L'Entrée du marquis de Nointel dans Jérusalem

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L'Entrée du marquis de Nointel dans Jérusalem
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287 × 535 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Localisation

L'Entrée du marquis de Nointel dans Jérusalem est une peinture du XVIIe siècle redécouverte par hasard, derrière une cloison, en 2018 à Paris, au n°4 rue de Marignan, dans l'actuel boutique de haute couture Oscar de la Renta.

Cette toile représente l'arrivée de l'ambassadeur de France, Charles Olier de Nointel, à Jérusalem le , étape d'un voyage qu'il effectue dans l'empire ottoman. Vue précise des monuments les plus connus de la ville de Jérusalem, le tableau met en scène l'entrée triomphale et en armes de l'ambassade de Nointel. Il rappelle la coopération avec les autorités ottomanes et les revendications françaises de protection des lieux saints, réaffirmées lors du renouvellement des capitulations le .

Commandé par le marquis de Nointel, ce tableau fait partie d'une série de quatre, dont deux sont perdus, peinte en 1675-1676. Une hypothèse l'attribue à Arnould de Vuez, l'autre à Jacques Carrey. Ces tableaux ornaient le château de Bercy, avant d'être vendus et dispersés au XIXe siècle.

Découverte

L'Entrée du marquis de Nointel dans Jérusalem est un tableau redécouvert par hasard le au premier étage du n°4 rue de Marignan, dans le 8e arrondissement de Paris, lors de travaux d'aménagement d'un magasin de mode de luxe. La toile est alors marouflée sur un mur caché par une cloison en bois et découverte en abattant cette cloison[1]. La société de haute couture Oscar de la Renta, propriétaire des lieux, fait expertiser et restaurer le tableau et organise l'annonce de cette découverte, dans le New York Times, lors de la semaine de la mode de Paris en [2],[3],[4]. La toile est sur le mur du fond du salon des robes de mariée du magasin Oscar de la Renta[5].

Héliogravure de L'Entrée du marquis de Nointel dans Jérusalem dans le livre d'Albert Vandal[6].
Héliogravure de Le Renouvellement des capitulations dans le livre d'Albert Vandal[7], tableau perdu.

L'expert en art Stéphane Pinta identifie la peinture : il s'agit de L'Entrée du marquis de Nointel dans Jérusalem[8]. Cette peinture est déjà reproduite en héliogravure en 1900 dans un livre d'Albert Vandal intitulé L'Odyssée d'un ambassadeur. Les voyages du marquis de Nointel (1670-1680), qui indique que l'œuvre se trouvait alors chez la baronne de Chasseloup-Laubat, déjà à la même adresse[8].

Ce tableau fait partie d'une série de quatre, qui montre les étapes du voyage dans l'empire ottoman de l'ambassadeur français Charles Olier de Nointel : Le Renouvellement des Capitulations, le , à Andrinople, disparu, L'Entrée du marquis de Nointel dans Jérusalem, le , la Cérémonie du feu sacré dans l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem, en fait la célébration de la Pâque orthodoxe, le , également disparu, et Le Marquis de Nointel à Athènes, le [8], qui fait partie des collections du musée des Beaux-Arts de Chartres mais est prêté au musée de la Ville d'Athènes[9].

Sujet

Page de titre des capitulations de 1673[10].

Charles Olier de Nointel, ambassadeur de France à Constantinople de 1670 à 1680, réussit à obtenir le le renouvellement des capitulations, un traité avec l'empire ottoman qui favorise les commerçants français en abaissant les droits de douane qu'ils doivent verser à 3 % au lieu de 5 %[11],[9]. Nointel décide ensuite de voyager dans l'empire ottoman, dans les échelles du Levant, pour apporter aux marchands français le texte de ces capitulations et les commandements du grand vizir qui en sont l'application[9]. Au-delà de cette raison officielle, il veut aussi se changer les idées après la mort de son frère cadet  Henri Olier de Nointel, dit l'abbé de Nointel, qui vient de mourir à Constantinople[12]  et satisfaire sa curiosité personnelle de voyageur et de collectionneur. Il prend la mer le , accompagné d'environ cinquante personnes[13],[14].

Il va à Chios, Naxos, Larnaca, débarque à Sidon, passe à Jaffa et arrive à Jérusalem le [15],[14]. Ce voyage est notamment décrit par le jésuite Michel Nau, qui y participe[16]. Les voyageurs arrivent à proximité de Jérusalem le vers 17h ou 18h, sont rejoints par des représentants du pacha de la ville et se mettent en ordre pour y entrer. Le marquis de Nointel (au premier plan à droite sur le tableau) change de cheval. Arrivant par la porte de Bethléem, ils font une entrée triomphale dans la ville, en armes et sont accueillis par une foule importante[17]. C'est une mise en scène rare puisque le dernier ambassadeur catholique venu à Jérusalem est Gabriel de Luetz, représentant de François Ier[18],[19] et que quasiment aucun chrétien n'est entré en armes dans cette ville depuis les croisades[19].

Cette démonstration de force ne s'adresse pas tant aux autorités ottomanes, dont le marquis de Nointel obtient le soutien, qu'aux chrétiens orthodoxes de Jérusalem, Grecs et Arméniens. Une clause des capitulations renouvelées en 1673 qui prévoit que des religieux français possèdent le Saint-Sépulcre fonde les revendications françaises de la protection des lieux saints et, plus généralement, de la protection des chrétiens d'Orient, ce qui créé un conflit avec les orthodoxes de Jérusalem[20],[21].

Après avoir séjourné à Jérusalem, le marquis de Nointel reprend la mer à Jaffa, visite la Syrie, en particulier Alep où il reste plusieurs semaines, repasse par Chypre et va à Athènes. Très heureux de découvrir les ruines de la cité antique qu'il admire, il y reste un mois et demi et fait dessiner les sculptures du Parthénon. Après une escale à Smyrne, il revient à Constantinople, où il arrive le [22]. Il perd plus tard la confiance de Louis XIV, auprès de qui les marchands marseillais se sont plaints, et le roi lui retire son poste d'ambassadeur. Il revient en France en 1680[23].

Description

Les arrivants

La représentation de l'arrivée de Nointel dans Jérusalem ne correspond pas tout à fait aux récits. Ces derniers racontent que les Français sont arrivés par l'est, pour entrer dans la ville par la porte de Bethléem. Le tableau les montre arrivant par le Mont des Oliviers, pour entrer par la porte de Saint-Étienne, ce qui permet de rappeler l'entrée de Jésus dans Jérusalem par la même route  alors que Nointel et sa suite arrivent quelques jours avant le dimanche des Rameaux, qui célèbre cette entrée  et de représenter des monuments identifiables de Jérusalem, le Dôme du Rocher et le Saint-Sépulcre. Cette orientation est une représentation classique de Jérusalem[24].

Contrairement à la peinture consacrée à Athènes, ce sont principalement les Orientaux qui sont représentés au premier plan à gauche sur ce tableau. On voit des palefreniers ottomans habillés de rouge et à l'arrière mais assez peu visible un notable coiffé d'un turban vert qui le désigne comme descendants de Mahomet, sans doute un envoyé des autorités de la ville chargé d'accueillir la délégation française[25]. Cette partie du tableau est une scène assez statique. Les quatre palefreniers  d'après les récits, ils étaient en réalité plutôt six[12]  entourent un cheval blanc démonté et fourbu. C'est celui que le marquis de Nointel vient d'utiliser et qu'il délaisse pour monter un cheval frais, offert par les autorités de Jérusalem[26]. Le cavalier arrêté derrière ce groupe, vêtu de rouge, qui regarde le marquis de Nointel pourrait être son frère, Ferdinand Olier, seigneur de Gicourt. On voit aussi, en bas du tableau, les chiens de chasse du marquis[27].

Sur la droite, au premier plan, figure le marquis de Nointel, sur un étalon isabelle caparaçonné[28]. Le peintre n'a pas cherché à le flatter dans la représentation de son visage, qui accuse son âge, ni à cacher son embonpoint[12]. Il est suivi par plusieurs cavaliers. Le premier, habillé en rouge, serait le premier secrétaire d'ambassade, Charles-Armand Le Picard d’Amblaincourt et le deuxième peut être le consul de Sidon, M. de Ségla[29].

Ce tableau cherche à montrer la coopération entre le marquis de Nointel et les Ottomans, tout en ravalant ces derniers au rang de serviteurs, alors qu'ils sont en réalité les maîtres de Jérusalem, contrairement à Nointel, qui de plus va se heurter à la résistance des chrétiens orthodoxes[30].

La descente vers la ville

La ville de Jérusalem vue du mont des Oliviers en 1887.

Au centre et à droite du tableau, le cortège, principalement représenté de dos, se dirige vers la ville en descendant vers la vallée du Cédron. Deux cavaliers se retournent vers le spectateur[25]. Les hommes qui composent le cortège sont des janissaires ottomans, des lanciers européens, deux trompettes habillés en bleu et trois cavaliers turcs presque au premier plan, qui pourraient être des drogmans[31].

La représentation de Jérusalem depuis le mont des Oliviers permet un point de vue global sur la ville entourée de remparts. On voit nettement l'esplanade des Mosquées avec le Dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa et à l'arrière-plan la coupole du Saint-Sépulcre et la citadelle près de la porte de Jaffa[30]. Les monuments sont représentés avec précision[4]. La pente est volontairement accentuée, pour offrir une vue plus complète. Le peintre qui accompagnait Nointel a réalisé un relevé rigoureux de la ville, sur place et, de ce point de vue, ce tableau est une source précieuse sur l'état de la ville en 1674, même s'il n'a guère été vu et reproduit après sa réalisation[32].

En situant l'arrivée de Nointel et de sa suite à partir du mont des Oliviers, le peintre ne rappelle pas seulement l'entrée de Jésus dans Jérusalem. Il fait prendre au groupe des Français le même itinéraire que la procession du clergé latin de Jérusalem lors du dimanche des Rameaux, seule seule manifestation publique du culte catholique autorisée par les Ottomans, qui a lieu quelques jours après l'arrivée de Nointel[33]. Dans la descente, un monument quadrangulaire semble représenter le sépulcre de la Vierge Marie, devant lequel sont assises trois femmes dont l'une, portant un nourrisson, symbolise la Vierge Marie[33]. À gauche, un toit pointu correspond au tombeau d'Absalom. Ces deux monuments rappellent que Jérusalem est le berceau de la religion catholique, ce qui fait de Nointel, proche des jansénistes, un défenseur de la foi[34].

Une œuvre de propagande

Notes et références

Voir aussi

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