Jugement majoritaire

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Le jugement majoritaire est un mode de scrutin inventé par deux chercheurs français du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Michel Balinski et Rida Laraki[1]. Il repose sur une théorie mathématique publiée en 2007 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences[2] et développée dans un livre paru chez MIT Press en 2011[3]. Le jugement majoritaire est une des méthodes de vote permettant de contourner le résultat du théorème d'impossibilité d'Arrow (1951) en théorie du choix social[4].

Le jugement majoritaire est une méthode de vote par valeurs (les électeurs attribuent une mention à chaque candidat et peuvent attribuer la même mention à plusieurs candidats) pour laquelle la détermination du gagnant se fait par la médiane plutôt que par la moyenne.

Contrairement aux méthodes utilisant la moyenne, le jugement majoritaire utilise des échelles de mentions verbales plutôt que numériques pour évaluer les candidats. Cette possibilité permet, d'après les inventeurs du jugement majoritaire[5], d'offrir aux électeurs des mentions dont les acceptions sont plus homogènes parmi les électeurs.

Cette méthode est propulsée en France par l’association MieuxVoter. Elle propose sur son site Internet aux visiteurs d’organiser des votes à partager sur n’importe quelle question.

Le jugement majoritaire présente trois caractéristiques fondamentales :

  • c'est un vote par valeurs : il est proposé aux électeurs d'évaluer les candidats en attribuant des mentions (par exemple : 'très bien', 'bien', 'assez bien', 'passable', 'insuffisant', 'à rejeter'), plusieurs candidats pouvant se voir attribuer la même mention,
  • à l'intérieur de la catégorie des votes par valeurs le jugement majoritaire se distingue par l'utilisation de la notion de médiane pour déterminer le vainqueur,
  • c'est un mode de scrutin qui ne nécessite qu'un seul tour.

Les méthodes par évaluation présentent[6] plusieurs avantages :

  • l'électeur pouvant évaluer indépendamment tous les candidats, le dilemme du vote utile disparaît,
  • le gagnant ne change pas si un perdant est ajouté ou retiré du scrutin (le scrutin exclut le paradoxe d'Arrow, illustré par exemple par l'élimination de Jospin au 1er tour de la présidentielle de 2002 du fait de la présence de nombreux candidats mineurs de gauche comme Christiane Taubira ou encore Jean-Pierre Chevènement). Ainsi, la pratique qui consiste à susciter un candidat dans le camp adverse pour diviser ses voix ne représente plus aucun avantage stratégique,
  • l'électeur pouvant utiliser une mention telle que 'à rejeter' ou 'insuffisant', il peut ainsi exprimer un désaccord sur la proposition d'un, de plusieurs, voire de tous les candidats autrement que via une abstention, un vote blanc ou un vote nul,
  • l'électeur peut s'exprimer de manière d'autant plus nuancée que l'échelle de valeurs proposée est fine,
  • à l'issue du vote, chaque candidat dispose d'un 'profil de mérite' constitué des proportions des différentes mentions attribuées par les électeurs. L'ensemble des profils de mérite donne une image des opinions des électeurs, ce qui permet de connaître le type de soutien dont bénéficie le ou les candidats élus.

Principe de la médiane

L'utilisation de la médiane dans la détermination du vainqueur est une caractéristique importante du jugement majoritaire dans la catégorie des méthodes de vote par valeur. La médiane est peu sensible aux opinions extrêmes[7], et prend donc mal en compte les préférences fortes. Ceci est considéré comme un avantage par les promoteurs de cette méthode, puisqu'elle est peu sensible au vote stratégique par exagération des préférences[8].

Vote

L'électeur attribue à chaque candidat une mention verbale parmi une échelle commune à tous, du type :

Très bienBienAssez bienPassableInsuffisantÀ rejeter
Candidat AX
Candidat BX
Candidat CX
Candidat DX
  • Un électeur peut donner la même mention à plusieurs candidats.
  • Les candidats non évalués reçoivent la mention « À rejeter. »

Dépouillement

Au décompte, on totalise pour chaque candidat les appréciations reçues et on présente la part que chaque appréciation représente dans les votes exprimés. C'est son « profil de mérite » :

Candidat Très Bien Bien Assez Bien Passable Insuffisant À Rejeter TOTAL
A 17,42 % 21,28 % 19,71 % 9,12 % 17,63 % 14,84 % 100 %
B 17,05 % 20,73 % 12,95 % 13,42 % 11,58 % 24,27 % 100 %
C 10,00 % 10,00 % 15,00 % 15,00 % 25,00 % 25,00 % 100 %

Cela se présente graphiquement sous la forme d'un histogramme cumulé dont le total correspond à 100 % des voix exprimées :

   
  Point médian
A
 
B
 
C
 

On détermine pour chaque candidat sa « mention majoritaire » : il s'agit de l'unique mention qui obtient la majorité absolue des électeurs contre toute mention inférieure, et la majorité absolue ou l’égalité contre toute mention supérieure[9]. Plus concrètement, on suppose qu'on a ordonné les électeurs suivant la mention donnée au candidat (de la plus mauvaise à la meilleure), lorsque le nombre d’électeurs est impair de la forme 2N+1, la mention majoritaire est la mention attribuée par l’électeur N+1, et lorsque le nombre d’électeurs est pair de la forme 2N, la mention majoritaire est la mention attribuée par l’électeur N.

Ce mode de sélection signifie que la majorité absolue (strictement plus de 50 %) des électeurs jugent qu'un candidat mérite au moins sa mention majoritaire, et que la moitié ou plus (50 % ou plus) des électeurs jugent qu'il mérite au plus sa mention majoritaire, ce qui ressemble à la notion de médiane.

Balinski et Laraki précisent cependant que l'on doit bien parler de « mention majoritaire » et non de « mention médiane », car la notion de « mention médiane » n'a pas de sens lorsque le nombre d'électeurs est pair[9] (cas du candidat C dans l'exemple).

Dans l'exemple, la mention majoritaire des candidats A et B, indiquée par le point médian à 50 %, est « Assez bien », et la mention majoritaire du candidat C est « Insuffisant ».

Le candidat élu est un candidat qui obtient la meilleure mention majoritaire.

Départage des égalités

Avec les systèmes de vote usuels, quand il y a beaucoup d'électeurs, l'égalité de score entre deux candidats est rare. Au contraire, il est fréquent que plusieurs candidats aient la même mention majoritaire (notion de médiane) ; s'il y a plus de candidats que de mentions, c'est même inévitable. La question du départage est donc importante. Quand deux candidats ont la même mention majoritaire, le jugement majoritaire cherche à ce que le candidat qui est le plus près d'avoir une autre mention soit départagé selon cette mention. Ultérieurement au jugement majoritaire, d'autres règles de départage ont été développées, qui définissent d'autres méthodes de meilleure médiane présentant d'autres propriétés intéressantes.

On présente dans cette section deux méthodes équivalentes[10] pour départager des candidats ayant obtenu la même mention majoritaire selon la règle de départage du jugement majoritaire. On peut utiliser librement l'une ou l'autre, elles donneront dans tous les cas le même résultat.

Méthode récursive de retrait du vote médian

La méthode originelle de départage du jugement majoritaire proposée par Balinski et Laraki est une méthode récursive[3],[9]. Pour départager des candidats ayant obtenu la même mention majoritaire, on enlève le vote de l'électeur ayant permis de déterminer cette mention majoritaire (qui correspond à l'électeur « médian » lorsque le nombre d'électeurs est impair), et on détermine la nouvelle mention majoritaire de ces candidats (le nombre d'électeurs a donc diminué de un). Les électeurs sont siphonnés un à un par le milieu de l’histogramme.

Un candidat gagne face aux autres candidats s'il obtient ainsi une meilleure mention qu'eux, et un candidat perd face aux autres candidats s'il obtient ainsi une moins bonne mention qu'eux. On répète ainsi de suite ce procédé jusqu'à avoir départagé tous les candidats à égalité, en enlevant à chaque fois le vote du nouvel électeur ayant permis de déterminer la nouvelle mention majoritaire des candidats. Si après toutes ces étapes une égalité persiste entre plusieurs candidats, c'est qu'ils ont obtenu exactement la même répartition de votes.

Exemple

Prenons par exemple 5 électeurs qui ont attribué à deux candidats E et F les mentions suivantes (ordonnées de la moins bonne à la meilleure) :

CandidatPire mention obtenue2e pire mention obtenue3e pire mention obtenue4e pire mention obtenueMeilleure mention obtenue
EInsuffisantPassablePassableAssez bienAssez bien
FPassablePassablePassableAssez bienAssez bien

Alors la mention majoritaire de E et F (en orange dans le tableau ci-dessus) est « Passable » : ils sont donc à égalité, et on enlève ce vote médian (en orange) pour les départager. Cela donne :

CandidatPire mention obtenue2e pire mention obtenue3e pire mention obtenueMeilleure mention obtenue
EInsuffisantPassableAssez bienAssez bien
FPassablePassableAssez bienAssez bien

Ils obtiennent encore tous deux la même mention majoritaire « Passable ». N'ayant pas réussi à les départager, on continue le procédé :

CandidatPire mention obtenue2e pire mention obtenueMeilleure mention obtenue
EInsuffisantAssez bienAssez bien
FPassableAssez bienAssez bien

Ils obtiennent tous deux la même mention majoritaire « Assez bien », on continue alors le procédé :

CandidatPire mention obtenueMeilleure mention obtenue
EInsuffisantAssez bien
FPassableAssez bien

Après toutes ces étapes, le candidat E obtient comme mention majoritaire « Insuffisant », et le candidat F obtient « Passable ». La mention majoritaire de F étant meilleure que celle de E, F gagne face à E.

Ainsi, E et F ont la même mention majoritaire « Passable », et la méthode de départage du jugement majoritaire nous a permis de déterminer que F gagne face à E.

Méthode des groupes d'insatisfaits

Adrien Fabre propose une autre méthode de départage, équivalente à la première, qui permet de départager les candidats par le calcul[10]. On calcule, pour chaque candidat à départager :

  • Le pourcentage d'électeurs attribuant strictement plus que la mention majoritaire commune (le pourcentage de partisans du candidat) ;
  • Le pourcentage d'électeurs attribuant strictement moins que la mention majoritaire commune (le pourcentage d'opposants du candidat).

Si le plus grand pourcentage de tous les partisans et opposants est un groupe de partisans, ce candidat gagne immédiatement face aux autres candidats de même mention majoritaire. Si le plus grand pourcentage de tous est un groupe d’opposants, ce candidat est éliminé et il faut chercher le prochain plus grand pourcentage.

Dans l'exemple de présentation, les candidats A et B ont la même mention majoritaire « Assez bien », il faut donc les départager. Ici, le plus grand groupe d'insatisfaits correspond aux opposants de B (49,27 % des électeurs estiment que B mérite une mention strictement inférieure à « Assez bien »), donc B perd face à A (et par conséquent A est élu, car seul candidat encore en lice). Sur l'histogramme, on voit graphiquement que la zone jaune du profil de mérite de B est très proche de la médiane, ce qui signifie qu'il est très proche de la mention « Passable ».

CandidatVotes pour des
mentions
supérieures
Mention
majoritaire
Votes pour des
mentions
inférieures
A38,70 %Assez Bien41,59 %
B37,78 %Assez Bien49,27 %

Il peut y avoir égalité du pourcentage de partisans ou d’opposants entre plusieurs candidats. Si la plus grande valeur calculée n'est pas unique et est égale à la fois à un pourcentage de partisans et à un pourcentage d'opposants, on donne raison au groupe d'opposants, qui détermine alors le résultat. Si la plus grande valeur calculée correspond au pourcentage de partisans de plusieurs candidats, alors ils battent les autres candidats encore à égalité et une étape supplémentaire est nécessaire pour les départager. Si la plus grande valeur calculée correspond au pourcentage d'opposants de tous les candidats encore à égalité, alors une étape supplémentaire est nécessaire pour les départager.

Si plusieurs candidats ayant la même mention majoritaire n'ont pas pu être départagés, on les départage avec la même méthode, en remplaçant, pour tous les candidats encore à égalité, le groupe commun (de partisans ou d'opposants) par ses successeurs :

  • Si les candidats à égalité ont le même pourcentage de partisans, alors on reprend le calcul en remplaçant les partisans de chaque candidat par leurs successeurs, c'est-à-dire par les électeurs ayant attribué strictement plus que la mention majoritaire commune + 1.
  • Si les candidats à égalité ont le même pourcentage d'opposants, alors on reprend le calcul en remplaçant les opposants de chaque candidat par leurs successeurs, c'est-à-dire par les électeurs ayant attribué strictement moins que la mention majoritaire commune - 1.

On départage ainsi de suite les candidats encore à égalité, en remplaçant récursivement à chaque étape, pour tous les candidats à départager, le groupe commun par ses successeurs. Si après toutes ces étapes une égalité persiste entre plusieurs candidats, c'est qu'ils ont obtenu exactement la même répartition de votes.

Exemple

Prenons par exemple une élection à 6 votants où les candidats E et F ont reçu les proportions de vote suivantes (pour simplifier l'explication, les pourcentages sont exprimés en fractions) :

Candidat À Rejeter Insuffisant Passable Assez Bien Bien Très Bien
E 0 0
F 0 0 0

Les deux candidats E et F obtiennent la mention majoritaire « Passable », on doit donc les départager.

  1. La proportion de partisans de E est 3/6 (>= « Assez bien ») et sa proportion d'opposants est 1/6 (<= « Insuffisant ») ; la proportion de partisans de F est 3/6 et sa proportion d'opposants est 1/6. La plus grande valeur est 3/6 et correspond à la proportion de partisans de E et F qui sont alors encore à égalité, donc on reprend le calcul en remplaçant leurs partisans par leurs successeurs.
  2. La nouvelle proportion de partisans de E est 1/6 (>= « Bien ») et sa proportion d'opposants reste 1/6 (<= « Insuffisant ») ; la nouvelle proportion de partisans de F est 0 et sa proportion d'opposants reste 1/6. La plus grande valeur est désormais 1/6 et correspond à la fois aux partisans de E, aux opposants de E et aux opposants de F. On donne raison aux groupes d'opposants, E et F sont donc encore à égalité et on reprend le calcul en remplaçant leurs opposants par leurs successeurs.
  3. La proportion de partisans de E reste 1/6 (>= « Bien ») et sa nouvelle proportion d'opposants est 1/6 (<= « À rejeter ») ; la proportion de partisans de F reste 0 et sa nouvelle proportion d'opposants est 0. La plus grande valeur est désormais 1/6 et correspond à la fois aux partisans de E et aux opposants de E. On donne raison au groupe d'opposants, donc E perd face à F.
Proportion de partisans et d’opposants aux différentes itérations.
Tour 1 1, 2 2, 3 3
Candidat Partisans

>=Assez bien

Opposants

<=Insuffisant

Partisans

>=Bien

Opposants

<=À rejeter

E
F 0 0

Ainsi, E et F ont la même mention majoritaire « Passable », et la méthode de départage du jugement majoritaire nous a permis de déterminer que F gagne face à E.

Le bulletin

Balinski et Laraki argumentent que l'échelle de mesure sur le bulletin doit être verbale, limitée à six mentions (plus ou moins une mention, soit d'un minimum de 5 à un maximum de 7 niveaux), et qu'elle soit commune à tous les électeurs (d'où la terminologie « langage commun » dans leurs travaux).

Ils insistent sur le fait que le bulletin de vote doit demander explicitement aux électeurs de répondre à une question précise, par exemple: « Pour présider la France, ayant pris tous les éléments en compte, je juge en conscience que ce candidat serait : »[11]. Une question doit être posée pour chaque élection et chaque mode de scrutin. Sans cette question, chaque électeur répond à ses questions personnelles et alors la somme des votes n'a pas de sens.

Sondages d'opinion

En avril 2011[12], décembre 2021[13] et mars 2022, l'institut OpinionWay a réalisé des sondages pour tester les candidats aux élections présidentielles de 2012 et 2022. La colonne "1er tour" indique les intentions de vote au premier tour sous le scrutin uninominal majoritaire utilisé d'ordinaire, d'après le même sondage.

Sondage OpinionWay du 6-7 avril 2011

Sondage OpinionWay du 6-7 avril 2011
Candidat Ex TB B AB P I àR Graphe Mention 1er tour (sondages du 6-7 avril 2011)
Martine Aubry (PS) 8,2 12,9 17,0 12,6 19,6 11,4 18,4
 
Assez Bien – 22%
Jean-Louis Borloo (PRV) 2,2 6,2 15,3 22,3 19,6 15,9 18,5
 
Passable + 8%
Dominique de Villepin (RS) 2,0 5,8 11,9 20,4 20,7 17,4 21,9
 
Passable + 4%
François Bayrou (MoDem) 1,2 4,7 12,8 19,2 26,1 16,6 19,3
 
Passable + 9%
Eva Joly (EELV) 3,2 4,7 7,4 14,5 20,3 19,0 30,9
 
Passable – 2%
Nicolas Sarkozy (UMP) 4,1 8,7 11,1 9,5 13,5 11,8 41,3
 
Insuffisant + 19%
Jean-Pierre Chevènement (MRC) 0,5 1,1 5,8 12,9 22,8 24,7 32,2
 
Insuffisant + 7%
Jean-Luc Mélenchon (FG) 1,3 2,7 5,0 11,2 16,5 21,4 41,8
 
Insuffisant – 4%
Olivier Besancenot (NPA) 0,8 1,7 6,9 9,9 16,1 20,4 44,2
 
Insuffisant – 3%
Nicolas Dupont-Aignan (DLR) 0,5 1,4 2,7 7,0 13,9 27,7 46,7
 
Insuffisant – 1%
Nathalie Arthaud (LO) 0,1 0,9 3,4 7,7 13,7 26,1 48,0
 
Insuffisant – 1%
Marine Le Pen (FN) 6,8 6,5 7,0 7,2 7,8 9,3 55,6
 
À Rejeter 21%

Sondage OpinionWay du 8-9 décembre 2021

Sondage OpinionWay du 8-9 décembre 2021
Candidat Ex TB B AB P I àR Graphe Mention 1er tour (sondages du 8-9 décembre 2021)
Valérie Pécresse (LR) 4 10 15 17 17 13 24
 
Passable + 17%
Emmanuel Macron (LREM) 7 12 14 10 14 11 32
 
Passable ± 25%
Arnaud Montebourg (DVG) 1 2 7 11 20 26 33
 
Insuffisant + 1%
Yannick Jadot (EELV) 1 4 7 11 17 24 36
 
Insuffisant + 8%
Anne Hidalgo (PS) 1 3 7 9 17 20 43
 
Insuffisant – 5%
Fabien Roussel (PCF) 1 2 3 7 16 28 43
 
Insuffisant – 2%
Nicolas Dupont-Aignan (DLF) 2 3 6 9 15 20 45
 
Insuffisant – 2%
Marine Le Pen (RN) 8 9 9 8 10 9 47
 
Insuffisant – 16%
Christiane Taubira (DVG) 3 3 7 10 12 17 48
 
Insuffisant – 2%
Nathalie Arthaud (LO) 0 1 3 7 16 24 49
 
Insuffisant – <1%
Philippe Poutou (NPA) 1 2 4 6 12 23 52
 
À Rejeter 2%
Jean-Luc Mélenchon (LFI) 4 3 7 7 12 14 53
 
À Rejeter 8%
Éric Zemmour (REC) 6 7 6 6 7 7 61
 
À Rejeter 12%

Ce sondage présente comme celui de 2011 l'intérêt d'avoir été réalisé en parallèle avec un sondage classique, effectué selon le mode de scrutin majoritaire à deux tours en vigueur. On relève que :

  • la corrélation est assez faible entre les intentions de vote exprimées et le choix au jugement majoritaire : Arnaud Montebourg, crédité par les mêmes personnes de 1 % des intentions de vote, monte par exemple en 3e position selon le jugement majoritaire ;
  • les sondés se montrent favorables à 65 % à une adoption de ce mode de scrutin à l'avenir ; ceci est vrai de toutes les catégories de la population, quels qu'en soient la profession, l'âge ou le genre ; la faveur est toutefois plus élevée chez les 18-24 ans (75 %), et légèrement moindre chez les 25-34 ans (59 %) et les plus de 65 ans (61 %)[13] ;
  • les sondés se montrent plus favorables au jugement majoritaire sur les marges de l'échiquier politique qu'en son centre : 83 % pour les électeurs LFI, 79 % chez ceux du RN, contre 65 à 66 % chez les électeurs de centre-gauche, et 56 % pour ceux de LR[13]. Ceci est paradoxal, confronté aux résultats du jugement majoritaire : Valérie Pécresse (LR) en est la principale bénéficiaire en remontant de la 2e à la 1re position, suivi par les candidats du centre et de gauche, alors que Marine Le Pen (RN) y recule de la 3e à la 8e position et Jean-Luc Mélenchon de la 5e à la 12e position.

Sondage OpinionWay-MieuxVoter du 30-31 mars 2022

Sondage OpinionWay-MieuxVoter du 30-31 mars 2022[14]
Candidat Ex TB B AB P I àR Graphe Mention 1er tour (sondages OpinionWay du 30-31 mars 2022)
Emmanuel Macron (LREM) 7,4 11,3 17,3 11,0 14,7 8,5 29,8
 
Passable + 27%
Marine Le Pen (RN) 10,3 10,3 13,1 9,5 10,5 10,3 36,0
 
Passable – 21%
Valérie Pécresse (LR) 2,7 5,4 7,5 16,4 20,5 19,8 27,7
 
Passable − 10%
Jean-Luc Mélenchon (LFI) 6,2 6,7 9,5 11,8 15,8 12,9 37,1
 
Passable − 15%
Fabien Roussel (PCF) 1,1 2,4 6,6 12,9 20,8 25,2 31,0
 
Insuffisant + 4%
Yannick Jadot (EELV) 1,6 2,3 8,2 10,6 19,3 25,8 32,2
 
Insuffisant + 5%
Jean Lassalle (RES) 1,5 2,7 6,6 11,7 18,4 29,2 29,9
 
Insuffisant + 3%
Anne Hidalgo (PS) 0,9 1,3 4,7 8,0 18,9 24,7 41,5
 
Insuffisant – 2%
Nicolas Dupont-Aignan (DLF) 2,3 3,3 7,0 9,9 15,5 20,0 42,0
 
Insuffisant – 3%
Philippe Poutou (NPA) 0,8 2,2 4,5 7,9 13,0 28,7 42,9
 
Insuffisant − 1%
Nathalie Arthaud (LO) 0,3 1,7 4,0 8,1 13,2 27,2 45,5
 
Insuffisant – 1%
Éric Zemmour (REC) 5,5 4,3 7,3 6,6 10,9 10,3 55,1
 
À Rejeter 10%

Histoire

Développement

L'idée de comparer des médianes d'évaluations (plutôt que des moyennes) a une longue histoire[15]. Dans le domaine des votes par classement, les méthodes de meilleures médianes sont connues sous le nom de méthode de Bucklin[16]. Ces méthodes, contrairement au jugement majoritaire reposent sur le classement (éventuellement incomplet ou admettant des ex-aequos) des candidats, la méthode du jugement majoritaire reposant sur des évaluations. Ainsi, la plupart des exemples ou contre-exemples à propos de Bucklin fournissent aussi un exemple ou contre-exemple à propos du jugement majoritaire (en classant les candidats suivant les évaluations), et il en va de même pour la méthode de meilleure médiane proposée par Basset et Persky[7] sous le nom de Robust Voting. Ces méthodes ont été brièvement utilisées dans certains états des États-Unis[17]

En 2002, à la suite de la publication d'un dossier sur les modes de scrutin dans le magazine Pour la Science[18], Michel Balinski fut contacté par l'œnologue Jacques Blouin, qui souhaitait améliorer le mode de scrutin utilisé lors des compétitions[19], [20], [21], [22]. Les premières résultats, obtenus lors de l'édition 2006 des Citadelles du vin, furent publiés en 2007 dans PNAS[23]. Le jugement majoritaire fut ensuite expérimenté à Orsay à l'occasion de l'élection présidentielle française de 2007[24].

En , OpinionWay et le think-tank Terra Nova publient une étude intitulée « Et si la présidentielle de 2012 se déroulait au jugement majoritaire ? »[12]. L'institut de sondage a demandé aux sondés leur préférence pour la prochaine présidentielle selon le jugement majoritaire, en plus du scrutin majoritaire habituel. Terra Nova recommande dans cette étude d'abandonner le scrutin majoritaire pour adopter le jugement majoritaire comme mode de scrutin pour l'élection présidentielle en France[25].

Premiers soutiens

Au Canada, Raymond Côté a défendu le mode de scrutin par jugement majoritaire en témoignant le devant le Comité spécial sur la réforme électorale de la Chambre des communes du Canada et en déposant un rapport[26],[27].

Le jugement majoritaire figure parmi les 15 propositions « en faveur du bonheur du citoyen » de la fabrique Spinoza[28] pour la présidentielle de 2017.

Le jugement majoritaire fait partie des modes de scrutins envisagés par Gérard Larcher pour l’organisation d’un « système de départage » devant désigner le candidat du parti français Les Républicains à l’élection présidentielle de 2022[29]. Cette solution lui a été proposée par l’association « Mieux Voter »[29], mais cela n'a finalement pas été retenu, au profit d'un scrutin uninominal majoritaire à deux tours classique.

Sandrine Rousseau, membre du parti français Europe Écologie Les Verts, soutient le jugement majoritaire comme mode de scrutin pour la primaire du parti en 2021[30].

Premières expérimentations en France

À l'occasion de la primaire présidentielle socialiste de 2011 puis de l'élection présidentielle française de 2012, le site Slate.fr a développé un outil permettant de tester en ligne le jugement majoritaire[31],[32].

En 2016, LaPrimaire.org utilise le jugement majoritaire pour sélectionner sa « candidate citoyenne » Charlotte Marchandise. Plus de 33 000 électeurs ont voté[33]. C'est la première utilisation du jugement majoritaire pour une élection populaire.

En novembre 2019, le parti politique français La République en marche annonce l’adoption du jugement majoritaire pour l’élection de ses cadres locaux et la prise de décision interne[34].

En 2020, une consultation au jugement majoritaire est organisée autour des 149 propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat[35]. Elle a recueilli plus de 1,8 Million de votes de la part de plus de 28 000 participants.

En 2021, la Ville de Paris adopte le jugement majoritaire pour déterminer les lauréats du Budget Participatif[36]. Lors de la première édition, 106 000 personnes ont voté suivant ce mode de scrutin.

L’association « 2022 ou jamais », organisatrice de la primaire populaire, met en œuvre le jugement majoritaire pour le scrutin des 27 au 30 janvier 2022 en vue de l'élection présidentielle de la même année[37]. 392 738 personnes ont participé à ce scrutin selon les organisateurs ce qui en fait le plus important processus de désignation d'un candidat à l'élection présidentielle 2022.

Critiques et réponses

Notes et références

Voir aussi

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