Joseph François Dupleix

gouverneur de Pondichéry From Wikipedia, the free encyclopedia

Joseph François Dupleix, né le à Landrecies et mort le à Paris, fut gouverneur de Pondichéry et commandant général des établissements français de l'Inde.

Décès
(à 66 ans)
Paris
Nationalité
Activités
Faits en bref Gouverneur des établissements français de l'Inde, 14 janvier 1742 - 15 octobre 1754 ...
Joseph François Dupleix
Fonction
Gouverneur des établissements français de l'Inde
-
Biographie
Naissance
Décès
(à 66 ans)
Paris
Nationalité
Activités
Famille
Fratrie
Conjoint
Jeanne Albert de Castro
Autres informations
A travaillé pour
Conflits
Distinctions
Blason de la famille Dupleix de Bacquemont
D'azur, au chevron d'or, accompagné en chef de deux plies d'argent affrontées et posées en fasce, et en pointe d'une étoile du même.
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Biographie

Premières années au service de la Compagnie des Indes

Son père René François, un fermier général prospère[1] devenu commissaire général de la Compagnie des Indes[2], souhaite qu'il devienne marchand et, pour le distraire de son goût pour la science, l'envoie voyager en Inde en 1715 sur l'un des vaisseaux de la Compagnie française des Indes orientales. Au service de cet employeur, il effectue plusieurs déplacements dans les Amériques et en Inde.

En 1720, il est nommé membre du Conseil supérieur de Pondichéry et commissaire des guerres. Il fait preuve d'un sens réel des affaires publiques, et il s'acquitte de ses fonctions avec un talent certain. Unissant le commerce à l'administration, il spécule habilement pour son compte et acquiert en peu de temps une grande fortune.

En 1730, il est nommé superintendant des affaires françaises à Chandernagor, qu'il relève de sa ruine. Sous son administration énergique, la ville prospère et accroît son importance.

Gouverneur de Pondichéry

Le siège de Madras en 1746. La prise de la ville est une brillante victoire française de La Bourdonnais venu porter secours à Dupleix, mais les deux hommes se brouillent sur le sort de la ville.
La fin du siège de Pondichéry en 1748. Attaquée par terre et par mer, la ville est défendue avec brio par Dupleix.
Plan de Pondichéry dédié à la mémoire de Dupleix.

Il obtient en 1742 le poste de gouverneur de Pondichéry et commandant général des établissements français de l'Inde. Il est le premier à organiser l'armée française des Indes avec des officiers français et des cipayes indiens. Grand organisateur et administrateur, il se marie avec une Indienne d'origine portugaise (Goa) et il apprend la langue Hindi. Avec un objectif de création d'un Empire français des Indes, il entre en relations bénéfiques et contractuelles avec de nombreux princes locaux. Sa femme est polyglotte et parle par ailleurs de nombreuses langues indiennes. Il adopte un style de splendeur orientale, dans son costume et son cadre de vie.

Les Britanniques prennent ombrage de ses succès financiers, commerciaux et militaires, car il a accru la présence de la France, en construisant de nombreux forts.

Les Anglais et la Compagnie britannique des Indes ont peur de son expansion et de ses talents qui mettent en danger (concurrence) leur propre expansion et leur pouvoir en Inde du nord. Hélas, les deux gouverneurs français des Indes et de l'Océan Indien se divisent du fait de la concurrence de pouvoir entre Dupleix et La Bourdonnais, gouverneur des Mascareignes. La Bourdonnais, conformément à ses prérogatives de ne pas faire de conquêtes, va notamment revendre aux Anglais la ville de Madras (renommée Chennaï, capitale du Tamil Nadu), après que ceux-ci aient capitulé, ce qui affaiblit les positions de Dupleix, partisan de l'expansion française dans l'Océan Indien.

En 1746, La Bourdonnais, fort de ses vaisseaux, débarque sur la côte de Coromandel après avoir repoussé l'escadre de Peyton, qui lui barrait la route. Il s'empare rapidement de Madras, dégageant ainsi Pondichéry de la menace anglaise, mais il se brouille avec Dupleix, au sujet du sort de la ville. La Bourdonnais, commerçant et marin, ayant participer à la guerre de course, accepte la capitulation et abandonne la ville aux Anglais contre une forte somme. Dupleix, dans une logique plus expansionniste que sont rival, veut éradiquer la présence anglaise dans le secteur, pour y préserver les intérêts français. Il refuse la transaction et fait raser Madras[3]. Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais, exaspéré, rentre sur les Mascareignes.

Cette violente dispute prive Dupleix de son soutien naval, et empêche les Français d'obtenir une victoire complète en Inde, lors de ce conflit.

Dupleix envoie alors une expédition contre Fort St David (1747), qui est défaite dans sa marche par le nawab d'Arcot, l'allié des Britanniques. Dupleix réussit à vaincre le nawab, et à nouveau tente la capture du Fort Saint-David, en vain. Une attaque à minuit sur Gondelour est repoussée, occasionnant de grandes pertes. Dans la guerre qui s'ensuit, il montre courage et talent, et défend pendant 42 jours Pondichéry contre une flotte britannique et contre une armée de terre. En 1748, Pondichéry est assiégé par les Britanniques, mais, au cours des opérations, des nouvelles arrivent, concernant la paix conclue entre les Français et les Britanniques à Aix-la-Chapelle.

Dupleix rencontrant le Soudhabar du Deccan.

Dupleix entre ensuite dans des négociations, dont l'objet est l’assujettissement du sud de l’Inde. Il envoie des troupes importantes à l’aide de l’un des prétendants du Carnatic et du Deccan, Mouzaferzingue, remplacé à sa mort, sur proposition de Bussy, par son oncle Salaberzingue. Il prend aussi plusieurs places fortes, dont la forteresse de Gingi (1750)[4]. Les Britanniques, très inquiets, sont engagés du côté de leurs rivaux.

Dupleix se fait céder, par un prince indien, qu'il avait placé sur le trône du Deccan, tout le territoire situé entre le Krichua et le cap Comorin, avec le titre de nabab. Fort de ses succès, il s'engagea dans une suite d'expéditions avec ses officiers, dont Bussy. La Compagnie française des Indes, dont il était l'agent, souffrait d'une incompréhension culturelle des Indes. Mais Dupleix était tellement craint de la compagnie anglaise des Indes qu'ils firent tout, pendant deux années, pour le faire rappeler à Paris[5].

Renvoi en France et fin de vie

Ruiné par tant de guerres, les conflits entre les deux grandes puissances continuent en Inde jusqu'en 1754, quand les directeurs de la compagnie, sur la foi de rapports tronqués et d'espions anglais cherchant à renvoyer leur ennemi Dupleix, induisent à tort le gouvernement à envoyer en Inde un commissaire spécial, Charles Godeheu, avec l'ordre de remplacer Dupleix et de le renvoyer en France. Ceci est fait sans consultation des officiers français sur place, notamment Bussy, à la surprise des Indiens de Pondichéry et à la grande joie des Anglais de Madras.

La neutralisation de Dupleix est l'un des facteurs qui permet ensuite aux Anglais de lancer la guerre de Sept Ans, laquelle leur permet d'obtenir le reste de l'empire colonial français. Le ministre de Louis XV, Machault, fut le principal responsable de ce renvoi, pour tenter d'amadouer Londres et éviter un conflit.

Cette manœuvre (digne de Munich, 1938) se révèle non seulement inutile, mais elle produit l'effet contraire. Ce qui restait du travail considérable de Dupleix (1715-1754) a été ruiné en quelques jours. Dupleix a ainsi été obligé d’embarquer pour la France, le , à la grande joie des Anglais.

Ce faisant, le champ libre était donné à l'Angleterre qui mit en place une politique de conquête des forts et places fortes françaises, strictement copiée sur celle de Dupleix et ses compagnies de cipayes.

Dupleix passa le reste de sa vie à plaider contre la Compagnie, à laquelle il réclamait 13 millions de livres, qu'il avait avancés pour son service. Il y dépense le reste de sa fortune privée. La Compagnie des Indes refuse de reconnaître ses responsabilités. Le gouvernement ne veut rien faire pour un homme qu’il persiste à regarder comme un aventurier ambitieux[réf. nécessaire].

L'ancien « gouverneur français des Indes » Dupleix meurt dans l’oubli, l’indigence, la misère et l'humiliation le à Paris, rue des Capucines, sans avoir pu se faire rendre justice. Il avait publié peu avant sa mort un Mémoire qui fit grand bruit.

« J’ai sacrifié ma jeunesse, ma fortune, ma vie, pour enrichir ma nation en Asie. D’infortunés amis, de trop faibles parents consacrèrent leurs biens au succès de mes projets. Ils sont maintenant dans la misère et le besoin. Je me suis soumis à toutes les formes judiciaires, j’ai demandé contre le dernier créancier ce qui m’est dû. Mes services sont traités de fables, je suis traité comme l’être le plus vil du genre humain. Je suis dans la plus déplorable indigence. La petite propriété qui me rentait vient d’être saisie. Je suis contraint de demander une sentence de délai pour éviter d’être traîné en prison. »

Dupleix fut enfin sorti de l'oubli sous le Second Empire. A partir de 1860, lorsque la France intervient en Indochine pour former un second empire colonial en Asie. Napoléon III rappelle ainsi que la France n'oubliait ni son passé asiatique, ni le gouverneur Dupleix, considéré comme héroïque, et que Louis XV n'aurait jamais dû abandonner.

Sous la Troisième République, entre 1881 et 1940, les manuels scolaires enseignent le parcours de Dupleix, et mentionnent les cinq comptoirs indiens encore détenus par la France : Surate (côte nord-ouest de l'Inde), Pondichéry, Chandernagor (à 30 km de Calcutta), Mahé (à 630 km Pondichéry), Yanaon (1725) et Karikal (à 140 km au sud de Pondichéry) .

Dupleix et le « grand dessein » de créer un vaste empire en Inde

Les actions de Dupleix et ses documents tirés de l'oubli sous Napoléon III au XIXe siècle montrent que Dupleix a construit avec sa femme et ses brillants officiers un « grand dessein », celui de créer un vaste empire français en Inde.

Cette évidence historique n'est pas retenue par certains historiens modernes, la plupart d'entre eux n'ayant jamais voyagé en Inde. Alfred Martineau souligne que l’idée de constituer dans l’Inde une sorte d’empire colonial, Dupleix « ne l’eut à aucun moment jusqu’à l’année 1749 » soulignant que cette vision allait découler moins d’une politique définie à vue lointaine, que d’événements se succédant au gré du hasard des batailles[6]. Pour un historien plus récent, tel Philippe Haudrère, Dupleix n'eut pas même la vision d'un empire français en Inde. L’action des Français et de Dupleix, dit-il, « ne fut en aucun cas la première étape de l’installation d’une colonie, même d’un protectorat » ; il s’agissait plutôt de dresser une sorte de « glacis » protecteur autour de Pondichéry et des autres établissements français[7].

Famille

En 1741, il épouse Jeanne Albert de Castro, veuve de l’un de ses amis, Jacques Vincent, conseiller de la compagnie. Cette belle et intelligente métisse indo-portugaise, catholique, au fort caractère, est connue par les Indiens comme «Joana Begum» et se montre d’une grande utilité pour son époux dans les négociations avec les princes locaux, car elle parle plusieurs langues locales.

De son premier mariage, elle eut notamment une fille, mariée au gouverneur de Madras Jacques Duval d'Eprémesnil et mère de Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil ; une autre à Frans de Schonamille, directeur de la Compagnie ; une autre au marquis Louis Hercule de Montlezun (qui épousera en secondes noces la fille de Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais) ; et une autre à François de Barnewall, membre du Conseil de Madras. Elle meurt en 1756.

Dupleix se remarie en 1758[8] avec Claude Thérèse de Chastenay de Lanty, fille du marquis de Lanty. Leur fille épousera le marquis de Valori.

Son frère, Charles-Claude-Ange, fermier général, sera peint par Hyacinthe Rigaud en 1738 et sa belle-sœur, Jeanne-Henriette de Laleu, par Jean-Marc Nattier.

Honneurs et postérité

Buste de Dupleix.

Bâtiments de la Marine nationale française

Plusieurs bâtiments de la Marine nationale française sont nommés d'après Joseph François Dupleix :

Lieux

Écrits

Joseph François marquis Dupleix, Memoire Pour Le Sieur Dupleix Contre La Compagnie Des Indes: Avec Les Pieces Justificatives, Leprieur, 1759 [lire en ligne]

Notes et références

Voir aussi

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