Jim Chamberlin
ingénieur canadien
From Wikipedia, the free encyclopedia
James Arthur Chamberlin né le et mort le est un ingénieur canadien, naturalisé américain par la suite, qui a travaillé dans les domaines de l'aéronautique et de l'astronautique. Après l'abandon du projet d'intercepteur biplace canadien Avro Arrow dont il avait conçu les plans, il fait partie d'un groupe d'ingénieurs canadiens embauchés par l'agence spatiale américaine, la NASA. Il participe à la conception de la capsule Mercury puis prend la tête du projet de développement du vaisseau spatial Gemini. Par la suite il participe au Apollo. Après avoir quitté la NASA et intégré la société McDonnell Douglas il participe à la conception de la navette spatiale américaine.
Formation
James A. Chamberlin nait le 23 mai 1915 à Kamloops en Colombie-Britannique (Canada). Son père, un architecte d'origine anglaise qui fait partie du contingent canadien envoyé sur le front en France durant la Première guerre mondiale, tombe au combat en 1917 durant la Bataille de la crête de Vimy. Sa mère se remarie en 1921 et déménage à Toronto. Jim Chamberlin, dès son enfance, a une passion pour les avions. Il suit des cours ingénierie mécanique à l'Université de Toronto d'où il sort diplômé en 1936. Il déménage à Londres au Royaume-Uni et décroche une maîtrise en science et technologie à l'Imperial College London. Il travaille brièvement en 1940 chez le constructeur aéronautique britannique Martin-Baker (qui deviendra par la suite le concepteur des sièges éjectables) avant de retourner au Canada[1].
Ingénieur dans l'aérospatiale au Canada (1941-1959)

Revenu au Canada il s'installe à Montréal où il travaille chez le constructeur aéronautique Federal Aircraft qui développe la version canadienne du bimoteur de reconnaissance anglais Avro Anson. Il occupe ensuite les postes de chef ingénieur et ingénieur de recherche en Nouvelle-Écosse et à Montréal en travaillant sur différents modèles d'avion durant la Seconde guerre mondiale. A la fin de ce conflit il entre chez Avro Canada (Malton dans la banlieue de Toronto) où il développe au début de la décennie 1950, avec une équipe d'ingénieurs et en tant que concepteur et aérodynamicien, l'intercepteur à aile delta Avro Arrow pour l'Armée de l'Air canadienne. Plusieurs prototypes de cet avion aux capacités remarquables (vitesse, plafond de vol) volent mais le constructeur ne parvient pas à trouver de débouchés à l'export et le gouvernement canadien décide en 1959 d'abandonner un projet considéré comme trop coûteux. L'agence spatiale américaine, la NASA, qui vient tout juste d'être créée et qui a besoin de renforcer rapidement ses effectifs pour faire face au développement exponentiel des projets spatiaux, décide d'embaucher 32 des ingénieurs canadiens mis au chômage par l'abandon de l'Avro Arrow contribuant à la fuite des cerveaux canadiens de l'époque. Les responsables de la NASA avait déjà eu de nombreux contacts avec ces ingénieurs canadiens dans le cadre des essais en soufflerie de l'Avro Arrow réalisés dans les installations de la NACA l'organisation qui avait précédé la NASA[2].
Participation au programme Mercury (1959-1961)
Chamberlin rejoint la NASA en avril 1959 peu avant son 44ème anniversaire. Il devient conseiller au sein du Space Task Group, un département du Centre de recherche Langley (Virginie) puis en 1960 responsable de la division d'ingénierie, chargé de la conception technique du programme Mercury qui doit envoyer les premiers astronautes américains dans l'espace. Il est chargé de la coordination avec McDonnell Aircraft le constructeur du vaisseau Mercury. Selon des témoignages de ses collègues si Max Faget était le père du programme Mercury, Chamberlin en fut le chef de projet effectif grâce à ses connaissances acquises dans le domaine de la construction d'avions. Il met en place des méthodes de travail avec les contractants qui n'étaient pas connus par les ingénieurs-chercheurs issus de la NACA[3].
Responsable du programme Gemini (1961-1963)
Début février 1961 Chamberlin est chargé de concevoir la suite des missions Mercury qui nécessite le développement d'un vaisseau plus sophistiqué que la capsule Mercury permettant des séjours prolongés dans l'espace. Travaillant avec McDonnell et un petit groupe d'ingénieurs de la NASA, il choisit de sa propre initiative une architecture innovante en installant les principaux systèmes à l'extérieur de la coque pressurisée dans une disposition modulaire facilitant la maintenance et les changements. Un grand nombre de ces systèmes sont placés dans un adaptateur qui relie le vaisseau au lanceur et qui est largué avant la rentrée atmosphérique. Chamberlin choisit également de remplacer la tour de sauvetage de Mercury par des sièges éjectables. Le nouveau vaisseau, Mercury Mark II (qui deviendra par la suite le vaisseau Gemini), beaucoup plus lourd ne peut plus être placé en orbite par le lanceur spatial Atlas utilisé jusque là. Mais le recours au missile reconverti Titan II permet de disposer d'une marge de puissance suffisante et permet d'autoriser les sièges éjectables (ce lanceur utilise des ergols hypergoliques qui en cas d'explosion de la fusée crée une boule de feu d'un diamètre bien plus petit que les ergols de l'Atlas). La présentation de l'architecture du vaisseau en juin 1961 surprend les membres du Space Task Group qui s'attendaient à des évolutions mineures. Mais Chamberlin parvient rapidement à convaincre le STG et l'état-major de la NASA de la pertinence de ses choix. Le développement du vaisseau conçu à partir des idées de Chamberlin est lancé début décembre 1961. En mars 1963, alarmé par l'envolée des coûts et les difficultés rencontrés, Robert Gilruth, le directeur du Manned Spacecraft Center (MSC) responsable du développement des vaisseaux, décide de remplacer Chamberlin à la tête du projet par Charles Mathews[4].
Participation au programme Apollo (1964-1970)
Après avoir quitté la direction du projet Gemini, Chamberlin occupe un poste de conseiller en ingénierie après de Gilruth. Il réalise les revues des maquettes et des vaisseaux du programme Apollo, identifiant les défauts et les corrections à apporter. Il avait participé très tôt de manière indirecte au programme Apollo. Au sein du Space Task Group, il était initialement le seul à croire en 1961 au scénario du rendez-vous en orbite lunaire pour les missions Apollo qui avait été proposé par John Houbolt et qui sera finalement adopté après un an de débats. Dans son nouveau poste Chamberlin prend directement en charge la résolution de certains des problèmes soulevés par la conception des vaisseaux Apollo : amerrissage du module de commande, résistance du système d'amarrage, protection thermique de l'atterrisseur lunaire, instabilité de combustion du moteur de l'étage de remontée de ce module. Peu avant le premier atterrissage sur la Lune, il préside une commission regroupant deux douzaines d'ingénieurs chargés de valider, éventuellement en les améliorant, les combinaisons spatiales utilisées lors des sorties extravéhiculaires. Début 1969 Chamberlin, sous la direction de Faget, travaille à la conception d'un lanceur entièrement réutilisable (ILRV) qui débouchera au final sur la navette spatiale américaine. Il travaille plus particulièrement sur les problèmes soulevés par les transferts thermiques durant la rentrée atmosphérique. En janvier 1970 Chamberlin quitte la NASA pour aller travailler chez McDonnell Douglas avec laquelle il collaborait depuis une décennie à travers les différents programmes spatiaux[5].
Contributions au sein de McDonnell Douglas (1970-1981)
McDonnell Douglas en collaboration avec Martin Marietta est une des quatre sociétés qui a décidé répondre à l'appel d'offres de la NASA pour le développement de sa navette spatiale. Chamberlin est responsable d'une partie de l'élaboration de la réponse de sa société. Mais McDonnell Douglas, sans doute handicapé par sa fusion récente(Mc Donnell et Douglas), n'est pas retenue par la NASA. La société est néanmoins chargée de concevoir et fabriquer les modules propulsifs de l'orbiteur. Chamberlin devient en 1974 directeur technique de l'établissement de McDonnell Douglas à Houston qui est en charge des projets relatifs à la navette spatiale. Il décède le à l'âge de 65 ans d'une crise cardiaque un mois avant le premier vol de la Navette spatiale américaine[6].
Personnalité
De grande taille avec une silhouette dégingandée et des cheveux bouclés coupés court il portait des lunettes sans monture. Tous ceux qui le connaissaient le considéraient comme quelqu'un de brillant mais peu diplomate et ayant des problèmes pour communiquer. Une partie de cette impression négative résultait peut être de sa manière de s'exprimer entre marmonnement et expression gutturale. Combiné avec sa nature parfois abrupte et taciturne, ce comportement ne facilitait pas les relations avec certains de ses collaborateurs. Un des ingénieurs canadiens qui l'a suivi à la NASA le décrit comme un très bon ingénieur, déterminé à réaliser ce qu'il a en tête et peu enclin à prendre en considération l'avis de personnes ne partageant pas son avis. Il avait le sens de la justice et un haut niveau d'intégrité[7].