Joseph Heckel

entrepreneur et footballeur français From Wikipedia, the free encyclopedia

Joseph Heckel, né le à La Walck et mort le à Strasbourg, est un footballeur amateur français. Il est actif dans les années 1940 tout d'abord à La Walck puis au RC Strasbourg de 1945 à 1948. Il joue en Division 1 et dispute la finale de la Coupe de France de football 1946-1947 perdue contre le Lille OSC sur le score de 2-0. Le poste de Heckel est attaquant et il est surnommé le « bombardier de La Walck ». Il participe également aux Jeux olympiques de Londres en 1948. Il revient plus tardivement au football en devenant le directeur sportif du RC Strasbourg de 1960 à 1962. Par ailleurs, sa carrière professionnelle se déroule dans l'usine familiale de fabrication de chaussures.

NomJoseph Charles HeckelVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité Français
Faits en bref Biographie, Nom ...
Joseph Heckel
Image illustrative de l’article Joseph Heckel
Biographie
Nom Joseph Charles HeckelVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité Français
Naissance
La Walck (France)
Décès
Strasbourg (France)
Taille 1,78 m (5 10)
Poste Attaquant
Parcours senior1
AnnéesClub 0M.0(B.)
1945-1948 RC Strasbourg 031 (21)
Sélections en équipe nationale2
AnnéesÉquipe 0M.0(B.)
1948 France olympique
1 Ne sont comptabilisés que les matchs en compétitions officielles, quel que soit le statut (amateur et professionnel). Les matchs amicaux ne sont pas comptabilisés.
2 Matchs officiels.
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Biographie

Joseph Charles Heckel naît le 7 juillet 1922 à La Walck, dans le canton de Niederbronn-les-Bains, entre Haguenau et Pfaffenhoffen. Il décède le 29 mai 2011 à Strasbourg[1],[2], et il est enterré dans le cimetière de La Walck. Dans le cercle familial on l'appelle Seppele[3], dans le milieu du football il est connu comme « le bombardier de La Walck »[4].

Fils de Madeleine, née Kleinclaus (1894-1966) et de Joseph Heckel (1891-1977)[5],[6], il est l'unique garçon d'une fratrie de sept enfants, ce qui le prédestine à reprendre la fabrique de chaussures dirigée par son père. À l’âge de dix ans il intègre le pensionnat du collège Saint Clément de Metz, un établissement tenu par des pères jésuites qui possèdent également d’immenses propriétés propices à la pratique du sport. Il situe à cette époque son engouement pour le football auquel il consacre tous ses moments de récréation. À 16 ans, il entre à l'école de commerce de Strasbourg pour intégrer la « troisième spéciale » qui lui permet de décrocher un diplôme en un an. Il entre dans le monde du travail en 1938 et se forme à la fabrication de chaussures[7].

En 1939, l’Alsace est annexée au « Großdeutsches Reich » mais il n’est pas mobilisé dans l’armée allemande car il a dix-sept ans. Il continue de travailler à l’usine qui « tourne normalement » ou presque puisque l’annexion à l’Allemagne a pour conséquence le maintien de l’afflux de matières premières pour la fabrication de chaussures[7].

En 1942, il doit intégrer pendant six mois « l'arbeitsdienst », une préparation au service militaire allemand. Durant cette période il partage la chambre de Fernand Mischler avec qui il noue une amitié durable. Au retour de cette préparation, les Alsaciens incorporés de force sont les premiers à être intégrés dans l’armée allemande et envoyés sur le front Russe où des milliers de « Malgré-Nous » sont tués ou portés disparus. Il refuse « de combattre les alliés, et […] supporter l’opprobre d’une telle situation ». Il se procure des médicaments qui provoquent une accélération cardiaque temporaire à l’occasion des examens médicaux de 1942 à 1944. Vers la fin de la guerre, aidé par son médecin de famille, il se fait mutiler une partie du gros orteil auquel on « rajouta du pus dans la blessure qui était profonde ». Ces stratagèmes conjugués lui permettent d’échapper de justesse à l’incorporation forcée[7].

Le 28 septembre 1946, il épouse Alice Kleinclaus (1925-1979)[5], son arrière cousine, avec qui il aura quatre enfants.

Carrière sportive

Joseph Heckel se souvient être entré au Racing Club de Strasbourg en 1945 « un peu par hasard » car son avenir professionnel était davantage inscrit dans l'usine de chaussures de son père.

« On ignore les critères de sélections, mais Schaeffer et Krug viennent de débuter chez les professionnels, tandis que Heckel s’apprête à regagner La Walck et son entreprise florissante dans la chaussure à crampons. »[8]

 « Pour tout l'or du monde », Racingstub, 2021

Avant-guerre, il joue au football dans l’équipe de La Walck. Il est repéré durant l'été 1945 alors qu'il évolue avec Schweighouse contre les amateurs du Racing, et signe un bail de trois ans comme ailier droit. Le Racing Club de Strasbourg est alors composé d'Alphonse Rolland, Frédéric Woehl et, un peu plus tard, Charles Heiné[4]. Mais il accueille également quelques grands noms tels qu'Émile Veinante, Oscar Heisserer et Paco Mateo. Cette recomposition postérieure à la Seconde guerre mondiale permet au RCS de réintégrer le rang qui était le sien auparavant, en 1939, dans une région en grande partie dévastée et largement traumatisée[2].

Capture d'écran d'une retransmission du match de foot de la finale entre Lille OSC et RC Strasbourg en 1947
Coupe de France de Football, finale 1947 Lille OSC - RC Strasbourg

En 1947, il joue en 1e division lors de la coupe de France où il se distingue par deux fois en marquant l’ultime but : la première fois dans le quart de finale contre le Stade français où le RC Strasbourg est vainqueur 2 à 1 ; la seconde fois contre Angoulême qui est battu 6 à 0[4]. Le 11 mai 1947, il prend part à la finale de la 30e édition de la Coupe de France entre Lille OSC et le RC Strasbourg au stade Yves-du-Manoir de Colombe[9].  Il relate dans ses mémoires qu’à l’occasion de ce match, il a eu « l’honneur de serrer la main du Président de la République, Vincent Auriol »[7].

Photographie en noir et blanc de l'équipe de France olympique. Joseph Heckel est le cinquième debout en partant de la gauche
L'équipe de France olympique avant le tournoi, 1948.

En 1948, il prend part aux jeux olympiques de Londres[8] après une préparation de cinq semaines sous la direction de Gabriel Hanot. Le 31 juillet 1948, l’équipe française gagne le quart de finale contre l’Inde 2 à 1. Le 5 août 1948, les français perdent la demi-finale contre la Grande Bretagne 1 à 0[10].

Inde vs France 31 juillet 1948, arrivée de l'équipe indienne, pour la plupart pieds nus

De cette expérience olympique, Joseph Heckel garde le souvenir de deux événements marquants. Le premier se déroule dans le village olympique réservé aux sportifs français, qui ont la surprise de recevoir « la visite des Compagnons de la chanson accompagnés d’Édith Piaf ». Ils interprètent pour eux « Les yeux de ma mère ».  Le second fait référence au quart de finale contre l’équipe indienne dont 8 footballeurs jouent pieds nus[11], ce qui intrigue le professionnel de la chaussure[7].

Il garde également un « souvenir inoubliable » de son retour dans le village de Pfaffenhoffen. « Les joueurs de La Walck, toutes catégories confondues, juniors, cadets, minimes, [ont] revêtu leur tenue de footballeur, [forment] un cortège et nous [escortent] de Pfaffenhoffen à La Walck »[7].

Dès lors, il réintègre l'entreprise familiale mais poursuit son implication footballistique au sein du club du village qui « atteint l'élite régionale en 1949 et est immédiatement promu au terme de la saison, avec le titre de champion d'Alsace […]. Les « Bombardiers de la Walck » sont alors réputés dans toute la région »[4]. Il a notamment l'initiative d'embaucher Paco Mateo comme entraîneur-joueur en 1951, à la suite d'« une chute malencontreuse au cours du match Racing-Nice [qui] sonne le glas de [sa] carrière professionnelle »[12].

En 1960, il revient au Racing Club de Strasbourg en tant que directeur sportif du club, afin de sortir le club d'une impasse aussi bien pécuniaire que sportive. Il s'emploie à recruter quelques grands noms du football, dont Emile Veinante, Robert Jonquet et François Remetter. Il fait également signer des contrats pros à de jeunes footballeurs prometteurs, dont Gérard Hausser, Gilbert Gress et Johnny Schuth. « La remontée est immédiate, mais la saison suivante plus difficile. Lorsque Emile Veinante est limogé en décembre 1961, Joseph Heckel choisit de le suivre en démissionnant, et revient définitivement à La Walck »[4],[2].

Photographie en couleur du complexe sportif du Val-de-Moder
La Walck complexe sportif joseph heckel

En octobre 2021, dix ans après son décès, la commune de Val-de-Moder inaugure son nouveau complexe sportif baptisé Joseph-Heckel[13],[14].

Carrière professionnelle

Entreprise familiale de fabrication de chaussures

Ses deux parents sont coutumiers de la fabrication de chaussure puisque sa maman travaillait également dans une petite usine de chaussures avant de se marier. Elle « partait à pied jusqu’à Wissembourg pour vendre les brodequins que son père fabriquait ». L'usine familiale de fabrication de chaussures du côté paternel est située à La Walck, et se transmet de père en fils sur plusieurs générations. Le jeune Heckel y entre en 1938 aux côtés de son père et de son oncle, tous deux associés, et il apprend à travailler sur toutes les machines en vue de la diriger un jour. Après la seconde guerre mondiale Joseph Heckel et son cousin Étienne Heckel reprennent le flambeau en s'associant à leur tour[7].

Innovation dans la chaussure de foot

Sa passion pour le football et sa carrière professionnelle dans la chaussure sont toutes deux mises à profit lorsqu’il invente la « 2H », une chaussure de foot à bout mou et aux crampons vissés interchangeables[4].

Durant sa courte carrière sportive, Joseph relève deux détails qui lui permettront d'améliorer la chaussure de football. En effet il remarque que les sportifs qui démarrent la saison avec des chaussures neuves, cassent les bouts durs à l'aide d'un marteau afin d'avoir une meilleure perception de la balle au bout du pied. En outre il observe que les crampons cloutés ne sont pas adaptés à tous les terrains et que les footballeurs se plient à l'exercice de les retirer avec une tenaille à l'occasion de matchs sur terrains secs[15].

Lorsqu'il réintègre l'usine de son père comme technicien commercial, il décide d'élaborer une nouvelle chaussure à bout mou et aux crampons vissés interchangeables. Pour la commercialiser, il s'associe à un autre footballeur avec lequel il s'est lié d'amitié, Oscar Heisserer. C'est ainsi que naît la chaussure « 2H » qui reprend les initiales de leurs noms respectifs[15]. La marque s'essouffle en 1960 après l'arrivée d'Adidas sur le marché[16],[17]. À cette époque, Joseph Heckel est directeur sportif du Racing[10], il se lie d'amitié avec Horst Dassler[18] qui vient de racheter deux usines en Alsace et s'apprête à créer Adidas France[16]. Plus tard, ils se mettent d'accord : « le sport pour [Dassler], la sécurité pour Joseph [Heckel] »[19],[20].

Le sport est omniprésent dans les futures innovations qui permettront à l'usine de surmonter les différentes crises secouant la profession. Avec son cousin qui dirige également l'entreprise, il se lance tour à tour dans la chaussure de ski, les premiers après-skis injectés, ainsi que dans les bottes de moto-cross et enduro[21].

Plus tard il fait la connaissance d'Henri Bacou, fabricant de chaussures de sécurité, avec qui il s'associe[22] et fait évoluer durablement la production de l'usine en créant sa marque Heckel sécurité en 1970[21]. Si la famille Heckel en a cédé le contrôle à un groupe allemand en 2001[23], l'entreprise existe toujours avec une implantation à La Walck, et conserve sur son site internet une page dédiée à « L’Histoire Heckel » qui retrace le parcours du sportif de haut niveau et de l’entrepreneur[24].

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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