Journée du souvenir trans
journée dédiée à la mémoire des morts de transphobie et de transmisogynie
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La Journée du souvenir trans, déclinaison française du Transgender Day of Remembrance (TDoR), a lieu le dans le monde entier, pour commémorer les personnes trans mortes de la transphobie et de la transmisogynie[1],[2],[3], et pour attirer l'attention sur les violences subies par les personnes trans[4]. Sont commémorées les personnes assassinées, celles suicidées, celles mortes d'overdose, celles mortes du VIH/sida et celles mortes de précarité financière ou par manque d'accès aux soins.
| Journée du souvenir trans | |
Visuel de l'Organisation de solidarité trans (OST) pour le TDoR 2025 à Saint-Denis. | |
| Nom officiel | Transgender Day of Remembrance |
|---|---|
| Observé par | Communautés trans, Organisations du mouvement social |
| Type | Mobilisation politique, commémoration |
| Signification | Commémoration des victimes de transphobie et de la transmisogynie |
| Date | 20 novembre |
| Observances | Manifestation, rassemblement, lecture des noms des victimes décédées au cours de l'année écoulée, minute de silence |
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Historique
La journée du souvenir trans a lieu le de chaque année[5],[6], en mémoire de Rita Hester, tuée le à Allston dans le Massachusetts, lors d'un crime de haine transphobe[7],[8],. C’était initialement un projet Web, "Remembering Our Dead"[9],[10] créé en 1999 par Gwendolyn Ann Smith[11],[12],[13], une graphiste, éditorialiste et militante trans. Puis le projet a évolué progressivement en une journée d’action internationale, le Transgender Day of Remembrance, devenant une commémoration plus globale des mortes de la transphobie, de la transmisogynie et de leurs conséquences[14],[15],[16],[17].
Objectifs
Généraux
La journée du souvenir trans a plusieurs objectifs :
- commémorer toutes les personnes mortes de la transphobie, de la transmisogynie et des discriminations ;
- sensibiliser aux violences contre les personnes trans ;
- rendre hommage aux personnes décédées[18] ;
- montrer le soutien du mouvement social et des syndicats au mouvement trans[19],[20].
Politique
Si cette journée marque la solidarité de la communauté trans envers ses mortes, elle permet aussi au mouvement trans de porter ses revendications[19].
Elle permet aussi au mouvement social et aux syndicats de montrer leur solidarité avec les personnes trans et leurs luttes[19],[20].
Actions
Aux États-Unis, le TDoR est devenue le point culminant de toute une semaine d'action, la « Transgender Awareness Week » (« Semaine de sensibilisation trans »)[21].
Lieux publics
Généralement, un rassemblement ou une manifestation pour le TDoR comprend une lecture des noms de ceux qui ont perdu leur vie au cours de l'année précédente[22], et peut inclure d'autres actions, telles que des veillées aux chandelles, des collectes ou des distributions alimentaires. Certaines associations privilégient au rassemblement politique un événement culturel, comme une projection de film[23].
Diffusion

En 2010, le TDoR a été suivi dans 185 villes dans plus de 20 pays[24],[25],[26],[27],[28].
Allemagne
En Allemagne, ce sont les associations lesbiennes et gay qui organisent chaque année les actions du jour de commémoration.
Canada
Le , la province canadienne de l'Ontario a adopté à l'unanimité la loi Trans Day of Remembrance Act du reconnaissant TDoR et exigeant que l'Assemblée législative tienne un moment de silence chaque année le [29],[30]. Après la province du Saskatchewan en 2015, suivie de l'Ontario en 2016 et de l'Alberta en 2018, le bâtiment de l'Assemblée législative de la Colombie-Britannique arbore en 2019 les couleurs du drapeau de la fierté transgenre. Une longue minute de silence est observée par une centaine de personnes[31].
France
Cette journée a commencé à être célébrée en France à Paris en 2002 à l'initiative de l'association CARITIG[32],[33]. En 2003, une action contre la CNAM est organisée par Act Up-Paris[34]. Deux actions ont lieu en 2004, à Paris avec un die-in (action au cours de laquelle les manifestants s'allongent sur le sol en simulant d'être morts) du Groupe activiste trans (GAT)[35] et à Strasbourg par Support transgenre Strasbourg (STS)[36],[37].
Les commémorations prennent souvent la forme d'un rassemblement avec bougies autour de la lecture ou de l'exposition des noms des personnes trans assassinées dans l’année écoulée, mais ne s’y limitent pas : lecture de textes, actions militantes théâtralisées contre des institutions perçues comme transphobes, projections de films ou de documentaires, conférences.
En 2021, une manifestation organisée à Paris, suivie d'une commémoration, réunit plusieurs milliers de personnes, un nombre plus important que les années précédentes. La manifestation est cependant en partie invisibilisée par celle simultanée de #NousToutes, qui appelle néanmoins à rejoindre la commémoration à l'issue de sa propre marche[38],[39].

À partir de 2021, sous l'impulsion de l' Organisation de Solidarité Trans (OST) , les TDoR deviennent des manifestations plus revendicativess et sont coorganisés par des acteurs du mouvement social dont des syndicats, des associations féministes et antiracistes et des partis politique de gauche parlementaire et révolutionnaires[40],[41],[42].
En 2023, les associations trans ont recensé la mort d'au moins dix-huit personnes trans dans l'année[43].
En 2024, l'Organisation de Solidarité Trans recensait une cinquantaine de rassemblements en France[44].
En 2025, l'Organisation de Solidarité Trans recensait plus de 60 évènements à l'occasion du TDoR dans toute la France.
Italie
Une commémoration est organisée chaque année dans plusieurs villes italiennes. En particulier à Rome le en mémoire du meurtre d'Andrea Oliviero[45].
La Journée du souvenir trans de Rome est célébrée par une veillée aux chandelles à la Gare de Rome-Termini, ainsi que dans la rue Gay. En 2017, une série d'événements supplémentaires ont été organisés par le Circolo Mario Mieli Homosexuel culturel et COLT (Lazio Trans Coordination) sur le lieu de la découverte du corps d'un jeune fille trans, près du Métro Eur Magliana. Le meurtre, qui avait bouleversé la communauté rom des LGBT, conduit au rassemblement le à 20 h dans le parc du tourisme, où le corps a été retrouvé. L'appel commence à partir de National Arcigay[46].
À Turin, elle est célébrée dans une Trans Freedom March.
Le , la Journée du souvenir trans a été célébrée également à Sanremo, ce fut le premier événement consacré à la cause transgenre à Imperia. L'événement était organisé par le Rainbow Imperiese Movement (le comité territorial d'Arcigay Imperia) et par l'AGEDO.
Pays-Bas
Il y a aussi de la violence contre les personnes transgenres aux Pays-Bas. Une étude de Transgender Network Nederland publiée le sur la sécurité des personnes transgenres dans l'espace public aux Pays-Bas a révélé que pas moins de 43 % des personnes interrogées avaient dû faire face à de la violence envers eux pendant l'année écoulée.
La Transgender Day of Remembrance a lieu chaque année dans une ville différente des Pays-Bas. En 2015, c'était à La Haye[28], en 2014 Maastricht[47] et en 2013 Nimègue[48].
Ukraine
Une marche du souvenir est organisée à Kiev pour la première fois en 2015, notamment avec l'organisation Insight (en), cofondée et animée par Olena Chevtchenko. Celle de 2018 a été et aspergée de fumigènes par des opposants. Deux personnes sont blessées après avoir été gazées. En réponse, la police, incapable de contenir les opposants, arrête la manifestation, divisant les militants et les forçant à monter dans les rames de métro[49].

Critiques
Représentation des diversités
Les théoriciens C. Riley Snorton et Jin Haritaworn critiquent la manière dont les images et les récits sur les décès des personnes trans de couleur, le plus souvent des femmes trans, sont diffusés au sein de mouvements sociaux et espaces dirigés par des militants blancs, gay et trans, comme lors de la Journée du souvenir trans[50].
Dans le cas de la femme transgenre afro-américaine Tyra Hunter, Snorton et Haritaworn observent que les dangers qui guettent les femmes transgenres, et transféminines, et les cadavres trans non blancs n'obtiennent de considération qu'après leur mort, et que cette violence ne se remarque pas comme une combinaison de transferts systématiques et de racisme[50]. C'est entre autres pour cette raison que les militants transgenres CeCe McDonald, Queen Gossett, Sylvia Rivera, Dean Spade, et les travaux de Snorton et Haritaworn affirment l'importance de la diversité dans des événements tels que la Journée du souvenir trans, et dans le militantisme trans en général.
Déresponsabilisation
Selon le professeur Sarah Lamble (2008), l'accent mis par Journée du souvenir trans sur le chagrin collectif est susceptible de donner l'impression au téléspectateur blanc d'être innocent de la violence contre les femmes trans non blanches pour lesquelles il est désolé. Elle affirme :
« Notre tâche est de promouvoir ceux qui soutiennent non seulement la Journée du souvenir trans, mais aussi de nombreuses actions, car nous comptons sur eux pour faire face à la violence. Aucun d'entre nous n'est innocent. Nous devons inventer des pratiques de commémoration qui se situent à notre propre point de vue, parmi les structures du pouvoir qui permettent la violence. Notre tâche est de passer de la compassion à la responsabilité, de la conscience à la réaction, de l'observation à l'action. Il ne suffit pas d'honorer les souvenirs des morts — nous devons changer les pratiques des vivants[51]. »
Récupération de décès de travailleuses du sexe
La militante transgenre Mirha-Soleil Ross critique la Journée du souvenir trans pour créer la confusion sur la motivation derrière les meurtres de travailleuses du sexe transgenres.
Dans un entretien avec la chercheuse Viviane Namaste, elle présente des exemples de travailleuses du sexe transgenres qui ont été assassinés à Toronto pour être des travailleuses du sexe et accuse les organisateurs de TDoR d'utiliser ces femmes qui sont mortes comme des martyres de la communauté transgenre[52].