Armorique au haut Moyen Âge
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Chronologiquement, la période traitée est celle qui date du départ des Romains de l'île de Bretagne, jusqu'à la naissance des duchés de Bretagne et de Normandie. Elle est indissociable des mouvements de population qui ont lieu en Armorique, vaste territoire situé entre la Seine et la Loire.

Histoire
Chaos en Gaule romaine
La situation de l'Empire romain d'Occident s'aggrave de nouveau à partir du milieu du IVe siècle. Les Germains franchissent le Rhin en 352, suivis par les Alamans en 365, et ne sont vaincus qu'en 366. De l'autre côté de la Manche, Théodose l'Ancien pacifie la Bretagne insulaire à partir de 368. C'est probablement à cette époque que les premiers Bretons insulaires sont appelés par le pouvoir romain pour assurer la défense du littoral des Osismes contre les raids de Scots venus d'Irlande[1]. En 410, la Bretagne insulaire est définitivement abandonnée par Rome[2], ce qui entraîne la constitution de royaumes bretons indépendants dans les actuels pays de Galles et Cornouailles. L'Armorique et une partie du reste de la Gaule commencent au même moment à s'extraire du pouvoir romain et, devant alors assurer leurs défenses, font probablement appel à des tribus bretonnes venant de Bretagne insulaire, continuant ainsi le mouvement migratoire déjà enclenché. L'ouest de la Gaule est brièvement reconquis par Rome entre 417 et 424, mais après cette date la région est de nouveau autonome[3]. Des troupes venant d'Armorique combattent cependant sous commandement romain lors de la bataille des champs Catalauniques en 451 contre Attila[4].

L'émigration bretonne
Les migrants venant d'outre-Manche développent un ensemble d'institutions se démarquant du reste de la Gaule[5]. Les clans bretons reconstituent en Armorique les solidarités claniques préexistantes dans l'île de Bretagne, avec à la clef la création de trois royaumes plus ou moins légendaires : Domnonée, Cornouaille, et Broërec, dont les histoires sont mal connues faute de sources[6]. L'évangélisation des campagnes commence véritablement au Ve siècle. Pays d'habitat dispersé, la Bretagne du haut Moyen Âge montre déjà un certain encellulement ecclésiastique[7] qui reposera au Moyen Âge central sur la mise en place d'un réseau de paroisses et de ses subdivisions (quartiers[8], trèves, frairies dont les chapelles permettent notamment aux fidèles d'assister aux offices sans avoir à se déplacer à pied jusqu'à l'église paroissiale qui dessert souvent un vaste secteur ecclésiastique)[9],[10] ; la trace de ce réseau est encore présente dans les toponymes contemporains en Plou-, Lan-, ou Loc-. De nombreux moines formés au pays de Galles[11], notamment venant du monastère de Llantwit, parcourent le pays et y diffusent un christianisme celtique. C'est parmi ces ecclésiastiques immigrés que s'est forgée plusieurs siècles plus tard la légende des Sept saints fondateurs de la Bretagne[12]. À la même époque se met en place la frontière linguistique bretonne. La langue des nouveaux arrivants, rattachée au groupe brittonique du sud-ouest, se répand vers l'est, jusqu'aux confins des pays rennais et nantais, donnant naissance au vieux breton ; au-delà d'une ligne allant de Dol de Bretagne à Donges, le latin vulgaire demeure la seule langue vernaculaire[5]. Les migrations inter-Manche s'accentuent après la défaite des Bretons insulaires lors de la bataille de Dyrham en 577, qui a pour effet de séparer les possessions bretonnes du pays de Galles, de Cornouailles et du Devon[13]. Avec celles-ci, reflet de ces défaites, la légende arthurienne se diffuse sur le Continent[6].
Désignation des potentats
La partie occidentale de l’Armorique, à la suite de la migration de populations bretonnes, est peu à peu renommée Britannia[14] ou bien encore Britannia in paludibus[15].
Christianisation de l'Armorique
Le fait religieux connaît quelques évolutions. Les églises restent en bois et torchis jusqu'au milieu du Xe siècle, laissant peu de traces archéologiques[16]. Les lieux païens (fontaines, sources, arbres...) sont progressivement christianisés et associés à un saint particulier[17]. De nombreux monastères suivent encore les usages scotiques jusqu'à ce que la réforme bénédictine ne s'impose au IXe siècle[18], conformément à ce qu'on observe dans d'autres régions. Les prêtres sont le plus souvent instruits. Sachant lire et écrire le latin, ils sont souvent consultés dans les paroisses avant de prendre une décision. Ils sont souvent mariés, cette charge pouvant même se transmettre au sein d'une même famille[19]. Progressivement l'Église bretonne s'émancipe de la domination franque. Ainsi, les évêques favorables aux Carolingiens sont remplacés en 848 par des évêques bretons, et Salomon érige Dol en archevêché de façon à extraire l'Église bretonne de l'archidiocèse de Tours, mais sans reconnaissance par la papauté[20].
« La première christianisation de l'Armorique s’est faite de deux façons. Elle a commencé au IVe siècle par le sud-est (…) en transitant notamment par Lyon, puis Tours (…) ; dans les diocèses de Nantes et Rennes, il y a 84 églises dédiées à saint Martin, contre 7 plus à l'ouest. Elle ne s'était pas encore imposée en Armorique occidentale, éloignée et peu urbanisée, quand sont arrivés de Grande-Bretagne, du IVe siècle au VIIe siècle, des Bretons déjà christianisés et encadrés par des moines[Note 1]. Ces Bretons sont venus en colonisateurs missionnaires, par petits groupes sous la conduite de chefs socio-religieux (...). Ce qui caractérise le pays breton (surtout sa partie occidentale), c’est le grand nombre de moines et d’ermites[Note 2] (…). L’opinion révère ces moines fondateurs, modèles de piété (…). On ne sait pas grand-chose sur eux. Mais tous ne furent pas évêques. (...) Les communautés paroissiales étaient presque partout assez dépendantes des évêques (…) ; elles avaient, aussi bien que les évêchés, leurs saints fondateurs, notamment celles dont le nom commence par Gui ou par Plou (...). Les premiers chrétiens se disaient « saints » pour se distinguer des païens et signifier qu’ils étaient consacrés à Dieu »[21].
Une province ecclésiastique centrée sur Dol-de-Bretagne existe de 845 à 1209[22].
Chronologie
- Milieu du IIIe millénaire av. J.-C., les populations de la péninsule armorique entrent en contact, via des routes maritimes et fluviales, avec des peuples d'Europe centrale commençant à maîtriser l'extraction et le travail des métaux. Des objets faits de cuivre ou d'un bronze médiocre provenant de cette zone, cadeaux et échanges de prestige entre chefs, commencent à être présents dans les tombes des dignitaires de l'époque[23] ;
- IIIe – VIIe siècle : émigration bretonne en Armorique occidentale[24],[25],[26].
- Ve – VIIe siècle : implantation de communautés saxonnes autonomes en Gaule du Nord[27].
- 451 : des Armoricains combattent sous commandement romain contre Attila lors de la bataille des Champs Catalauniques[4].
- 486 : fin du Royaume de Soissons et mort de Syagrius, les Francs prennent pied en Armorique.
- 511 : mort de Clovis, son fils Clotaire hérite du Royaume de Paris, qui préfigure en partie ce que sera la future Neustrie.
- 560 : révolte de Chramn et de Conomor.
- 578 - 594 : raids des Bretons de Waroch dans le Nantais et le Rennais.
- 753 : Pépin le Bref ravit Vannes aux Bretons et organisent la première Marche de Bretagne.
- 790 - 800 : premiers raids vikings sur les côtes de la Manche et de l'Atlantique.
- 818 : révolte du breton Murman.
- 822 : révolte du breton Wiomarc'h.
- 843 : Nantes est pillée par les Vikings.
- 849 - 907 : Royaume de Bretagne.
- 861 : création d'une Marche de Neustrie en bordure du royaume de Bretagne.
- 911 : traité de Saint-Clair-sur-Epte, Rollon reçoit le contrôle de la Basse Seine.
- 921 : Robert de France concède le Nantais et la Bretagne au chef viking Ragenold. Ce dernier fonde une principauté scandinave en Bretagne.
- 924 : la Normandie centrale passe aux mains de Rollon.
- 937 : Alain Barbetorte, exilé avec le roi Louis à la cour d'Æthelstan, reprend Nantes aux Normands[28].
- 938 : Alain Barbetorte devient le premier duc de Bretagne.
- Vers 1010 : la Normandie est érigée en duché.

