Junayd

soufi de Bagdad, IXe siècle From Wikipedia, the free encyclopedia

Abū l-Qāsim al-Junayd ibn Muḥammad al-Khazzāz al-Baghdādī, plus connu sous le nom de Junayd, est né vers 830 à Nihawand dans la région de Djibāl (ancienne Médie), et mort en 911 à Bagdad, alors capitale du Califat abbasside[1]. Figure majeure du soufisme classique (VIIe au Xe siècle). Junayd est considéré comme l'un des plus grands maîtres spirituels de son époque, ce qui lui a valut le surnom de «Sayyid al-Ṭā’ifa[2]» (Le seigneur de la Tribu spirituelle[3]).

Naissance
Décès
Sépulture
Mosquée cheikh Junayd al-Baghdadi (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
جنید بغدادیVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Naissance, Décès ...
Junayd
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Mosquée cheikh Junayd al-Baghdadi (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
جنید بغدادیVoir et modifier les données sur Wikidata
Domicile
Activité
Erudit musulman, Maître spirituel
Autres informations
Maîtres
Sari al-Saqati (en), Harith al-MuhasibiVoir et modifier les données sur Wikidata
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Junayd est reconnu comme étant un descendant du Prophète de l’islam, Mahomet, en ligne directe par la descendance de son petit-fils, Al-Hussein ibn Ali ibn Abi Talib[4].

Biographie

La date de naissance exacte d’Abū al-Qāsim al-Junayd b. Muḥammad b. al-Junayd al-Khazzāz al-Qawārīrī al-Nihāwandī demeure incertaine, mais il est unanimement reconnu qu’il mourut à Bagdad en 298/910[1]. Originaire de Nihāwand (actuelle Nahavand, en Iran), dans la région du Jibâl, au Nord-Ouest de l'Iran. Après la conquête arabe de la Perse (654), des relations commerciales fructueuses se développèrent entre la ville et l'Irak.

C'est dans cette ville qu'il naît vers 830. Son père était marchand de flacons, comme le laisse entendre le terme de khazzâz que l'on trouve dans son nom complet[5],[6]. Établi dans la capitale abbasside, Junayd s’inscrit dans un milieu intellectuel et spirituel d’une grande effervescence.

Il reçut une double formation. Sur le plan juridique, il étudia le droit auprès d’Abū Thawr, un juriste shāfiʿite, ce qui atteste son enracinement solide dans les sciences religieuses. Sur le plan spirituel, il fut initié par son oncle maternel, Sarī al-Saqaṭī, l’un des maîtres ascétiques les plus réputés de Bagdad. Il fréquenta également al-Ḥārith al-Muḥāsibī, avec qui il échangea sur de nombreuses questions mystiques, dialogues que ce dernier consigna par écrit[7].

Formation

Junayd était encore jeune quand son père mourut, et c'est son oncle maternel, le soufi Sarî Saqatî (m. en 867), qui le prit en charge. Junayd commença par étudier le Coran, le hadîth et la Sunna, ainsi que le droit musulman auprès d'Abû Thawr, dont on sait qu'il est mort en 854. Junayd avait à ce moment une vingtaine d'années, et ce détail permet de supputer qu'il a dû naître vers 830. Ce cursus laisse penser que la vocation spirituelle de Junayd a été relativement tardive[8].

Il semble avoir été lui-même un juriste brillant, qui par la suite enseigna aussi le droit, et ses cours lui attirèrent l'admiration d'un grand docteur shaféite comme Ibn Surayj. Il s'illustra dans différentes affaires juridiques et sa réputation d'homme de loi lui permit d'échapper au procès et à la persécution que connurent plusieurs soufis sous la régence d'al-Muwaffaq[9].

Vocation spirituelle

Au premier plan, le monument funéraire de Junayd, à Bagdad. Derrière, en bois, celui de son oncle, Sari Saqatî.

L'attirance vers la spiritualité s'est donc vraisemblablement manifestée après sa formation auprès d'Abû Thawr, et dès ce moment, Junayd devint le disciple de Harith al-Muhasibi et de Sarî Saqatî ; mais le premier mourut assez vite, en 857, non sans avoir exercé une influence considérable sur les conceptions que développera son élève. Ils étaient proches l'un de l'autre et ressentaient une amitié mutuelle[10].

Le maître spirituel

Junayd a eu plusieurs disciples, et il a sans doute été le maître spirituel du célèbre soufi Mansur al-Hallâj, même si une autre tradition — sans doute polémique — rapporte qu'il ne voulut jamais recevoir Hallâj[11]. Louis Massignon relève que la légende populaire selon laquelle Junayd avait un lien affectif fort avec Hallâj et l'admirait comme mystique tout en le critiquant comme canoniste pourrait bien provenir de sources authentiques[11].

Famille et mort

Junayd eut une fille et un fils qui fut condamné à la décapitation pour crime. Il est dans le mausolée de son oncle Sarî Saqatî[12] qui se trouve dans le Cimetière de sheikh al-Maarouf, cimetière appelé aussi ShunIziyya et situé sur la rive ouest de Bagdad[13].

Œuvre

L’emploi du terme « œuvre » n’est pas tout à fait pertinent, sauf si l’on entend par là le sens du mot arabe « āthār », c’est-à-dire les traces ou vestiges laissés par une personne au fil de son existence. Les traces de l’enseignement de Junayd ont été recueillies avec soin par ses disciples, puis diffusées par des auteurs tels qu'al-Sarrāj, al-Kalābādhī, Abū Tālib al-Makkī, al-Sulamī, Abū Nu‘aym, et al-Qushayrī, principalement sous la forme traditionnelle de sentences et de définitions. Le nombre de ces sentences est considérable : al-Qushayrī, par exemple, rapporte à lui seul près de deux cents logia de Junayd[5].

Ses Rasāʾil ( épîtres[14]) consistent en lettres adressées à des disciples ainsi qu’en brefs traités sur des questions mystiques, souvent rédigés sous forme de commentaires de versets coraniques. Son style, parfois dense et obscur, visait à préserver l’enseignement mystique des critiques extérieures. Lui-même rapporte qu’une de ses lettres fut interceptée et lue en chemin par un fanatique cherchant à l’accuser d’hétérodoxie[14]. Cette vigilance explique la préciosité et l’hermétisme volontaire qui caractérisent ses écrits et, plus largement, ceux des mystiques de son époque.

Voici quelques traités de Junayd qui nous sont parvenus[15].

  • Lettre d’Abū al-Qāsim al‑Junayd à quelques-uns de ses frères
  • Lettre d’Abū al-Qāsim al‑Junayd b. Muḥammad à Yaḥyā b. Muʿādh al‑Rāzī
  • Lettre d’Abū al-Qāsim al‑Junayd à quelques-uns de ses frères
  • Épître de Junayd à ʿAmr b. ʿUthmān al‑Makkī
  • Épître de Junayd à Abū Yaʿqūb Yūsuf b. al‑Ḥusayn al‑Rāzī
  • Le Livre de l’Extinction (Kitāb al‑Fanāʾ)
  • Le Livre du Pacte prééternel (Kitāb al‑Mīthāq, sur l’Alliance primordiale)
  • Sur la Divinité (fī al‑Ulūhiyya)
  • De la distinction entre sincérité (ikhlāṣ) et véridicité (ṣidq)
  • Du Tawḥīd (Sur l’Unicité divine réalisée)
  • L’éthique de celui qui se sait entièrement dépendant de Dieu (Adab al‑muftaqir ilā Allāh)
  • Le Livre du remède contre la négligence spirituelle (Kitāb Dawāʾ al‑tafrīṭ)[14].

Pensée

Junayd représente avec Harith al-Muhasibi une orientation spirituelle où la lucidité l’emporte sur l’ivresse. En cela, il prône une certaine prudence pour ce qui est des témoignages d’expériences mystiques qui pourraient égarer les croyants de la loi révélée. Bien que Junayd soit pour un soufisme licite et socialement intégré, même il conçoit que l’état de l’ivresse (sukr) n’est ni une hérésie, ni l’aboutissement d’une déviation par rapport à la Sunna[7].

Néanmoins, il puise dans le Coran et la Sunna les explications des déclarations de certains soufis comme Bistami, Ibn 'Aṭâ, ou encore Al Hallaj qu’il eut d’ailleurs un temps pour disciples. Selon lui, le ravissement spirituel prend sa source dans le pacte ontologique (Mithaq) que Dieu conclut avec Ses créatures en leur demandant – « Ne suis-Je point Votre Seigneur ? »[16].

Cet engagement primordial de l’humanité rejaillit chez les soufis sous la forme de l’ivresse, du ravissement, voire de l’extinction en Dieu où la créature se confond avec son Créateur comme la goutte d’eau dans l’océan.

Ainsi les propos extatiques de certains soufis sont-ils éclairés : « Celui qui s’abîme dans les manifestations de la Gloire s’exprime selon ce qui l’anéantit; quand Dieu le soustrait à la perception de son moi et qu’il ne constate plus en lui que Dieu, il Le décrit. » Cela n’est pas sans rappeler les paroles d’al-Hallaj sur la Vérité (al-Haqq). Aussi Junayd considère-t-il que l’état d’extinction (fana) doit être impérativement dépassé pour parvenir à la sobriété extérieure et donc à un soufisme socialement possible. Un proverbe soufi exprime cette réalité : « Il faut avoir le corps dans la boutique et le cœur dans la Présence divine. »

L’enseignement de Junayd, compilé dans des épîtres, où il traite aussi bien de la métaphysique de l'Être que des règles de la Voie, permit à l’Islam de s’appuyer sur des bases solides avant de déployer les grands systèmes de sa théologie mystique. Son énorme influence lui valut le surnom de « Prince de l’Ordre » et la grande majorité des futures confréries soufies remonteront de fait à la « Voie de Junayd. »

Notes et références

Voir aussi

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