Juliana Morell

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Juliana Morell
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Illustration posthume représentant Juliana Morell.
Naissance
Barcelone, Drapeau de l'Espagne Monarchie espagnole
Décès (à 59 ans)
Avignon,  États pontificaux
Profession
Autres activités
Formation

Juliana Morell, née le à Barcelone au royaume d'Aragon et morte le à Avignon en France, est une enfant prodige, religieuse de l'ordre dominicain espagnol d'expression française, philosophe, théologienne, hyperpolyglotte, traductrice, poétesse, humaniste et serait la première femme à recevoir un diplôme de doctorat en droit, à l'âge de 14 ans. Elle est une figure emblématique de l'érudition féminine.

Église de Sant Ramon de Penyafort à Barcelone, sur la Rambla de Catalunya, ancienne église du monastère de Montsió. Bâtiment du XIVe s. déplacé à son emplacement actuel au XXe s.

Descendants de Juifs convertis, Juliana Morella naquit à Barcelone en Aragon et perdit sa mère à l'âge de deux ou trois ans ; elle reçut sa première éducation par les sœurs dominicaines dans cette même ville au monastère de Montesión, y recevant une éducation chrétienne[1].

Bien qu'elle fût (nouvelle) chrétienne, Juliana appréciait son héritage juif et l'utilisa amplement durant sa formation[2]. Son père, Joan Antoni Morell, marchand, boutiquier et changeur (banquier, selon certaines sources[3]), possédait quatre boutiques à Barcelone et à Lérida. Au début, il se consacrait au commerce du tissu, mais il se lança ensuite dans le commerce d'objets divers. Homme « rusé, sagace et intelligent », il entretenait des conflits et se lia d'amitié avec des personnalités influentes[2].

Âgée de quatre ans, Juliana commença à étudier le latin, le grec et l'hébreu à domicile avec des enseignants humanistes et compétents car son père s'était tôt aperçu des aptitudes intellectuelles de sa fille qu'il voulait mettre en valeur pour « asseoir sa pleine vertu»[4],[5]. Alors qu'elle n'avait pas encore sept ans, elle étudiait la jurisprudence et la musique (orgue,clavecin et luth)[1]. Elle maîtrisait aussi les langues anciennes en plus de l'espagnol et du catalan ; elle écrivit une lettre en latin à son père qui était absent et qui voulait qu'elle s'adressât à lui en « langue latine appropriée »[6],[2].

Accusé d'avoir participé à un meurtre, le père s'enfuit à Lyon avec sa fille, alors âgée de huit ans, en 1601[2]. À Lyon, il tint à ce que Juliana poursuivît ses études, en consacrant huit à neuf heures par jour à la rhétorique, la dialectique, l'éthique et la musique. À l'âge de douze ans, elle maîtrisait au moins le français, l'italien, l'arabe et le syriaque, et défendit en public ses thèses summa sum laude sur l'éthique et la dialectique[1],[2].

Portrait de Juliana Morella (entre 1747 et 1782)

Ensuite, elle se mit à la physique, la métaphysique et au droit canonique et civil. Son père s'était entre-temps installé à Avignon - faisant alors partie des États pontificaux - et voulait que sa fille obtînt un doctorat en droit. Plutôt en 1606 ou 1607, alors âgée de douze ou treize ans, elle soutint des thèses philosophiques (logique et morale) cum Logicas tum Morales hors de l'université à Lyon, démontrant sa maîtrise du latin, du grec et de l'hébreu, doctorat de philosophie qu'elle dédicaça à l'impression à Marguerite d'Autriche, reine d'Espagne, du Portugal et de Styrie[7],[6],[8],[2]. À cette occasion, son père commanda un portrait de sa fille (âgée de 12 ans), vêtue en capucin (voir supra, en tête de l'infobox), pour le joindre à la copie écrite des thèses[9]. « Des copies de ces thèses (aujourd'hui perdues) furent remises ... à d'autres reines espagnoles à la tête de divers gouvernements, et au pape Paul V. Cet événement eut un tel retentissement que Juliana devint immédiatement une figure emblématique de la femme érudite dans toute l'Europe »[2].

De 12 à 14 ans, elle étudia la physique, la métaphysique dont celle d'Aristote et la jurisprudence, écrit Marie de Merle de Beauchamps (1751-1801), dans son Abregé de la vie de Julienne Morell[2].

Le souhait de son père fut exaucé en 1608, quand elle soutint publiquement sa thèse au Palais des papes du vice-légat à Avignon, devant un auditoire distingué, parmi lequel se trouvait la princesse de Condé, avec l'obtention de son diplôme de docteur en Lois (droit[10]) summa cum laude[7],[6].

Juliana Morell fut la première femme en Europe à obtenir un diplôme universitaire à l'aube du XVIIe siècle[11],[7] mais les circonstances ne sont pas claires et le fait est contesté[11],[6],[12] (lire infra).

Exposition El legado reencontrado de Juliana Morell (1594-1653) au monastère de Pedralbes (2024). L'image montre Morell après avoir pris les ordres en tant que religieuse dominicaine.

Indifférente à la richesse et à une offre avantageuse de mariage soutenue par son père, elle le mécontenta en entrant contre son avis, au cours de la même année, au couvent dominicain de Sainte-Praxède à Avignon, en tant que novice et pour y demeurer[6],[2]. Comme elle l'explique elle-même dans une courte autobiographie, elle ressentit à 13 ans l'appel à la vie religieuse[5]. En 1609, elle reçut l'habit de l'ordre et le , prononça ses vœux définitifs de religieuse dominicaine. À trois reprises, elle fut nommée prieure[2].

Là, elle poursuivit sa réflexion, ses écrits et cultivera la poésie et la musique : elle joua de l'orgue, de l'épinette et du luth, composa des pièces musicales et fut chef de chœur[2].

Elle élabora des ordonnances du monastère, l'introduction de pratiques non prévues par la règle dominicaine[2]. Elle participa également à la réforme catholique en France « avec autorité intellectuelle et religieuse »[1].

À dix-sept ans, la jeune Juliana parlait, lisait et écrivait en quatorze langues. « La lecture, et surtout la traduction, comprise comme dialogue spirituel menant à la prière, faisaient partie de son travail d'enseignante de religieuses novices, et elle publiait ses écrits, se conformant à l'obligation d'obéissance »[13]. Attentive aux mots et à leur signification, elle souligna, dans son monastère réformé, ses références à la version hébraïque des versets bibliques. À travers ses traductions et commentaires, ainsi que ses écrits spirituels, la pensée de Morell était centrée sur la perfection de l'âme[2]. Ses poèmes en français n'ont pu être conservés[5].

Ses deux dernières années, elle souffrit beaucoup physiquement et l'agonie qui mena à sa mort durant cinq jours, le [6].

Controverse

En 1941, l'historien Sylvanus Morley considère que l'affirmation de l'obtention d'un doctorat par Juliana Morelle est liée à une mauvaise lecture de 1859 par Joaquín Roca y Cornet de documents latins du XVIIe siècle et en cite d'autres affirmant qu'effectivement, elle « a défendu des thèses » en 1606 ou 1607 à Lyon ou peut-être à Avignon, mais que, bien que son père souhaitait qu'elle obtienne un doctorat, elle a refusé, le considérant comme incompatible avec son statut de religieuse[14],[12],[15].

La première femme à obtenir un doctorat dans l'ère moderne serait Elena Cornaro Piscopia en 1678 à l'Université de Padoue[16] ; d'autres sources indiquent plutôt Stefania Wolicka, de l'Université de Zurich en 1875[17].

Hommages

Sa science et son érudition la font surnommer par ses contemporains « le prodige / miracle de son siècle »[18],[5]. Sur un document de 1613, son père qui a particulièrement œuvré pour la réussite de sa fille indique modestement : « Elle est considérée comme une sainte (dans son monastère). Ne croyez pas que ce soit un miracle, car c'est en grande partie grâce à mon assiduité. De bons professeurs, de bons livres et de la persévérance rendent ces choses miraculeuses »[2].

Dans un poème élogieux du Siècle d'or, Lope de Vega parle d'elle « comme la quatrième des Grâces et la dixième Muse » et dit « qu'elle était un ange qui a publiquement enseigné toutes les sciences depuis les chaires d'enseignement et dans les écoles »[19].

Dans la Salle des Illustres de l'auditorium (1874) de l'université de Barcelone, les deux seules femmes mentionnées sont Juliana Morell et Teresa d'Avila[2].

Depuis 1990, l'association nationaliste « Ciutadana Barcelona 2020 » vise la pleine souveraine nationale et la défense et la promotion du catalan et possède un Institut Juliana Morell versé dans la recherche sociopolitique, à travers des cours de formation, colloques, débats, séminaires, élaboration de documents, etc.[20],[21].

En Catalogne, des espaces publics lui sont dédiés et sa biographie est assez répandue grâce notamment à la documentation[22] de son monastère[23] ; cependant, son œuvre et sa pensée baroque entre judaïsme et christianisme restent peu connues[1]. Un symposium lui est consacré en 2024 et des chercheurs se penchent plus avant sur son œuvre[23],[24].

Du au , une exposition intitulée El legado reencontrado de Juliana Morell (1594-1653) se tient au monastère de Pedralbes à Barcelone, avec la spécialiste et commissaire d'exposition Georgina Rabassó[8],[25],[2].

Fonds

Œuvres

Notes et références

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