Journée de l'Indépendance du Liban (arabe: عيد الاستقلال اللبناني) est la solennité nationale du Liban. Elle est observée annuellement le , marquant la restitution pleine et entière de la souveraineté nationale à l'issue du mandat français exercé sur le territoire. Cette période d’administration, d'une durée de vingt-trois années, prit fin en 1943, lorsque les dernières prérogatives du pouvoir mandataire furent abrogées et transférées aux autorités locales.
Une identité phénicienne
Le président libanais Alfred Naqqache (à droite) est photographié avec le président syrien Taj al-Din al-Hasani. Tous deux avaient été nommés par la France.
Bien que les Libanais aient mené une lutte pérenne pour leur indépendance à l'encontre des puissances étrangères depuis l'Ancien Testament, la genèse de l'aspiration moderne à l'autonomie nationale est communément associée à l'émergence de l'émir Fakhreddine II à la fin du XVIe siècle. Ce chef druze fut, en effet, le premier gouvernant indigène depuis près d'un millénaire à instaurer un dialogue durable entre les principales confessions du Mont-Liban. Son action favorisa également le renouveau des échanges avec l'Europe occidentale dans la région. Le voyageur français Laurent d'Arvieux rapporta la présence d'imposants comptoirs commerciaux français à Sidon, siège du pouvoir de l'émir, où se mêlaient musulmans, maronites, chrétiens orthodoxes, druzes et juifs. Sous son principat, l'imprimerie fut introduite, et les missions éducatives des Jésuites et des congrégations catholiques furent encouragées à travers le territoire. L'influence croissante de Fakhr al-Din, son esprit d'insoumission et ses velléités autonomistes finirent par constituer une menace pour la Sublime Porte. Des troupes ottomanes le capturèrent et le conduisirent à Constantinople, où il fut exécuté en 1635.
Suite à l'hécatombe des Maronites perpétrée par les Druzes lors de la guerre civile de 1860, un contingent de six mille hommes d'armes français débarqua à proximité de Beyrouth, sous le prétexte officiel de s’entremettre en faveur de la protection des communautés maronites. Le souverain ottoman, Abdülmecid Ier, se trouva contraint d'entériner l'accostage français à Beyrouth et de réaménager le statut du Mont-Liban. En 1861, l'Empire Ottoman et cinq puissances européennes (la Grande-Bretagne, la France, la Russie, l'Autriche et la Prusse) négocièrent un nouvel ordo politique pour le Mont-Liban au sein d'une commission dévolue sous la présidence de Mehmed Fouad Pacha, alors ministre ottoman des Affaires étrangères. Cette commission internationale institua un tribunal ad hoc afin de châtier les potentats druzes pour leurs forfaits de guerre et entérina l'érection d'une province émancipée du Mont-Liban: le Moutassarifat du Mont-Liban. En , les Ottomans et les États européens apposèrent leurs signatures au Règlement Organique, lequel délimitait cette nouvelle entité, comprenant la recommandation française prônant l'établissement d'un aréopage multicommunautaire mandaté ayant pour dessein de conseiller le gouverneur.
À la suite de l’instauration de la province autonome du Mont-Liban, un mode de représentation électorale et une pondération démographique approximative des communautés furent institués. Un scrutin indirect en deux degrés fut progressivement perfectionné au fil des décennies, l’usage du bulletin secret étant introduit en 1907. Le Mont-Liban devint ainsi le seul conseil provincial ottoman élu démocratiquement, où siégeaient des représentants des principales confessions. Le renouvellement d’un tiers des sièges de cette assemblée intervenait à un rythme biennal. Le gouverneur de la province, un catholique non maronite originaire de l’extérieur et portant le titre de pacha, possédait rang de ministre ottoman, bien que son autorité fût inférieure à celle des gouverneurs de provinces ordinaires. Dans les tribunaux de district, la présidence était dévolue à un magistrat appartenant à la communauté majoritaire localement, tandis que les fonctions de juges assesseurs revenaient à des représentants des deux confessions suivantes en importance. Toute décision judiciaire requérait l’accord du président et d’au moins un autre juge. Ce dispositif institutionnel contribua à l’acceptation du cadre politique par les maronites, à la réintégration des druzes et, plus généralement, à une pacification confessionnelle au sein du Mont-Liban.
Dès l'incipit de la Première Guerre mondiale, le sultanat ottoman entama une désagrégation manifeste. Le pouvoir ottoman, préoccupé par l'éventualité d'une émancipation arabe, réagit par des mesures coercitives. En conséquence, il abolit en 1915 le statut de la province autonome du Mont-Liban, assujettissant les communautés montagnardes à un régime militaire d'exception. Cette répression atteignit son paroxysme le avec l'exécution par pendaison de quatorze militants et journalistes — partisans de l'indépendance tant arabe que libanaise, chrétiens et musulmans, ecclésiastiques et laïcs. La dite place des supplices, sise au cœur de Beyrouth, fut ultérieurement nommée place des Martyrs, laquelle demeure de nos jours l'épicentre de l'expression politique publique au Liban. L'autorité ottomane fut irrémédiablement minée auprès de la population indigène à la suite de cet événement funeste. Durant les hostilités, les Ottomans réquisitionnèrent les denrées céréalières du Levant, déclenchant une disette cruelle. Cette pénurie entraîna la décimation de la moitié de la population du Mont-Liban. Les historiens Schilcher et Khalife évaluent de concert le nombre de trépassés dans la montagne à environ 200 000.
Patriarche Elias al-Huwayyik en 1899.
À la suite de la répression ottomane, l’exaspération des Arabes face à cette domination les contraignit, après l’éviction des Turcs du Levant à l’issue de la Première Guerre mondiale, à proclamer en 1920 l’indépendance et la souveraineté d’un territoire englobant le Liban. Cette proclamation fut émise sous les auspices du Congrès national syrien siégeant à Damas. À Beyrouth, la presse chrétienne marqua une hostilité patente à l’encontre des décisions de ce Congrès. Les nationalistes libanais, usant de la conjoncture critique, convoquèrent à Baabda une assemblée de notables chrétiens, laquelle proclama l’indépendance du Liban le . Néanmoins, ces déclarations demeurèrent sans effet sur le partage effectif de la région, lequel fut opéré entre les puissances victorieuses, le Royaume-Uni et la France, conformément aux stipulations de l’accord Sykes-Picot – pacte secret conclu entre ces deux États en 1916.
Les Maronites du Mont-Liban, sous l'égide du patriarche maronite Élias al-Huwayyik, exercèrent une pression impérieuse sur les autorités françaises afin que fut institué un Liban magnifié en tant que patrie chrétienne catholique. Le patriarche al-Huwayyik sut adroitement assimiler cette entité libanaise novice à la Phénicie antique, dans le dessein d'en exalter une idiosyncrasie singulière. Cette réminiscence phénicienne procédait d'un engouement européen pour l'idéalisation de l'Antiquité (Mission de Phénicie d'Ernest Renan,1864). Au sein du grand public, la reviviscence de la Phénicie et le concept d'un Liban distinct furent attisés par l'œuvre littéraire de Jibran Khalil Jibran. Ce dernier explicitait des sentiments d'oppression et de conflit avec la doxa religieuse établie, ainsi que des tensions interpersonnelles. Ces thématiques résonnèrent avec une acuité particulière au sein d'un Liban pluriconfessionnel. L'alliance, chez Jibran, d'une atmosphère chrétienne et d'une propension à l'ouverture envers les musulmans consolida le ferment nationaliste libanais. L'inclusion de Jibran dans les programmes scolaires au cours des années mil neuf cent vingt contribua à le constituer, de très loin, l'écrivain libanais le plus influent.
Le Grand Liban fut instituée au mois d’ par les autorités du mandat éphémère français sur la Syrie. Son périmètre s’étendait, au midi, du cap de Ra’s Naqura jusqu’aux abords du Nahr al-Kabir au septentrion de Tripoli, et de la frange côtière jusqu’aux contreforts de la chaîne de l’Anti-Liban. La délimitation de ce territoire procéda, pour partie, des instances du patriarche al-Huwayyik, lequel, encore affecté par les disettes sévères imposées sous la domination ottomane, plaidait avec insistance pour l’incorporation de la plaine de la Békaa, considérée comme le grenier principal de la région. Le mandat, dans son principe, voulait que la puissance administrante accompagnât les populations vers l’auto-détermination et fit rapport à intervalles réguliers de ses progrès devant la Société des Nations. Toutefois, il advint que l’exercice de ce mandat dévia sensiblement de ses fins déclarées. Les autorités françaises usèrent à maintes reprises de mesures coercitives, appréhendant et réprimant les individus et groupes se réclamant de l’autodétermination, contrecarrant ainsi par la force les velléités d’émancipation politique.
La France a entériné l'ordonnancement électoral qui avait cours au sein de l'ancienne vilayet ottomane du Mont-Liban, en instituant, dès 1922, un aréopage représentatif destiné au Grand Liban. Ce dispositif comprenait un scrutin en deux degrés, conférant le suffrage à tout homme adulte, et se structurait autour de circonscriptions plurinominales et pluricommunautaires, pérennisant ainsi l'équilibre qui prévalait au Mont-Liban jusqu'en 1914.
Le bref mandement (de à ) du tout premier Haut-Commissaire civil, le sénateur et publiciste français Henry de Jouvenel, se révéla capital au sein de l'historiographie de la République libanaise. Une instance représentative nouvellement élue devint le nœud gordien des contributions libanaises, et de Jouvenel lui conféra son soutien en tant qu'assemblée constituante de facto. Cette instance représentative délégua l'élaboration d'une charte fondamentale à un aréopage de douze membres. Le libellé reposait sur la notion d'un Grand Liban en tant que consortium confessionnel chrétien-musulman, circonscrit de son arrière-pays arabique. Les chevilles ouvrières de cet aréopage étaient des chrétiens non-maronites: Michel Chiha, le président orthodoxe Shibli Dammus et l'orthodoxe Petro Grad. Ils calquèrent l'ordonnance française de 1875, et de Jouvenel pressa l'instance représentative d'entériner le libellé en . Celle-ci prévoyait une république, un pouvoir exécutif partagé entre le président et le Premier ministre, un parlement s'articulant en deux chambres, une représentation multicommunautaire équitable et le Grand Liban comme ultime foyer de ses habitants.
Le traité conclu entre la France et le Liban en 1936 stipulait l’accession à une pleine souveraineté et l’adhésion à la Société des Nations sous un triennat. Toutefois, le Parlement français, alors à dominante conservatrice, rejeta sa ratification.
À la suite de l’instauration du régime de Vichy sur le territoire métropolitain en 1940, le général Henri Dentz fut désigné haut-commissaire au Levant, sur les mandats français du Liban et de la Syrie. Cette mutation politique majeure précipita, le , la démission du président libanais Émile Eddé. Le suivant, Dentz institua Alfred Naccache en qualité de président intérimaire, lui conférant un mandat éphémère de trois mois. Celui-ci prit fin avec la capitulation des forces vichystes stationnées dans les deux mandats devant les troupes alliées des Français libres et du Royaume-Uni. L’armistice fut consigné par acte signé à Saint-Jean-d’Acre le , mettant un terme aux hostilités. Cet événement permit la venue au Liban du général de Gaulle, actant la fin de l’autorité de Vichy dans la région.
Saisissant l'opportunité d'une concertation sur les questions de souveraineté et d'affranchissement, les édiles nationaux libanais s'avisèrent de solliciter de Gaulle afin qu'il met fin au mandat français et qu'il reconnût inconditionnellement l'indépendance du Liban. Sous l'effet d'une pression tant nationale qu'internationale, le général Georges Catroux (délégué général du gouvernement de De Gaulle) promulgua, au nom de son exécutif, l'indépendance de la nation libanaise le . Diverses puissances, telles les États-Unis, le Royaume-Uni, les États arabes, l'Union soviétique ainsi que plusieurs nations asiatiques, ratifièrent cette indépendance, et certaines d'entre elles dépêchèrent même des ambassadeurs à Beyrouth. Toutefois, cet état de fait ne prévalut pas pour obvier à l'exercice continu de l'autorité mandataire française.
Le , suite à l’intronisation de Béchara el-Khoury à la présidence et à la désignation de Riad al-Solh au ministériat, la Chambre des députés procéda à une révision de la Constitution libanaise. Cette modification abrogea les clauses afférentes au Mandat et altéra substantiellement les prérogatives du Haut-Commissaire, mettant de facto un terme unilatéral au régime mandataire. En représailles, les autorités françaises firent appréhender le président, le premier ministre ainsi que plusieurs membres du gouvernement et les firent transférer en un lieu de détention, l’ancienne citadelle de Rashaya. Cet épisode, en cristallisant une opinion publique chrétienne et musulmane unanime contre la tutelle étrangère, suscita une réprobation internationale pressante exigeant leur libération et engendra d’importantes mobilisations populaires dans l’espace public.
Gouvernement de Bechamoun
Bechara El Khoury (portrait officiel).
À la suite de l’incarcération des principaux responsables libanais, les députés se rassemblèrent en la demeure du président de l’Assemblée, Sabri Hamadé. Ils dévolurent les prérogatives exécutives aux deux ministres demeurés en liberté, l’émir Magid Arslane, ministre de la Défense nationale, et Habib Abou Chahla. Ceux-ci établirent leur siège à Bechamoun, où leur administration prit la dénomination de «Gouvernement de Bechamoun». Le gouvernement fut placé sous la sauvegarde des résidences de Hussein et Youssef El Halabi, notables influents de la localité. Ces demeures, dont l’implantation offrait un avantage stratégique, assuraient une protection optimale aux ministres.
Le gouvernement nouvellement constitué récusa tout pourparler avec le général Catroux ou quelque autre émissaire du mandat, arguant que les négociations devaient impérativement s’engager avec le gouvernement captif. Il instaura parallèlement une force de résistance militaire, dénommée «Garde nationale», placée sous les ordres de Naïm Moghabghab et secondée par Adib el Beainy ainsi que Munir Takieddine. Cette formation assuma la conduite de la lutte pour l’indépendance et forma subséquemment le noyau de l’Armée libanaise, institutionnalisée en 1946 sous le commandement de l’émir Majid et de Naïm Moghabghab.
À la suite de pressions populaires libanaises accrues et des instances de plusieurs nations, le gouvernement français se résolut, in fine, à ordonner la libération des détenus de la citadelle de Rachaya. Cet événement survint dans la matinée du lundi . Cette date fut subséquemment instituée comme fête nationale, commémorant la pleine accession du Liban à l’indépendance.
Célébrations sur la place des Martyrs à Beyrouth après la libération des dirigeants politiques libanais.
À la suite de pressions populaires libanaises accrues et des instances de plusieurs nations, le gouvernement français se résolut, in fine, à ordonner la libération des détenus de la citadelle de Rachaya. Cet événement survint dans la matinée du lundi . Cette date fut subséquemment instituée comme fête nationale, commémorant la pleine accession du Liban à l’indépendance.
Drapeau tel que dessiné et approuvé par les membres du Parlement libanais lors de la déclaration d'indépendance en 1943.
Période post-indépendance
À la suite de la proclamation d’indépendance, l’ordonnancement politique du Liban contemporain fut établi en l’an 1943 par un pacte tacite, demeuré d’abord non écrit, conclu entre les deux principaux chefs des communautés chrétienne et musulmane, Bechara el-Khoury et Riad al-Solh; cet arrangement reçut ultérieurement la dénomination de Pacte national (en arabe: al-Mīthāq al-waṭanī الميثاق الوطني).
Le Pacte national reposait sur quatre principes:
Le Liban devait être un État pleinement indépendant politiquement. Il ne s'engagerait pas dans des alliances menées par l'Occident et, en contrepartie, ne transigerait pas sur sa souveraineté avec les États arabes.
Le Liban aurait un visage arabe et un autre pour l'Occident, car il ne pouvait rompre ses liens spirituels et intellectuels avec ce dernier, qui l'avaient aidé à atteindre un degré de progrès aussi remarquable.
Sabri Hamadé et Majid Arslan avec le drapeau libanais Le Liban, en tant que membre de la famille des États arabes, devrait coopérer avec les autres États arabes chaque fois que cela est possible, et en cas de conflit entre eux, il ne devrait pas prendre parti pour un État contre un autre.
Les fonctions publiques devraient être réparties proportionnellement entre les groupes religieux reconnus, mais pour les postes techniques, la compétence devrait être privilégiée sans considération de confession. De plus, les trois plus hautes fonctions de l'État devraient être attribuées comme suit: le président de la République devrait être un maronite et le Premier ministre, un musulman sunnite. Le poste de président de la Chambre des députés a été réservé à un musulman chiite en 1947. Le ratio de députés devait être de six chrétiens pour cinq musulmans.