeoise, directrice de recherche honoraire au CNRS.
CNRS
Académie internationale d'histoire des sciences (1993-2025)| Naissance | |
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| Nationalités | |
| Activités |
| A travaillé pour | CNRS Académie internationale d'histoire des sciences (1993-2025) |
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| Distinction |
Chevalier de l'ordre grand ducal du mérite |
Biographie
Après des études secondaires (en section latine) dans un pays qui n'offre pas encore aux jeunes filles une section de sciences, Jeanne Peiffer choisit de relever le défi de faire des études universitaires de mathématiques. Inscrite à l'université de Fribourg en 1969, elle y obtient un diplôme de mathématiques en 1974. Elle découvre alors l'histoire des mathématiques et soutient à l'EHESS, le , une thèse de doctorat sous la direction de René Taton, intitulée Les Premiers Exposés globaux de la théorie des fonctions de Cauchy. Entrée au CNRS en 1989, elle y fait une carrière de chercheuse au Centre Alexandre Koyré, qu'elle dirige de 2010 à 2013. Elle enseigne l'histoire des sciences à l'université Paris 7-René Diderot, à l'EHESS et à l'université de Hambourg (en tant que professeure invitée en 1989 et 1995-1996), ainsi que l'histoire des mathématiques à la toute jeune université du Luxembourg (de 2009 à 2019). De 1998 à 2008, elle dirige la Revue d'histoire des mathématiques fondée en 1994 par la Société mathématique de France.
Fidèle à son engagement féministe, elle contribue dans les années 1980 à développer le champ des études féministes (en tant que coorganisatrice du colloque Femmes, féminisme et recherches à Toulouse en 1982 et codirectrice d'un numéro de Pénélope), notamment en science.
Passionnée par la dimension culturelle des mathématiques, trop souvent absente de leur enseignement, Jeanne Peiffer est l'autrice, avec Amy Dahan, d'une histoire des mathématiques, Routes et dédales (Paris 1982, 1986) traduite en russe, allemand et américain. Cette même passion l'a convaincue de diriger avec Volker Remmert un volume – le troisième – de la Cultural History of Mathematics dont les six volumes sont parus en 2024 chez Bloomsbury[1].
Dans le cadre du séminaire Histoire, théorie et pratique de la perspective et des modes de représentation, mis en place en 1987 à l'initiative de Roger Laurent, elle se consacre à l'étude de la géométrie d'Albrecht Dürer dont elle traduit en français l'Underweysung der messung (1525), qui comporte les méthodes de construction en perspective de l'artiste. Elle explore ensuite quelques aspects de la postérité de cet ouvrage de Dürer.
Le travail d'édition, avec Pierre Costabel, de la correspondance entre Jean Bernoulli et Pierre Varignon, deux mathématiciens ayant développé le calcul différentiel et intégral de Gottfried Wilhelm Leibniz et œuvré pour son introduction en France, l'amène à réfléchir plus généralement à la forme épistolaire et à ce qu'implique de « faire des mathématiques par lettres » pour la construction des savoirs notamment au XVIIIe siècle. Dans le prolongement d'une recherche collective sur les périodiques savants, instruments et vecteurs du travail savant elle porte son intérêt sur un autre moyen de communication : les journaux savants. Cette réorientation aboutit à un projet collectif international mené avec Philippe Nabonnand et Hélène Gispert sur la Circulation des mathématiques dans et par les journaux. Histoire, territoires et public, dont les résultats ont été publiés en 2025[2].
Par ailleurs, le tricentenaire de la mort de Pierre Varignon est l'occasion de faire le point sur ce savant à propos duquel les recherches récentes ont réévalué l'importance dans la constitution de la mécanique analytique. Le colloque organisé à cette occasion débouche sur une première monographie consacrée à ce mathématicien dirigée par Sandra Bella et Jeanne Peiffer[3].
Jeanne Peiffer participe régulièrement au cours de sa carrière à des rencontres réunissant à l'Institut de recherches mathématiques d'Oberwolfach un réseau international d'historiens des mathématiques ; elle y contribue à des projets de recherche concernant l'histoire de l'historiographie.
Distinctions :
- Chevalier de l'ordre grand ducal du mérite,
- Membre de l'Académie internationale d'histoire des sciences dès 1993, elle en démissionne en 2025.
CV et liste complète des publications sur le site du Centre Alexandre Koyré [4]
Publications choisies
- avec Amy Dahan-Dalmédico, Une histoire des mathématiques, Québec, éditions Études vivantes, coll. « Routes et Dédales », (présentation en ligne)[5], réédité par les Éditions du Seuil, Paris, (ISBN 2020091380), 1986, 4e édition 2001
- « La place réservée aux femmes en sciences exactes et appliquées - place aveugle ou non-lieu ? », Perspectives universitaires, III (1-2), Montréal, 1986, p. 113-136
- avec Pierre Costabel, Der Briefwechsel von Johann Bernoulli 2-4 : Der Briefwechsel mit Pierre Varigon, Bâle, Birkhaüser Verlag, 1988-2026
- « Femmes savantes, femmes de sciences », dans Le sexe des sciences. Les femmes en plus, Françoise Colin (dir.), Paris, Editions Autrement, 1992, p. 32-41
- Albrecht Dürer, Géométrie, Traduction et présentation de Jeanne Peiffer, Collection "Sources du savoir (Jean-Marc Lévy-Leblond et Thierry Marchaisse (dir.)), Paris, Seuil, 1995, 415 p.
- « Les débuts de la critique féministe des sciences en France (1978-1988) », dans L'invention du naturel. Les sciences et la fabrication du féminin et du masculin, Delphine Gardey et Ilana Löwy (dir.), Paris, EAC, 2000, p. 75-86
- « Constructing perspective in sixteenth-century Nuremberg », dans Mario Carpo, Frédérique Lemerle (éd.), Perspective, Projections & Design. Technologies of Architectural Representation, London & New York, Routledge, , 208 p. (ISBN 9780415402064), p. 65-76
- avec Jean-Pierre Vittu, « Les journaux savants, formes de la communication et agents de la construction des savoirs (17e-18e siècles) », Dix-Huitième Siècle, vol. 40, no 1, , p. 281-300 (lire en ligne)
- avec Patrice Bret, « Formes de circulations savantes dans une Europe multilingue », dans La communication en Europe. De l'âge classique au siècle des Lumières, Pierre-Yves Beaurepaire (dir.), Paris, Belin, 2014, p. 99-158