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Kimris

peuple gaulois From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Kimris ou Kymris sont, dans l'œuvre d'Amédée Thierry (XIXe siècle), des populations gauloises, principalement du nord de la Gaule, provenant de la Chersonèse Cimbrique (reliée aux Cimbres) ou d'Europe centrale (reliée aux Cimmériens) durant l'âge du fer. Cette appellation relève de l'historiographie française du XIXe siècle et n'est plus utilisée comme catégorie ethnique ou historique dans les travaux contemporains sur les Celtes, les Gaulois, les Cimbres ou les Cimmériens.

Les origines des Kimris selon Amédée Thierry

La Gaule, et les peuplements gaulois, d'après Jules César

Amédée Thierry distingue deux peuples principaux parmi les Gaulois : « L’une de ces races[1] celle que je désigne sous le nom de Galls (ou Gaëls), présente, de la manière la plus prononcée, toutes les dispositions naturelles, tous les défauts et toutes les vertus de la famille ; les types gaulois individuels les plus purs lui appartiennent : l’autre, celle des Kimris , moins active, moins spirituelle peut-être, possède en retour plus d’aplomb et de stabilité : c’est dans son sein principalement qu’on remarque les institutions de classement et d’ordre ; c’est là que persévérèrent le plus longtemps les idées de théocratie et de monarchie »[2].

« Au nord de la Gaule habitait un grand peuple qui appartenait primitivement à la même famille humaine que les Galls, mais qui leur était devenu étranger par l'effet d'une longue séparation : c'était le peuple des Kimris. Comme tous les peuples menant la vie vagabonde et nomade, celui-ci occupait une immense étendue de pays ; tandis que la Chersonèse Taurique, et la côte occidentale du Pont-Euxin, étaient le siège de ses hordes principales[3] ; son avant-garde errait le long du Danube ; et les tribus de son arrière-garde parcouraient les bords du Tandis et du Palus Méotide. Les mœurs sédentaires avaient pourtant commencé à s'introduire parmi les Kimris ; les tribus de la Chersonèse Taurique bâtissaient des villes, et cultivaient la terre[4] ; mais la grande majorité de la race tenait encore avec passion à ses habitudes d'aventures et de brigandages. Dès le XIe siècle avant Jésus-Christ, les incursions de ces hordes à travers la Colchide, le Pont, et jusque sur le littoral de la mer Égée, répandirent par toute l'Asie l'effroi de leur nom[5] ; et l'on voit les Kimris ou Kimmerii, ainsi que les Grecs les appelaient euphoniquement, jouer dans les plus anciennes traditions de l'Ionie un rôle important, moitié historique, moitié fabuleux[6]. Comme la croyance religieuse des Grecs plaçait le royaume des ombres et l'entrée des enfers autour du Palus-Méotide, sur le territoire même occupé par les Kimris, l'imagination populaire, accouplant ces deux idées de terreur, fit de la race kimmérienne une race infernale, anthropophage, non moins irrésistible et non moins impitoyable que la mort[7], dont elle habitait les domaines[8]. »

Cette distinction entre « Galls » et « Kimris » s'inscrit dans le vocabulaire historique et ethnologique du XIXe siècle. Marie-France Piguet souligne que Thierry utilise la notion de « race » pour classer les populations anciennes selon une méthode mêlant histoire, langue et caractères supposés des peuples[9].

Dans le récit repris par Thierry, Hu-ar-Bras ou Hu le puissant apparaît comme un chef légendaire des Kimris[10]. En l'an 631 avant Jésus-Christ, les peuples scythiques, selon l'historien grec Hérodote, fondirent sur les bords du Palus Méotide et poussèrent devant eux les Kimris qui se dirigèrent vers le soleil couchant sous la conduite de Hu-ar-Bras, remontèrent le cours du Danube et envahirent la Gaule par le Rhin. Suivant les traditions Kimriques, Hu-ar-Bras ne s'établit point dans la Gaule, mais il traversa l'Océan brumeux et conquit sur les Gaels l'île d'Albion (Cymru et Cumberland).

Les rapprochements opérés par Thierry entre les Kimris, les Cimbres, les Cimmériens et les Gallois reposent largement sur des ressemblances de noms. Les travaux modernes distinguent cependant ces groupes : les Cimmériens sont généralement décrits comme un peuple nomade d'origine probablement iranienne, actif surtout aux VIIIe et VIIe siècles av. J.-C., tandis que l'identification antique entre Cimmériens et Cimbres est considérée comme fictive[11].

Les Gallo-Kimris (en Gaule) selon Amédée Thierry

Les principaux peuples gaulois

Pour Amédée Thierry, les Kimris ou Gallo-Kimris[12] ont occupé en Gaule aux environs du milieu du premier millénaire avant Jésus-Christ, un territoire délimité par la ligne de la Seine et de la Marne au nord, par la frontière des Galls (en gros la Saône) à l’orient, par la Garonne au midi ; et au couchant par l’Océan Atlantique. Parmi les « peuples gallo-kimris », il cite en particulier les suivants[13]:

Les Kimris-Belges selon Amédée Thierry

Selon Thierry, ces secondes « hordes kimriques » auraient occupé un territoire délimité en gros par la Seine, la Marne, la chaîne des Vosges, le Rhin et la mer du Nord, incluant la Belgique actuelle, qu'ils occupèrent au détriment des Gallo-Kimris qui auraient aussi occupé cet espace dans un premier temps. « Environ 300 ans avant Jésus-Christ, une puissante confédération de Kimris, celle des Belges, envahit le nord de la Gaule et s'en empara »[14].

Leurs principales nations étaient :

Cette présentation reflète la reconstruction proposée par Thierry et ne correspond pas à une classification moderne des peuples belges de l'âge du fer.

Les Kimris du centre et du nord de l'Europe selon Thierry

D'autres peuples Kimris habitaient au-delà du Rhin et jusque sur les bords de la mer Baltique, la région des Sudètes, etc. ; il les qualifie de Kimro-Teutons [15]; parmi eux :

L'invasion des Cimbres et des Teutons, qui menace Rome lors de la guerre des Cimbres vers -120, est reprise par plusieurs historiens du XIXe siècle dans le cadre de la théorie kimrique. Théophile Lavallée présente ces populations comme des « hordes de Kimris » parties des bords de la mer Baltique, associées aux Teutons, puis passées par l'Elbe, le Danube, la Norique, l'Illyrie, l'Helvétie, la Gaule et l'Espagne avant leur défaite face à Marius lors de la bataille d'Aix et de la bataille de Verceil[16].

Jules Michelet reprend également ce récit d'une migration venue du nord de l'Europe, en décrivant les Cimbres et les Teutons comme des peuples descendus des bords de la mer Baltique vers le sud. Il insiste sur l'ampleur de leur mouvement, évoquant une troupe « au nombre de trois cent mille guerriers », accompagnée de familles et de chariots, puis sur les ravages causés en Gaule avant leur confrontation avec Rome[17].

Réception et abandon de la théorie

La théorie des Kimris appartient à un moment de l'historiographie française marqué par la recherche des origines nationales et par la relecture des peuples antiques à travers les catégories du XIXe siècle. Amédée Thierry joue alors un rôle important dans la popularisation d'une histoire des Gaulois, mais ses catégories, comme l'opposition entre « Galls » et « Kimris », ne sont pas reprises comme telles par l'historiographie contemporaine[18],[19].

Camille Jullian même s’il adhère au postulat de la migration des Celtes, ne reprend pas cette terminologie de « Kimris ». Il tient les Cimbres pour un peuple envahisseur de souche germanique qui succède aux envahisseurs Celtes[20]. Ferdinand Lot à sa suite ne mentionne nullement l'existence de peuples « kimris »[21]. Aucune des publications plus contemporaines sur les Celtes ne reprend la théorie des « Kimris », notamment Venceslas Kruta dans son Dictionnaire[22] ou encore le spécialiste britannique Barry Cunliffe[23].

Le point de départ de la théorie d'Amédée Thierry repose sur une étymologie erronée du mot cymru « pays de Galles » et cymry, pluriel de cymro « gallois » à l'origine des termes anglais cymric et français kymrique « relatif au peuple kymri, ou à sa langue » et cymrique[24]. En effet, kimri, cymri, cimri présente une vague ressemblance avec le nom latin des Cimbres, c'est-à-dire Cimbri, ainsi qu’avec celui d’un peuple mentionné par les Grecs nommés Cimmériens. En réalité, il s’agit d’une coïncidence, car le terme gallois cymry « gallois » est une forme moderne d’un plus ancien *com-brogi-, composé des éléments celtiques com- « avec, ensemble, également » et *brogi « pays » (gallois, cornique, breton bro « pays »), au sens global de « du même pays » → « compatriotes »[25]. Le *Com-brogi- de la période antique ne peut pas avoir été latinisé en Cimbri ou hellénisé en Cimmérien. En effet, le celtique com correspond au latin cum et il n'y a pas d'amuïssement d'une consonne à l'intervocalique en latin, par conséquent il aurait dû être latinisé en *Cumbrogi- (de même que l'élément *brog(i), de même origine, dans les noms de tribus gauloises comme les Allobrogi). Ainsi dans le nom de Cumbria de même étymologie[26],[27], si le premier élément a bien été latinisé en cum, le second -bria est une latinisation tardive à partir d'une forme insulaire évoluée. Le reste du discours sur les Kimris est emprunté aux mythes et légendes développées à propos des Cimbres et des Cimmériens par les auteurs antiques, sans aucun recours à l'analyse critique des textes et aux développements de l'archéologie.

Références

Bibliographie

Articles connexes

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