Joël LaBruyère
gourou, auteur-compositeur et écrivain
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Joël LaBruyère, né le à Rouen, est un auteur, compositeur et gourou, associé à des mouvements spiritualistes et identitaires en France. Il crée sous plusieurs pseudonymes, de nombreuses sectes, qui changent régulièrement de noms, telles que « l'Omnium des Libertés » ou le « Royaume elfique ». Il est principalement connu pour avoir été le « maître à penser » ou le « cerveau » d'une communauté installée à La Salvetat-sur-Agout, ainsi que le créateur et parolier du groupe musical d'extrême droite Les Brigandes[1],[2]. Ses activités et le fonctionnement de sa communauté ont fait l'objet de nombreuses enquêtes journalistiques dénonçant des dérives sectaires, des pressions sur le voisinage, et une enquête pour assassinat[3],[4]
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Biographie
L'Omnium des Libertés et le lobby prosecte
Joël Labruyère s'inspire de théories ésotériques, new age, conspirationnistes, antimondialiste, antisystème. Il est repéré par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) pour ses activités de gourou[5], en tant que militant prosectes[6]. Dans les années 2000, il se fait connaître en fondant le lobby « l'Omnium des Libertés », créé en 1998[7] et présentée comme une structure de défense des minorités spirituelles, après l'affaire de l'Ordre du Temple solaire[5],[8],[9]. Il y développe une critique des institutions françaises et de leur politique de lutte contre les dérives sectaires, utilisant le terme de « biocratie » pour désigner le système qu'il combat.
Fondation de multiples structures sectaires
Au début des années 2000, il attire une vingtaine de personnes autour de croyances syncrétiques et eschatologiques[10]. Il fonde successivement plusieurs structures, telles que le C.R.O.M. (Centre De Recherches Sur L’Ordre Mondial) en 2010, devenu « Novapolis » en 2014[7],[11]. Pendant 20 ans, sous des pseudonymes (Elihoé, Mister Kevin ou Joël Barka), il crée et change régulièrement de dénominations ses structures, qui deviennent « le Nouvel Ordre mondial », « l’île Blanche », « La Base », le « Royaume elfique », la « Nation libre », la « Communauté de la Rose et de l’épée »[10],[12]. Il déménage régulièrement avec ses groupes sectaires dans l’Orne, en Espagne, en Italie, dans les Pyrénées[10].
Installation à Salvetat-sur-Agou
À partir du printemps 2015 sous son influence, s'installe une communauté d'une vingtaine de personnes, dénommée « La Nation Libre », à La Salvetat-sur-Agout, commune située dans la montagne noire près de Béziers (Hérault)[6],[13],[14],[15],[16],[17],[9] , [18]Cette installation provoque des tensions avec la population locale, et les riverains et les autorités locales expriment à plusieurs reprises leur inquiétude face à la présence de ce groupe identitaire[13],[19], ce qui a conduit à une surveillance accrue et des reportages sur l'ambiance au sein du village[14],[20].
À la rentrée 2017, dénonçant le travail de l'Éducation nationale comme un « viol psychique de masse », et après qu'une des femmes de la secte ait brulé un manuel scolaire, considéré comme un « outil de propagande », le groupe déscolarise ses enfants[13],[3],[10].
Le groupe change plusieurs fois de nom, s'appelant tour à tour « Nation Libre », puis « le Royaume Elfique », puis « Le Clan des Brigandes », et , depuis 2019 la « Communauté de la rose et de l'épée »[18],[8],[21],[11].
Les Brigandes
Joël LaBruyère est le fondateur, parolier et mentor du groupe musical féminin Les Brigandes[2],[22],[9]. Le groupe, dont les membres apparaissaient masquées, diffusait des chansons aux thèmes identitaires, anti-immigration et hostiles à la République[2],[23]. Leur chaîne YouTube, très active, a été supprimée en 2019[24]. Le groupe a bénéficié de soutiens dans les milieux d'extrême droite, notamment de la part de Jean-Marie Le Pen[23],[25]. De 2015 à 2021, les Brigandes sortent douze albums[26] comprenant 144 chansons, accompagnés de la diffusion d'une centaine de clips[26],[20]. Le groupe annonce sa dissolution en et prennent le nom « Vanadis »[8],[26],[10]. Pour justifier sa dissolution, le groupe avance la crise sanitaire qui perdure en France et une exposition médiatique défavorable[8],[26]. Le groupe envisage de se réorganiser autrement[26]. Selon l'hebdomadaire Marianne, Joël Labruyère, meneur des Brigandes et gourou de la Communauté de la rose et de l'épée, mettrait fin au développement d'une stratégie de construction d'alliances politiques qu'il a mise au point en créant le groupe, déclarant dans un communiqué : « nous envisageons de nous réorganiser sous la forme d’un réseau plus dispersé et moins visible pour s’adapter aux temps difficiles à venir. »[8]. Les observateurs notent que la communauté reste active sous d'autres formes[26],[27].
Controverses
La communauté dirigée par Joël LaBruyère a été au cœur de graves polémiques.
Dérives sectaires
Des dérives sectaires sont dénoncées. Plusieurs témoignages, notamment d'anciens membres, décrivent un système d'emprise psychologique et de rupture familiale[4]. En , Louis-Henri de La Rochefoucauld, critique musical du magazine Technikart et premier journaliste non issu de la « réacosphère » à les avoir rencontrées[2], réalise un reportage sur les Brigandes, qu'il présente comme une formation non assimilable à l'extrême droite classique. L'article décrit les membres du groupe comme des personnes qui « planent ailleurs », et vivent avec leurs compagnons dans une communauté fermée d'une vingtaine de personnes où « personne ne travaille vraiment » et où tous les biens sont mis en commun. Le journaliste s'interroge par ailleurs sur le rôle joué par leur directeur artistique, Joël Labruyère, un sexagénaire qui fait figure de « gourou »[1].
La communauté est rapidement placée sous la surveillance de la Direction centrale du renseignement intérieur[12].
Directeur de la rédaction du journal d'extrême droite Rivarol, Jérôme Bourbon, qui a d'abord été favorable à la communauté des Brigandes, la qualifie, après enquête, de « secte à l'état sauvage ». Au printemps 2016, un article de son journal fait état du caractère sectaire de la communauté des Brigandes[5]. En , Antoine Duvivier, un membre du groupe, frappe Jérôme Bourbon après qu'il a refusé de retirer ses accusations sur le groupe[28],[9]. Antoine Duvivier affirme quant à lui être venu au départ pour parler à Jérôme Bourbon[28],[9].
En septembre de la même année, Rue89 réalise à son tour un reportage sur la communauté des Brigandes, où les membres du groupe expliquent leur affiliation à l'extrême droite par le fait qu'il s'agirait du « seul créneau contestataire qui reste pour provoquer l’ordre établi » et car « elle représente un certain sens de la normalité, de la moralité, un ordre naturel »[5],[9].
Dans un article paru en , sur le site Rue 89, Annick Lovinfosse, une ancienne Brigande, interrogée par la journaliste Nolwenn Le Blevennec décrit Joël Labruyère comme « un occultiste assez puissant », « un mage » capable de faire trembler un immeuble et, à distance, de bloquer les trains et de faire éprouver à ses adversaires d'intenses malaises physiques[9].
Selon le compte rendu du conseil municipal du de La Salvetat-sur-Agoût, la préfecture de l'Hérault identifie comme une secte la communauté dont font partie Les Brigandes[29]. Cependant, le procureur de la République et la préfecture de l'Hérault déclarent en qu'« il n'y a pas de preuve tangible que Les Brigandes relèvent d'un phénomène sectaire »[23]. En , le préfet de l'Hérault dit que le groupe « ne se distingue pas par des désordres particuliers » et a des relations « tout à fait apaisées » avec le maire[24].
Rodolphe Bosselut, avocat représentant plusieurs anciens membres de la Communauté de la rose et de l'épée, rapporte en 2021 que Labruyère déclare être « le chef militaire autoproclamé d'un royaume elfique et croit être la réincarnation de grandes figures historiques comme Gengis Khan »[8]. Rodolphe Bosselut dépose deux plaintes, notamment pour travail dissimulé, en 2015 et en 2016, contre Joël LaBruyère, expliquant qu'il « a réussi à imposer son emprise sur les membres du groupe grâce à un processus de conditionnement classique passant de la phase de séduction de l’adepte à celle de la destruction de leur personnalité (...) Il a usé de la fragilité affective ou émotionnelle des adeptes, de leur soif d’absolu ou d’engagement. » Il pointe aussi le travail fourni, sans aucune rémunération et « avec des horaires permettant l’abrutissement, sept jours sur sept »[8]. Le groupe vit sous le contrôle absolu de LaBruyère : journées dévolues à diverses tâches attribuées en fonction de la place hiérarchique de chacun, repas en commun où tous écoutent les monologues de Labruyère[10]. Labruyère recompose les couples au fur et à mesure et sépare les enfants de leurs parents[10].
En , une enquête du Parisien décrit Joël Labruyère comme étant derrière les Brigandes et comme un « gourou ésotérique connu comme le loup blanc des associations de lutte antisectes » ; Serge Blisko, directeur de la MIVILUDES, déclare que « cette communauté montre des signes d'emprise chez ses membres »[3]. Il évoque un « groupe sectaire comme on en faisait autrefois. Fonctionnant en circuit fermé, centré sur une personne physique »[9]. LaBruyère serait un gourou « très typique : mélange de séduction, d'humiliation, avec une habilité à repérer les réticences et les vulnérabilités particulières »[9].
Des proches de LaBruyère, et anciennes membres des brigandes, fondent en 2020 un groupe scolaire hors contrat, « L’école de l’Arche », située dans le château de Pontarmé dans l’Oise[30],[31]. Plusieurs parents signalent des dysfonctionnements et des craintes de dérives sectaires au rectorat et à la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires[30],[32],[31]. En , la préfecture de l’Oise procéde à la fermeture administrative du collège et du lycée privée[33]. L’école Montessori, fondée en 2022 à Mortefontaine par les mêmes personnes, reste ouverte, tout en étant placée sous surveillance[33],[31].
Réponses du groupe
Face à ces accusations, Joël LaBruyère et son entourage ont régulièrement nié les faits, organisant leur défense médiatique depuis La Salvetat[15]. En réaction, le groupe Les Brigandes publie un communiqué vidéo, très virulent à l'encontre des journalistes, dans lequel il dénonce une « propagande » et un « acharnement médiatique » dont il serait la victime[22]. Joël Labruyère et le groupe des Brigandes déclarent d'ailleurs porter plainte pour diffamation contre certains médias ayant relayé ces accusations[15].
En , une membre du groupe a été convoquée devant une commission d'enquête parlementaire sur les groupuscules d'extrême droite en France. Elle met en avant, dans son discours de défense, la liberté d'expression et affirme que l'activité du groupe est légale et apolitique[22],[34]. Les Brigandes se vantent d'avoir été le seul groupe musical à avoir été convoqué par l'Assemblée nationale pour se justifier des chansons devant une commission d'enquête parlementaire[26].
Le groupe des Brigandes se défend de l'accusation de secte en se définissant comme un « clan », et en affirmant que le terme de « secte » est utilisé « pour diaboliser »[25].
Procédures judiciaires
Plaintes d'anciens adeptes
En , une plainte collective est déposée dans les Hautes-Pyrénées par cinq ex-adeptes qui accusent Joël Labruyère d'emprise, d’abus de faiblesse, de travail dissimulé et de violences volontaires[12] et est instruite à Tarbes[5],[13]. En 2025, le parquet de Tarbes requiert un non-lieu, la justice peinant à établir des preuves suffisantes[35],[36]. Rodolphe Bosselut, avocat de l'Unadfi, évoque un dossier « hélas typique de la sidération qui saisit parfois l'institution judiciaire face aux dérives sectaires » ; « J'ai l'impression que le barnum autour du groupe musical a agi comme le cache-misère de la réelle situation d'emprise au sein du groupe »[36].
Plaintes pour menaces et agressions à Salvetat-sur-Agou
Thierry Canals, un habitant de la commune militant de La France insoumise[13], porte plainte contre elles pour agression verbale (un « torrent d'insultes »)[37] et menace physique[3],[38],[39]. La situation crée des divisions et une ambiance « délétère » dans le village qui les abrite[14],[3]. Les Brigandes auraient également menacé un journaliste de lemouvement.info[40]. Un autre habitant voisin, Christophe Pourprix, lance une pétition, recueillant 14 000 signatures, demandant aux pouvoirs publics leur intervention contre le groupe ; il porte également plainte pour menaces[13],[3]. D'après le journal La Croix en , « cinq plaintes d’anciens membres ont été déposées en 2015 auprès du procureur de la République de Tarbes, Les Brigandes ayant été précédemment installées à Argelès-Gazost, dans les Hautes-Pyrénées. Elles visent des faits d’abus de faiblesse, de travail dissimulé, de menaces de mort et de violences. »[41]. En , les plaintes n'ont toujours pas donné de suite[8].
Accusation d'assassinat
En , l'hebdomadaire L'Obs publie une enquête de Nolwenn Le Blevennec, dans laquelle elle signale la mort, en 2011, d'une femme souffrant d'un cancer de l'utérus et appartenant à la communauté « la Nation Libre » ; Joël LaBruyère l'aurait encouragée à ne pas se soigner, à jeûner, et l'aurait isolée dans un cabanon[42],[4],[43]. Annick Lovinfosse, ancienne membre des Brigandes, affirme que deux femmes appartenant au groupe auraient « étouffé » la personne décédée[44],[45],[46],[47]. Cette nouvelle enquête vaut à la journaliste des menaces et des insultes, notamment de la part de Joël Labruyère[45], qui affirme que le témoin présumé est une « malade hystérique »[42]. Des Enquêtes judiciaires sont enclenchées, suite à cette mort suspecte et mène à l'ouverture d'une enquête pour « assassinat » en Belgique en 2020, braquant les projecteurs sur la gestion interne du groupe[42],[44],[45],[22]. En , L'Obs révèle que « depuis , une instruction belge est en cours « à charge de X pour assassinat » visant la secte de Joël Labruyère, qui abrite le groupe musical des Brigandes. »[42],[17],[48].
Publications
Il publie plusieurs ouvrages[49],[50], dont :
- État inquisiteur - Spiritualité en danger, Joël LaBruyère, les Éd. des 3 monts, 1999
- La sectophobie : témoignages de la chasse aux sorcières en France à l'aube du XXIe siècle / Joël Labruyère, les Éd. des 3 monts, 2001
- Alerte aux sectes ! : lorsqu'une personne que l'on aime rejoint un groupe que l'on n'aime pas, que faire ? / Foundation for religious freedom ; [trad. de l'américain par Joël Labruyère], Omnium éd., 2002
- Révolte contre l'ordre mondial / Joël Labruyère, Éd. l'Île blanche, 2011
- Kali Yuga: Lumière sur la civilisation de l'âge Noir, Joël LaBruyère, Éd. l'Île blanche, 2011-2012
- La nation libre : écrits pour une nouvelle civilisation / Joël LaBruyère, Barka éditions, 2020
- "Undercover" : articles parus entre 2002 et 2007 / Joël LaBruyère, Éd. révisée, Barka éditions, 2020