Conférence de San Remo

conférence internationale pour l'administration des territoires anciennement ottomans au Moyen-Orient, en avril 1920 From Wikipedia, the free encyclopedia

La conférence de San Remo est une conférence internationale qui a eu lieu du 19 au dans le château Devachan à Sanremo (selon la graphie actuelle), en Ligurie, sur la Riviera italienne, après la Première Guerre mondiale. Elle était constituée par le Conseil suprême de guerre, composé de représentants des Alliés — des Britanniques, Français, Italiens, Grecs, Japonais et Belges — et en continuation de la conférence de la paix de Paris.

La conférence dans le Château Devachan.
Les délégués à la conférence, Matsui Keishirō, Francesco Saverio Nitti, Vittorio Scialoja.
Procès-verbal de la conférence de San Remo.

La résolution de San Remo, adoptée le , détermine l'attribution des mandats de classe « A » de la Société des Nations, pour l'administration de trois territoires anciennement ottomans au Moyen-Orient, alors indéfinis : « Palestine », « Syrie » et « Mésopotamie ».

Un des enjeux essentiels de cette conférence est aussi la répartition, entre les vainqueurs de la guerre mondiale, de l’exploitation des importantes ressources pétrolières (industrie énergétique alors naissante) de la région.

Contexte

Les puissances occidentales, France et Royaume-Uni, décident de la fin de l’Empire ottoman en 1915 et de son partage par les accords Sykes-Picot (1916)[1].

Après la défaite ottomane (armistice de Moudros), l'essentiel du Levant est occupé par l'armée britannique (presque un million d'hommes sont présents dans l’ensemble des territoires arabes de l'Empire ottoman), ce qui rend difficile pour la France de réclamer sa part négociée pendant la guerre[2]. De leur côté, les Britanniques avaient décidé de ne respecter leurs engagements ni vis-à-vis des Français, ni vis-à-vis des Arabes[1].

Originellement attribués à la France lors des accords secrets de 1916[3], les champs pétroliers du Nord de la Mésopotamie sont un sujet de dissension entre la France et son allié britannique. Initialement d’un point de vue stratégique, le Royaume-Uni préférait une Haute Mésopotamie administrée par la France pour ne pas avoir une zone d'influence jouxtant celle de la Russie (réminiscences du Grand Jeu), tactique devenue sans objet en 1919-1920, après le reflux de l'influence russe dans le Caucase à la suite de la guerre civile russe. De plus, une prise de conscience de l'importance croissante du pétrole dans la marine pousse les Britanniques à revenir sur leurs promesses.

Les États-Unis d'Amérique de Wilson poussent à la reconnaissance du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes

De son côté, le mouvement sioniste tente de faire avancer sa cause, notamment en obtenant la déclaration Balfour de 1917 de l’Empire britannique et en négociant l’accord Fayçal-Weizmann de 1919[1].

Questions traitées

Attribution des mandats français et britanniques

Le , le Comité supérieur plaça la Palestine et la Mésopotamie (l’équivalent de l’Irak du début du XXIe siècle) sous un mandat du gouvernement britannique. Les Français reçurent un mandat sur la Syrie et le Liban. Ces différents mandats (sur des territoires précédemment ottomans), décidés durant la conférence de San Remo, ne furent mis en application par la SDN que lors du traité de Sèvres, quatre mois plus tard en .

Règlement de la question du pétrole de Mossoul

Après plusieurs tentatives de médiation, la France accepte le principe d'une gestion britannique de la riche région pétrolière de Kirkouk, sous réserve d'un intéressement de participation à hauteur de 25 % dans la Turkish Petroleum Company.

Le traité est signé à San Remo le , connu sous le nom d'« Accord sur les pétroles », règle une série de contentieux dans divers zones pétrolières. Il se compose de dix-huit articles et règle comme l'affirme l'article 2 les questions relatives à : « La Roumanie, L'Asie Mineure, les Anciens territoires de l'Empire russe, La Galicie, La Mésopotamie, les colonies françaises et les colonies de la couronne britannique »[4]. L'article 8 pose le principe d'une compagnie contrôlée par le Royaume-Uni, accordant à la France 25 % des ressources extraites au prix du marché, tandis que l'article 9 marque la possibilité pour le Royaume-Uni de construire un chemin de fer ainsi qu'un oléoduc pour acheminer le pétrole vers la Méditerranée en passant dans la sphère d'influence française. Finalement, deux oléoducs sont construits entre les champs de Kirkouk et la mer Méditerranée dans les années 1930, sous l’égide de Jules Mény, directeur général de la Compagnie française des pétroles (société renommée « Total » au XXIe siècle)[5]. La France s'engage à ne pas prélever de droits de douane sur le futur pétrole acheminé. L'accord final est paraphé par Lloyd Georges, John Cadman (en), Alexandre Millerand et Philippe Berthelot[6].

Dans les mémoires

Le traité est resté dans les mémoires, bien que de manière erronée selon Henry Laurens[1].

Son centenaire est célébré par Benyamin Nétanyahou comme à l’origine de la reconnaissance internationale de la légitimité d’un État juif en Palestine. Plusieurs déclarations vont dans le même sens. L’Italie avait également prévu une cérémonie officielle, annulée à cause de la pandémie de Covid-19[1].

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI