Joseph de Hemptinne (Gand, – Gand, ) est un industriel belge. Il est le fils de Félix-Joseph De Hemptinne qui par son mariage avec Henriette Lousbergs, était entré dans le milieu des grands industriels gantois de l'industrie du coton. Contrairement à son frère Jules, de tendance libérale, c'était un antilibéral et antiparlementariste et une des figures de proue de l'ultramontanisme belge de son époque, soutenue par le pape Pie IX.
À l'âge de quatorze ans[1], il abandonne ses études à l'Athénée de Gand pour gérer l'entreprise familiale avec ses frères. Le , il épouse Pauline Gonthyn (1825-1870), fille du banquier Pierre Gonthyn. Le couple eut huit enfants, dont trois sont devenus religieux : Marie (1848-1908), Félix (1848-1913), Paul (1851-1923), Joséphine (1853-1911), Louise (1856-1857), Joseph (1859-1942), Jean (1861-1934) et Agnès (1870-1948). À la suite de complications survenues après la naissance du huitième enfant, Pauline meurt prématurément le .
Les enfants sont élevés dans la stricte tradition catholique et les auteurs classiques «païens»—suivant l'exemple du gaumisme— sont systématiquement exclus. Les romans étaient condamnés et la fiction, comme le théâtre, était proscrite.
Figure emblématique de l'ultramontanisme radical belge, Joseph de Hemptinne se rend régulièrement à Rome, où il est reçu et encouragé par Pie IX. Deux de ses fils, Félix et Paul, rejoindront les armées des États pontificaux pour les défendre lors de l'unification italienne.
Joseph de Hemptinne s'oppose sans compromis à la société moderne, qu'il perçoit comme non chrétienne et hostile à l'Église, et rejette le système étatique libéral belge. Cette position était en partie motivée par la crainte des conséquences de la sécularisation et une appréhension vis-à-vis du socialisme et du marxisme. La révolution de 1848 et les événements de 1870-1871, notamment la Commune de Paris, ne firent que renforcer ce sentiment.
Antilibéral, antiparlementariste et ultramontain[2], il joue un rôle important au sein des Œuvres Pontificales qui mobilisaient les catholiques pour la défense du pape et de l’Église. En Flandre, il est le promoteur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul et de nombreuses œuvres sociales et charitables.
Il contribue également à la croissance d'une presse catholique militante virulente[3], tant en province (Le Bien public - 1853) que dans la capitale (Le Courrier de Bruxelles - 1861 et Le Catholique - 1865).
En , il fonde — contre l'avis de l'épiscopat belge — , l'Archiconfrérie de Saint-Pierre, une sorte de «communauté religieuse de laïcs» ultramontaine radicale qui sera connue ensuite sous le nom des Croisés de Saint-Pierre[4], du nom de l’hebdomadaire catholique radical La Croix [5] lancé en et qui, bien que condamné par l'épiscopat belge[5], paraît durant quatre ans. L'objectif de cette association est de mener une «guerre sainte» pour l'indépendance de l'État pontifical et pour la «rechristianisation de la Belgique». En 1873, le pape le fait comte romain[3].
En 1874, de Hemptinne s'oppose aux élections parlementaires dans un radicalisme qui engendre un schisme dans son mouvement dont les «modérés», avec l'appui des évêques, créent la Confrérie Saint-Michel, sous la houlette de Charles Périn[3].
Avec l'accession au trône pontifical de Léon XIII (1878-1903), pape qui orienta l'Église vers une société en mutation, Joseph de Hemptinne est marginalisé. Fidèle à ses principes de soumission totale au pape, il met fin à son combat et se consacre à la gestion de ses manufactures textiles et aux œuvres caritatives.
Il soutient également l'ordre bénédictin et les missions en Afrique où il entrevoyait de nouvelles perspectives pour l'édification d'une société pleinement chrétienne. Président du Comité de protection des missions au Congo belge, il favorise la création du Séminaire africain de Louvain en 1885. Les moines de Scheut, qui prirent la direction du séminaire en 1888, purent également compter sur son soutien. En partie pour cet engagement envers la colonie, il reçoit le titre de comte de Belgique en .
L’élection de Pie X (1903-1914) fait naître en lui l’espoir de reprendre la croisade antilibérale. Mais son fils Félix, devenu moine sous le nom de Hildebrand, primat abbé des bénédictins, lui rappela que les temps avaient changé.
Vers la fin de sa vie, Joseph de Hemptinne, en partie à cause d'une surdité croissante, mena une existence isolée et solitaire, ne gardant de contact qu'avec de vieux amis. Il mourut le à Gand, à l'âge de 86 ans. Son deuxième fils, Paul , reprit l'entreprise familiale.
Notes et références
↑ Lieven Saerens, Inventaris van het archief van de familie Joseph de Hemptine, Kadoc, p. 2-5.
↑Emiel Lamberts, The Black International. L'Internationale noire: The Holy See and Militant Catholicism in Europe. Le Saint-Siège et le Catholicisme militant en Europe, Leuven University Press, , 515p. (ISBN978-90-5867-200-1, lire en ligne), p.367
12Emiel Lamberts, The Black International. L'International noire: The Holy See and Militant Catholicism in Europe. Le Saint-Siège et le Catholicisme militant en Europe, Leuven University Press, , 515p. (ISBN978-90-5867-200-1, lire en ligne), p.370