Joanna (Suriname)
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Joanna, née sur le Commewijne vers 1755 et morte en à Paramaribo, est une travailleuse domestique esclavagisée surinamienne. Dans le récit de voyage publié en 1796 par le militaire Jean-Gabriel Stedman, ce dernier raconte son concubinage avec Joanna entre 1774 et 1777 de manière sentimentaliste.
Joanna naît sur l'habitation sucrière Tenburg (appelée plus tard Fauquembergue) le long du Commewijne (nl). Elle est la fille de Seerie, une travailleuse domestique et tricoteuse, elle-même fille de Dikie, déporté au Suriname par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales lorsqu'il était adolescent dans le golfe du Bénin dans les années 1720. Le père de Joanna est Anthony Tielenius Kruythoff, gérant de la plantation pour le compte de propriétaires résidant aux Pays-Bas, arrivé au Suriname à 18 ans, fils d'un douanier de Tiel et petit-fils d'un pasteur protestant néerlandais. Joanna grandit dans la maison principale de l'habitation, dans un rôle intermédiaire entre servante de son père et contremaître des autres travailleuses esclavagisées. Elle parle sranan tongo et son père lui apprend à lire et écrire le néerlandais, mais ne la fait pas baptiser[1].
Vers la fin des années 1760, Joanna est formée à la couture. En 1768, son père tente d'acheter aux propriétaires de l'habitation la liberté de Seerie et des enfants, mais il tombe malade et meurt, de retour à Tiel. Seerie trouve un nouveau conjoint, un charpentier du nom de Jolicœur, qui marronne avec 8 autres hommes pour échapper aux mauvais traitements du nouveau gérant de l'habitation et rejoindre la résistance des Boni sur le Lawa. En 1772, la plantation Fauquembergue fait faillite, et le propriétaire envoie Seerie à la capitale Paramaribo avec Joanna pour les y faire travailler comme femmes de ménage. Joanna doit d'abord nettoyer le foyer d'un secrétaire judiciaire, puis sa mère la place chez John Gabriel Stedman, capitaine de l'armée néerlandaise récemment arrivé pour réprimer l'auto-émancipation boni et chasser les fuyards[1].
Stedman entame une relation avec Joanna. Elle donne naissance à un fils, John, en . Ils logent dans une baraque du camp militaire. En , Stedman emprunte 1800 florins à une planteuse, Elisabeth Danforth Godefroy, et achète Joanna et John au propriétaire amsterdamois de Fauquembergue. Un an plus tard, pour rembourser sa dette, Stedman vend Joanna et John à Godefroy. Il obtient ensuite l'affranchissement de son fils gratuitement. En , Stedman rentre aux Pays-Bas. Joanna reste à Paramaribo, esclavagisée par la veuve Godefroy. Sa dernière lettre à Stedman est de l'été 1778. En , elle fait baptiser John, avec Godefroy pour marraine, sans toutefois se convertir elle-même au christianisme. Elle meurt en , âgée d'environ 27 ans[1].
Historiographie et littérature
En 1998, les anthropologues Richard et Sally Price (en) révèlent le journal intime de Stedman, qui a servi de base à la version romancée publiée dix ans après les faits, en 1796, sous le titre The Narrative of a Five Years Expedition against the Revolted Negroes of Surinam. Alors que dans son journal, Stedman rapporte de nombreux coïts avec des femmes esclavagisées réduites au rang d'objets sexuels, il les tait dans la version publique, accordant davantage de place à son histoire d'amour tragique et exotique avec Joanna. Son roman souligne la chasteté de Joanna et présente un Stedman sentimental, omettant de mentionner qu'il a payé la mère de Joanna pour que cette dernière s'occupe de son ménage. De plus, l'auteur prend soin de raciser Joanna de manière ambiguë, afin que ses sentiments pour elles soient tolérables dans le cadre de l'idéologie colonialiste. Enfin, Stedman ment, afin de dorer son image, lorsqu'il écrit que Joanna serait morte au Suriname avant son remariage aux Pays-Bas[2].
En 1824 paraît une édition abrégée du roman de Stedman qui se concentre exclusivement sur Joanna, sous le titre Joanna, or The Female Slave, a West Indian Tale. L'éditeur est anonyme et, comme Stedman, il soutient l'esclavage, condamnant seulement la cruauté des esclavagistes. Par la suite, certains abolitionnistes anglo-américains se réapproprient aussi ce récit en faisant de Joanna l'héroïne : en 1838, Isaac Knapp (en), imprimeur à Boston, publie Narrative of Joanna; An Emancipated Slave, of Surinam. En 1834, Lydia Marie Child publie aussi une telle version dans son recueil The Oasis, dans laquelle elle s'indigne que Joanna ne se soit pas rendue en Europe[2].
En 1998, Beryl Gilroy publie un roman d'amour intitulé Stedman and Joanna[3].