À la suite du refus de Sergueï_Chtchoukine d'acquérir le tableau, en 1949 commence la seconde vie de l’œuvre qui est acheté et accroché sur ses murs par le MoMA de New York; où il impressionne les peintres américains, dont Mark Rothko.
Celui-ci viendra la contempler souvent au MoMa tel une expérience essentielle de la puissance du monochrome. Ce qui les frappe surtout, comme le souligne le catalogue, c'est que «Lorsque vous regardez cette toile, L’Atelier rouge, vous devenez cette couleur, vous en êtes entièrement saturés». (John Gage, Catalogue de l’exposition Rothko, Paris, MAMVP, et Arles, Actes Sud, 1999)
Le peintre américain l’a lui-même suggéré à plusieurs reprises. En 1960, l’historienne de l’art italienne Gabriella Drudi rendit visite à Rothko: Il disait à Mell (son épouse): Te souviens-tu lorsque je passais mes journées au MoMA pour regarder L’Atelier rouge de Matisse? Tu me demandais: Pourquoi toujours ce tableau, et ce tableau seulement? Tu pensais que je perdais mon temps. Mais cette maison, tu la dois à L’Atelier rouge. Et de cette observation pendant des mois et des jours, toute ma peinture est née. (Éric de Chassey, La Violence décorative. Matisse dans l’art américain p. 212.)
In fine, Dore Ashton a souvent souligné que c’est l’atelier rouge par la façon dont les objets sont privés de substance, qui donne de façon exemplaire à Rothko la possibilité de passer à l'abstraction ainsi appliquer à ce tableau de Matisse la constatation du peintre Louis Finkelstein à propos de l’expressionnisme abstrait: La pensée que ce ne sont pas les objets mais l'espace qui constitue la réalité primordiale de notre compréhension est ce qui donne à ce mouvement son unité et son fondement conceptuel . (exposition Picasso: Forty Years of his art, - livre de Chassey p 226)La volonté exprimée très tôt par Matisse de peindre non pas parfaitement l'objet à savoir l’atelier dans sa réalité mais dans l'émotion que celui-ci produit sur l'artiste ainsi interprétée de façon à supprimer complètement l'objet.
Matisse déclare lui-même dans les années quarante: Tout, même la couleur, ne peut être qu'une création. Je décris d'abord mon sentiment avant d'en arriver à l'objet. Il faut alors tout recréer, aussi bien l'objet que la couleur . (Henri Matisse à G. Diehl vers 1945, reprise du livre la violence décorative de Chassey p226)
Finalement l’Atelier rouge devient un véritable manifeste illustrant parfaitement cette citation de Matisse dans les notes d’un peintre, l’artiste français déclare ainsi: «les moyens les plus simples sont ceux qui permettent le mieux de s’exprimer» p198 -la violence décorative.
Une citation que les générations futures comme Rotkho, Ellsworth Kelly et Newman suivront à la lettre.
Roger Fry, The Matisse Room, Second Post-Impressionist Exhibition at Grafton Galleries
Le tableau a notamment été commenté par Michel Butor dans Cantique de Matisse.
Dans Chroma, un livre de couleurs, Derek Jarman évoque le tableau de Matisse: "Les murs de l'atelier de Matisse étaient gris, mais il n'en a pas tenu compte, et il a célébré en fanfare le nouveau siècle, imaginant des murs rouges, dans son Atelier rouge de 1911. Dans ce tableau, la pièce et tous les meubles sont dissous dans l'écarlate - comme saturés."