Julien Vignikin
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Enfance au Bénin
Né à Ouidah, au Bénin, Julien Vignikin grandit dans une famille de cinq enfants. Il passe de nombreuses heures dans l'atelier de couture de sa mère, expérience qui marquera durablement son rapport à la matière textile dans son œuvre future[2],[3].
Arrivée en France
À l'âge de dix ans, son frère aîné installé à Paris se propose d'accueillir un de ses cadets, et c'est Julien Vignikin qui est désigné. Ce départ brutal constitue une rupture radicale avec sa famille, particulièrement avec sa mère. Envoyé rapidement dans un pensionnat car son frère n'est pas disponible pour s'en occuper, il connaît une période d'isolement jusqu'à ce que des enseignants du collège décident de se relayer pour l'accompagner[4].
Formation artistique
En France, il trouve du réconfort auprès d'un professeur de dessin et obtient la mention excellence en dessin au Baccalauréat scientifique en 1989. Il intègre ensuite l'École des Beaux-Arts de Dijon, dont il sort diplômé en 1995, en section art, option peinture. Il complète sa formation par un cursus d'infographiste à la CETEC-info à Paris[2].
Démarche artistique
Thèmes et influences personnelles
Julien Vignikin utilise la peinture pour s'exprimer et s'inspire de la matière textile, faisant écho aux heures passées dans l'atelier de couture de sa mère. Des notions centrales traversent son œuvre : la famille, les ruptures, les liens intimes, le partage. Cet ensemble se traduit au travers de son rapport à ses deux cultures, béninoise et française[2].
Son œuvre se structure autour de grands thèmes récurrents : dormeurs, plaques, tissus, clous, croix, clefs, et plus récemment la nourriture. Il transcende son vécu personnel pour confronter ces thématiques aux dérives d'un monde qui met face à face le Sud et le Nord[4].
Entre deux cultures
L'artiste revisite le masque africain en utilisant des douves de tonneaux récupérées auprès de domaines vinicoles de Bourgogne, créant une double identité occidentale et africaine. Son travail mélange différents univers : culture urbaine, univers high-tech et psychédélique, symboles et emblèmes africains, allusions spirituelles aux esprits de la culture vaudou[2]. On lui prête des points communs avec Jean-Michel Basquiat, au travers de sa série de portraits de personnages à l'apparence déformée et chaotique[5],[6].
Installations et engagement sociétal
Ses installations abordent des sujets concrets tels que les singularités culturelles, les déchets dans le monde, la surconsommation, la technologie, la pollution et la question des migrants[5]. Il travaille avec des objets de récupération, marquant son engagement pour le développement durable[2].
Œuvres notables
Le Dîner des fantômes (2012)
Créée dans le cadre de la Biennale du Bénin et présentée au Centre culturel Artisttik Africa, cette installation se compose d'une table, d'une chaise, d'une assiette et d'un verre — tous vides. La table et la chaise, hérissées de clous, sont inaccessibles. L'œuvre, que l'artiste rattache à l'Arte Povera et à l'art brut, critique les dérives d'un monde où certains consomment en excès tandis que d'autres souffrent de malnutrition[7].
Indigestion I & II (2006)
Ces peintures dénoncent la « malbouffe » que l'Occident a importée dans les métropoles des pays émergents. Des assiettes en carton maculées de matières picturales évoquent une violence du geste qui s'étend sur toute la surface de la toile[7].
Le Penseur I-Monde (2017)
Installation réalisée à partir d'un assemblage de bois et de centaines de micropuces électroniques. Cette œuvre sur le thème des déchets et de la surconsommation fut exposée par la Galerie Vallois à la foire "AKAA" (Also Known As Africa) en 2019[2].
Expositions (sélection)
- 2006 — Musée des Beaux-Arts de Dijon;
- 2007 — Galerie ABC, Dijon;
- 2012-2013 — Biennale Regard Bénin, Bénin;
- 2013 — Fondation Blachère (résidence)[5];
- 2014-2015 — Musée Dapper, Paris — L'Art de manger, rites et croyances[7];
- 2015 — Résidence à la Faculté des Beaux-Arts de Séville;
- 2019 — Foire AKAA, Paris (Solo Show) — Galerie Vallois[2];
- 2019 — L'âme du Bénin s'expose au château de Tanlay[8];
- 2021 — Exposition Why Not, ventes Artcurial.