Khaled al-Halabi
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Général de brigade (d) |
Khaled al-Halabi, né en 1962 à Al-Mazraa, est un ancien brigadier général des services de renseignement du régime de Bachar el-Assad, suspecté d'être l'auteur de crimes de guerre contre des civils durant la guerre civile syrienne, dont des disparitions forcées et de la torture.
Agent double pour le Mossad israélien, il bénéficie, après avoir été exfiltré de Syrie en 2013, de la protection de services de renseignement occidentaux, lui permettant de vivre une dizaine d'années dans la clandestinité en Europe. Il est actuellement emprisonné en Autriche où il fait l'objet d'un procès, ainsi que d'enquêtes en France.
Jeunesse et famille
Khaled al-Halabi naît en 1962 à Al-Mazraa, dans le gouvernorat de Soueïda[1], dans une famille de la communauté druze[2],[3].
Officier de renseignement et actes de torture
Officier militaire de carrière, il est affecté en 2001 aux services de renseignement syriens[3]. De 2009 à 2013, Khaled al-Halabi est brigadier général de l'armée syrienne[3]. Il est à partir de 2008 le responsable de la branche 335 de la Direction générale de la Sécurité de Raqqa, un service de renseignement du régime syrien. Quand éclate la guerre civile syrienne, les services secrets voient leur activité augmenter fortement : ils sont chargés d'identifier et d'arrêter les leaders du mouvement. Ils n'hésitent pas à employer la torture à grande échelle[3].
Selon un juriste spécialiste des crimes de guerre, le service qu'il dirige est impliqué dans des arrestations de masse, des tortures, des viols et des meurtres[4]. Un Syrien réfugié en France témoigne avoir été arrêté et torturé par Khaled al-Halabi. Plusieurs autres opposants[1] au régime de Bachar el-Assad affirment avoir été torturés par des agents placés sous son autorité, tandis que celui-ci nie toute implication dans des crimes. Selon la CIJA (Commission pour la Justice internationale et la Responsabilité), sous son autorité, son service a procédé à des arrestations de masse et des civils y ont été torturés, violés et tués[4],[5]. Vingt-et-une victimes de tortures sont identifiées[3].
Défection et révélation d'informations
Alors que la guerre en Syrie s'intensifie et qu'il est toujours en poste à Raqqa où il « craint pour sa vie », Khaled al-Halabi fait défection. Il est recruté par le Mossad via un intermédiaire syrien nommé « M », travaillant déjà pour les services israéliens depuis le début de la guerre. En échange de la transmission des informations qu'il détient, Khaled al-Halabi réclame plusieurs centaines de milliers de dollars et l'asile en France. Des vérifications précises sont effectuées à son sujet[2].
Finalement, en [3], Khaled al-Halabi est exfiltré de Raqqa par hélicoptère à l'issue d'une opération complexe menée en coopération entre le Mossad, le MIT turc, la DGSE et la CIA. Il arrive en Turquie puis en Jordanie[3]. Lui et son épouse sont interrogés par des officiers israéliens puis envoyés en France par avion en classe affaires. Il est à nouveau longuement interrogé en France où il révèle des informations sur les attaques chimiques et le programme d'armes chimiques et biologiques de Bachar el-Assad, ayant causé plusieurs milliers de victimes au cours de la guerre. Al-Halabi et sa famille obtiennent des papiers français et plus de 250 000 euros afin de les aider à s'installer en France[2].
Fuite en Autriche
Au même moment, des associations de défense des droits humains découvrent le passé de tortionnaire de Khaled al-Halabi, il devient un suspect potentiel alors qu'il était d'abord considéré comme un informateur potentiel après sa défection[3]. Le Mossad craint que la France, une fois informée, décide de l'arrêter et de le traduire en justice. Le pays commence en effet à examiner plus en détail les demandes d'asile de ressortissants syriens, pour détecter d'éventuels responsables de violations des droits humains[3].
Les services israéliens aident alors l'ancien général à fuir le pays en 2015[3]. Il se rend en Autriche où il est accueilli par un groupe d'agents de l'Office fédéral pour la protection de la Constitution et la lutte contre le terrorisme (BVT) opérant à leur propre initiative[3], et logé dans un appartement financé par Israël[2]. The Telegraph confirme qu'al-Halabi a été aidé par le gouvernement autrichien, en lien avec le Mossad, à obtenir la protection de l'Autriche[6], bien que recherché par la France[7].
Selon différentes ONG, il serait alors le plus haut gradé syrien responsable de crimes commis pendant la guerre civile syrienne à être réfugié en Europe[5]. En 2016, la CIJA informe le gouvernement autrichien que Khaled al-Halabi est « visé par des accusations de tortures, de violences sexuelles et de crimes contre l’humanité »[5]. L'Autriche commence à soupçonner des membres de ses propres services de l'avoir aidé à échapper à la justice[3].
Arrestation et procès
Quelques années plus tard, les autorités autrichiennes et américaines lancent des poursuites judiciaires contre l'ancien haut gradé en raison de ses crimes. En 2018, la justice autrichienne ouvre une enquête pour son implication supposée dans la torture et les exactions contre des détenus dans la province de Raqqa[8]. Plusieurs victimes, anciens détenus de la branche 335 de Raqqa, apportent leur témoignage au procureur qui enquête sur Khaled al-Halabi et depuis 2019, elles sont soutenues par l'ONG autrichienne CEHRI (Centre international pour le respect des droits humains) et l'ONG internationale Open Society Justice Initiative[9],[3].
Les agents du BVT l'ayant aidé sont eux-mêmes arrêtés et inculpés en pour avoir abusé de leur pouvoir, mais ils sont acquittés[3]. Le Mossad continue d'aider Khaled al-Halabi en lui conseillant de s'installer à Budapest. Cependant, il commet une imprudence en postant en ligne une photo de la ville qui permet aux enquêteurs de le localiser. Fin 2024, il est arrêté, extradé vers l'Autriche et emprisonné dans l'attente de son procès[2].
En , après plusieurs mois de détention, il est inculpé par la justice autrichienne pour des faits de torture ayant eu lieu de 2011 à 2013 dans la ville de Raqqa. L'un de ses adjoints, Abu Rukbah, est également accusé[3].
Selon Intelligence Online, l'affaire met en évidence le manque de scrupules de certains services de renseignement occidentaux, en particulier le Mossad, qui malgré les poursuites le visant pour des crimes graves, continue à le soutenir. Elle questionne le « dilemme des sources en pays démocratique : les services de renseignement peuvent-ils recruter des individus accusés de crimes si les informations qu'ils détiennent sont néanmoins précieuses ? »[2].
Références
- 1 2 (ar) « Austria to try Syrian Intelligence officer tortured detainees », sur en.zamanalwsl.net (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 « Europe/Israël/Syrie • Mossad, DGSE, CIA, MIT : le dossier du général syrien al-Halabi, fruit d'une vaste coopération internationale », Intelligence Online, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 (en) Carlotta Gall, « War Crimes Indictment Reveals a Hard Road to Justice for Syria », The New York Times, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Par franceinfo-France Télévisions Mis à jour le 07/05/2019 | 19:38 – publié le 07/05/2019 | 19:38, « "Complément d'enquête" : sur la trace du général syrien soupçonné de torture », sur Franceinfo, (consulté le )
- 1 2 3 « Un général syrien accusé de crimes de guerre protégé par l'Autriche », JusticeInfo.net, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Campbell MacDiarmid, Henry Samuel, Balazs Cseko et Justin Huggler, « Exclusive: Syrian general accused of war crimes 'given new life in Europe by Mossad' », The Telegraph, (ISSN 0307-1235, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Why Did Austria Protect An Assad Regime Torture Chief? », sur www.amnesty.org.uk (consulté le )
- ↑ (en) « Austria to Try Syrian Intelligence Officer Who Tortured Detainees », sur The Syrian Observer, (consulté le )
- ↑ « Autriche : enquêtes à haut potentiel sur les crimes commis en Syrie », sur JusticeInfo.net, (consulté le )
Articles connexes
- Services de renseignement syriens
- Direction générale de la Sécurité, ou Sécurité d’État
- Lieux de détention en Syrie
- CIJA (Commission pour la Justice internationale et la responsabilité)