Jusqu’à ce que la victime devienne la nôtre
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| Jusqu’à ce que la victime devienne la nôtre | |
| Auteur | Dimitris Lyacos |
|---|---|
| Pays | |
| Genre | Roman |
| Éditeur | Il Saggiatore |
| Lieu de parution | Milan |
| Date de parution | 2025 |
| Nombre de pages | 272 |
| ISBN | 978-8842834267 |
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Jusqu’à ce que la victime devienne la nôtre est un roman composé d’épisodes de l’écrivain grec Dimitris Lyacos[1]. Conçu comme le « numéro zéro » de la trilogie Poena Damni, le livre explore la violence, dans ses manifestations changeantes, comme un élément constitutif de la formation de la société occidentale, ainsi que la position éventuelle de l’individu dans un monde «imprégné de pouvoir institutionnalisé». Selon Lyacos, «le livre n’est pas simplement une histoire de la violence, mais plutôt l’histoire de son confinement et de la technologie d’un ordre qui la dépasse». Décrit comme un préquel de sa trilogie, Jusqu’à ce que la victime devienne la nôtre trace un portrait de la civilisation occidentale, examinée et réévaluée depuis ses fondements judéo-chrétiens, à travers l’industrialisation et le développement de formes avancées de coercition, jusqu’à une harmonie imposée par le contrôle cybernétique. En employant des narrateurs alternés, les chapitres autonomes du livre se complètent les uns les autres d’une manière comparable à une séquence de montage cinématographique.
« Jusqu'à ce que la victime soit nôtre » explore l'évolution de la violence à travers 24 chapitres (prologue + 23), chacun portant un titre de l'alphabet latin classique[2]. Le prologue évoque l'attaque et le meurtre barbare commis par une mère chimpanzé (M2) et son fils contre le petit d'une autre mère (M1) [3], un épisode similaire à l'histoire de Passion et Pom racontée par la primatologue Jane Goodall[4]. Partant des dynamiques prédatrices observables dans la nature [5], le chapitre A présente un épisode rappelant le meurtre d'Abel par Caïn dans le livre de la Genèse[6]. Les chapitres suivants abordent la violence sous ses formes les plus institutionnalisées et socialement avancées, présentant en deux parties consécutives la pratique de l'incarcération [7] selon deux points de vue différents: L se concentre sur un détenu parmi la population carcérale générale, tandis que M propose une interprétation du quartier d'isolement[8]. Le chapitre N aborde, sous forme d'essai, le droit comme une technologie qui élimine les instincts animaux[9]. L'analyse de la violence physique dans l'ouvrage culmine au chapitre S, qui décrit en détail l'abattage industriel et la manipulation d'un animal dans un abattoir contemporain[9] Les derniers chapitres se concentrent sur l'auto-annihilation de la violence, sous la forme d'un ordre cybernétique (X) et d'une réhabilitation psychiatrique (Y). Le livre se termine sur une voix anonyme invitant le protagoniste du dernier chapitre (Z) à s'évader vers un monde nouveau et inexploré[3].
Critique
L'ouvrage a été sélectionné parmi les dix meilleurs livres du Salon international du livre de Turin par le quotidien italien Il Giornale. Selon le journal, Lyacos plonge le lecteur dans sa «littérature totale». Dans une note intitulée «Cet enfer dans lequel la société occidentale nous enferme», le livre est qualifié de «particulièrement adapté au climat de violence que nous respirons avec une intensité particulière depuis quelques années» et pour lequel, pour la victime, «la seule issue consiste à se confier au pouvoir thaumaturgique d'un système supérieur»[10]. Vanni Santoni, dans la rubrique Lettura du Corriere della Sera, désigne Lyacos comme l'un des «futurs lauréats potentiels du prix Nobel (ou du moins comme le seul candidat grec vivant)» et considère que son objectif est de «créer une œuvre-installation, voire un monde, où les jeux de références, l'insistance sur certains thèmes et images, ainsi que ce que l'on pourrait appeler l'obstination littéraire, sont entièrement programmatiques»[11]. Filippomaria Pontani, dans Il Sole 24 Ore, affirme que l'auteur «vise à explorer les origines biologiques du mal dans la société, notamment l'exclusion et la marginalité, du point de vue de la dynamique animale» [12] et compare la vision de Lyacos aux films de Stanley Kubrick et de Yorgos Lanthimos[12]. Alessandro Mantovani ( Il Foglio ) écrit: «L'écriture de Lyacos est dense, évocatrice et fragmentaire, alternant monologues psychédéliques et dialogues incisifs, traduisant la complexité d'un monde où la souffrance est à la fois origine et destin. Une œuvre riche et profonde, capable de résonner avec notre présent avec une force rare»[13]. Selon Alberto Fraccacreta, dans sa critique parue dans Avvenire, «la critique sociale profonde de Lyacos ne se limite pas aux transformations progressives de la violence, mais vise une libération future qui se concrétise par la quête d'un monde plus humain»[14]. Le livre dans son ensemble a été présenté comme «l’une des œuvres les plus radicales de la littérature européenne contemporaine, une écriture qui oscille entre l’exégèse biblique et l’esthétique post-humaine, entre Artaud et Genet, entre Blanchot et Pasolini»[15].