Jumbes de Nkhotakota

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Les Jumbes de Nkhotakota sont une dynastie de commerçants arabes swahilis basés à Nkhotakota, sur la rive ouest du lac Malawi[1]. Ils pratiquent un commerce caravanier Est-Ouest, échangeant des tissus de la côte swahilie contre de l'ivoire et des esclaves[2]. Ils introduisent l'islam au Malawi et sont les premiers à cultiver du riz et des noix de coco dans la région[2].

Le terme Jumbe et un titre de l'administration traditionnelle omanaise employée le long de la côte de Kilwa Kisiwani et de Mombasa. Les Jumbes sont des chefs locaux administrant de petites agglomérations. Le pouvoir du Jumbe ne dépasse pas ce territoire[3].

Histoire

Un panonceau de musée en Anglais avec pour illustration une coupure de journal montrant la photo d'un africain coiffé d'un turban.
Musée du Lac Malawi : panneau explicatif sur la traite des esclaves par les Jumbes.

Contexte

Au début du XIXe siècle, l'intérieur du territoire de l'Afrique de l'Est et la dislocation des royaumes maravis attise la convoitise des marchands arabo-swahilis dans le cadre de la traite des esclaves et le commerce de l'ivoire. Entre 1800 et 1835, les exportations d'esclaves vers le Brésil augmentent de 400%. Cette prospérité commerciale favorise les marchands de Zanzibar et de Kilwa. Cependant, les routes commerciales par lesquelles transitent les esclaves sont contrôlées par des groupes Yao, Chikunda et Bisa[3].

L'augmentation de la demande commerciale provoque dès lors des changements importants dans l'organisation du commerce[4]. Avant le milieu du XIXe siècle, les Makuas font en sorte de reprendre le contrôle des routes commerciales depuis la côte en aidant militairement des caravanes de zanzibarites à traverser le territoire. C'est dans ce contexte que quelques communautés permanentes arabes s'installent dans le territoire maravi comme c'est le cas des Jumbes de Nkhotakota[3]. L'implantation de ces groupes renforce également la quantité d'ivoire en circulation[5].

Fondation

Salim bin Abdallah, marchand arabe de Zanzibar, est particulièrement impliqué dans le commerce de l'ivoire et des esclaves à Tabora et Ujiji. Ses contacts pacifiques avec les chefferies locales lui permettent d'implanter une communauté à Nkhotakota vers 1840[2],[6],[5] ou au plus tard 1860[7]. Il est désigné comme le premier Jumbe de cette communauté et parvient à s'assurer de bonnes relations avec les communautés Chewa, Tonga et Nyanja en leur assurant une protection armée contre les attaques Ngoni grâce à leurs armes à feu. Comme la chefferie de Jumbe se trouve sur la même route commerciale de l'ivoire que la chefferie de Mwase (aujourd'hui quartier de Kasungu), il y a d'importantes luttes intestines entre les deux[5].

La dynastie gagne en popularité dans les villages environnants et ces partisans sont invités à se convertir à l'Islam. Salim bin Abdallah se proclame sultan de Marimba exprimant ainsi son allégeance au sultan de Zanzibar. Les Jumbes établissent leur pouvoir par le biais d'un gouvernement indirect, en s'appuyant sur l'autorité des chefs Chewa locaux. Ils encouragent les chefs à envoyer leurs enfants mâles au Sultanat de Zanzibar afin qu'ils reçoivent une éducation islamique[6],[5]. Une école et une mosquée sont construites dans les années 1870 afin de soutenir l'initiative[8].

En 1887, un second Jumbe se déclare Sultan de Ngonde. Il est lié par mariage aux Jumbes de Nkhotakota et vise à implanter . Cette tentative d'expansion de l'implantation échoue lorsqu'il se trouve confronté aux forces armées d'une compagnie missionnaire de l'African Lakes Corporation[9].

À la fin du XIXe siècle, Nkhotakota est devenu un centre commercial florissant de 6 000 habitants. C'est le principal avant-poste islamique du Nyassaland, la culture du riz s'étend le long des rives du lac. Lorsqu'Harry Johnston rencontre le troisième Jumbe, Mwinyi Kisutu, en 1889, il le décrit comme un « prince-marchand swahili »[5]. En 1893, lorsque le protectorat britannique d'Afrique centrale est formé dans la région[2], les Jumbes de Nkhotakota sont confrontés à un soulèvement Yoa qui reçoit l'appui militaire de Johnston[10]. Durant cette opération militaire, plusieurs chefs locaux sont tués et le Jumbe, Mwinyi Kisutu, parvient à établir une relation de partenariat temporaire. Cependant, à sa mort en 1894, les résidents britanniques s'opposent au nouveau Jumbe qui est exilé[11]. La majorité de la communauté swahili quitte la région à la suite de cet événement[7], toutefois, le financement de l'école islamique se poursuit depuis Zanzibar afin de soutenir l'influence du Jumbe[9].

Économie

L'économie des Jumbes repose sur l'activité commerciale. L'ivoire et les esclaves transitent vers la côte afin d'être exportées dans le commerce maritime. Les témoignages de l'explorateur et missionnaire écossais David Livingstone indiquent que 20 000 esclaves y sont exportés chaque année vers le port de Kilwa après avoir été gardés captifs à Nkhotakota. En 1864, il établit un traité avec les chefs Jumbe et Chew pour mettre fin à la traite des esclaves, mais le traité n'est respecté. Toutefois, la traite des esclaves n'y est effectivement plus pratiquée à la fin des années 1880[1],[5]. Le commerce de l'ivoire repose sur des chasseurs locaux pour collecter l’ivoire dans les collines à l’ouest de Nkhotakota. Ces chasseurs rayonnent dans toutes les directions depuis le centre du Malawi[5].

Postérité

Notes et références

Bibliographie

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