Kuroshio

courant chaud dans l'océan Pacifique nord From Wikipedia, the free encyclopedia

Le courant de Kuroshio, en japonais kuroshio (黒潮?, « courant noir »), anciennement orthographié Kuroshiwo ou Kuro shivo, est le second plus grand courant marin au monde, après le Gulf Stream. Il débute dans l'ouest de l'océan Pacifique au large de la côte orientale de Taïwan et se dirige vers les eaux au nord-est du Japon où il fusionne avec la dérive orientale du courant du Pacifique nord. Il a un rôle analogue à celui du Gulf Stream dans l'océan Atlantique, transportant des eaux chaudes tropicales vers le Nord et les régions polaires.

Les courants entourant le Japon : 1. Kuroshio 2. extension du Kuroshio 3. contre courant du Kuroshio 4. courant de Tsushima 5. courant Tsugaru 6. courant de Sōya 7. Oya shivo 8. courant de Liman.

Son nom fait allusion à la couleur bleu sombre de ses eaux. Il est aussi appelé courant du Japon (日本海流, Nihon kairyū?). L'une des branches du courant dans la mer du Japon est appelée courant de Tsushima (対馬海流, Tsushima kairyū?) du nom du détroit de Tsushima.

Les eaux chaudes du courant de Kuroshio permettent l'existence des récifs coralliens du Japon, les récifs de corail les plus septentrionaux au monde.

Situation et caractéristiques

Le Kuroshio est l'un des principaux courants marins, le deuxième plus grand au monde après le Gulf Stream[1]. Situé à l'ouest du Pacifique, il démarre à la suite du courant nord équatorial, à l'est des Philippines, remonte à l'est de Taïwan et traverse le îles Tokara, puis longe le Japon[2].

Le Kuroshio se divise en plusieurs branches plus petites qui longent les côtes de la Chine et de la péninsule coréenne : le courant de la mer Jaune, qui longe la péninsule du Liaodong et atteint le golfe de Bohai en été ; le courant de Tsushima, qui traverse le détroit de Corée et longe l'ouest du Japon ; et le courant de la mer de l'Est, qui se sépare du courant de Tsushima[1]. Le courant principal se prolonge par l'extension du Kuroshio, qui est un capteur de CO2 très important[2].

Du fait de son origine tropicale, le Kuroshio transporte des eaux chaudes, entre 20 et 30 °C, dans toute la région est-asiatique et influence son climat[1],[2]. Sa salinité est à environ 34‰[1]. Ses eaux apparaissent bleu sombre comparé aux eaux voisines, qui sont plus pauvres en phytoplancton et où la lumière du soleil pénètre mieux[2].

Histoire

Des mentions anciennes au début du XXe siècle

Le Kuroshio est connu depuis plusieurs siècles. Des voyages probablement rendus possibles par le Kuroshio sont mentionnés dans la biographie d'un moine bouddhiste chinois, Ganjin, venu en mission religieuse au Japon en 754, et dans des chroniques japonaises d'avant 833. Des navires le traversent au VIIe siècle et au VIIIe siècle, malgré les naufrages fréquents[3].

Durant l'époque Azuchi Momoyama et au début de l'époque Edo, soit la première moitié du XVIIe siècle, peu de mentions sont faites du Kuroshio dans les textes japonais. Le navigateur espagnol Sebastián Vizcaíno l'évoque en 1614. L'époque Edo voit la mise en place du sakoku, la politique de fermeture du Japon qui a duré de 1635 à 1853 et qui interdit la navigation lointaine. Mais malgré cette interdiction, le Kuroshio est décrit et illustré dans plusieurs livres et sur des cartes[3]. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, des Occidentaux collectent des données sur la géographie du Japon et notamment sur le Kuroshio, qui reste considéré comme un ensemble de petits courants dispersés autour du Japon et de Taïwan jusqu'aux années 1930[3].

Sujet d'étude au XXe siècle

Entre 1965 et 1979, la Commission océanographique intergouvernementale pilotée par l'UNESCO mène une première campagne d'étude internationale du Kuroshio, la Cooperative Study of the Kuroshio and Adjacent Regions (CSK, en français « Étude coopérature du Kuroshio et des régions adjacentes »). La plupart des participants sont des pays asiatiques. Ce premier programme permet à la fois une meilleure connaissance du Kuroshio et un développement des recherches en océanographie dans les pays participants. Quand le programme prend fin en 1979, plusieurs pays poursuivent leurs recherches, généralement sur des zones géographiques plus restreintes[2].

Afin de répondre au besoin d'une vision globale du Kuroshio, ses impacts sur l'environnement marin et le développement socio-économique des pays qu'il longe, en tenant compte du changement climatique, l'UNESCO lance une deuxième campagne CSK en 2021, qui doit s'étendre jusqu'en 2030[2].

Importance socio-culturelle

Le Kuroshio a une haute importance économique, sociale et culturelle pour plusieurs pays asiatiques. Bien que ses eaux de surface soient pauvres en nutriments, les ressources halieutiques y sont riches[2].

Noms

Le Kuroshio, littéralement « courant noir », tient son nom de ses eaux très sombres[1],[2]. Selon Hideo Kawai, ce nom ne désigne à l'origine qu'une petite branche du Kuroshio qui traverse l'archipel d'Izu, au sud du Japon, et qui est aussi nommée Kurose Gawa, « rivière sombre ». Le nom actuel, Kuroshio, n'a commencé à être utilisé qu'à la fin du XVIIIe siècle pour désigner le courant principal[3].

En chinois, il est appelé Luo-Ji et Wei-Lü. Luo-Ji, qu'on trouve parfois dans les textes japonais sous le nom Rakusai, se réfère plus spécifiquement à la branche du Kuroshio qui traverse la mer de Chine orientale[3].

Dans la culture populaire

Dans Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne édité à partir de 1869, le Nautilus emprunte au départ ce courant appelé Kuro-Scivo (Fleuve-noir), lors de la première exploration sous-marine le menant vers l'île de Crespo, lorsque Ned Land, Conseil et le professeur Arronax arrivent aux côtés du capitaine Nemo.

Notes et références

Voir aussi

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