La Fin du jour à Pennmark (Finistère)
tableau de François-Alfred Delobbe
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La Fin du jour à Pennmark (Finistère) est une peinture à l'huile sur toile de François-Alfred Delobbe présentée au Salon de 1886[1], au Palais des Champs-Élysées[2], puis à l'Exposition Universelle de 1889[3]. Le tableau clôt le triptyque des Filles de l'océan, inauguré en 1884 avec Au bord de la mer, et poursuivi l'année suivante avec Deux Filles de l’océan ; souvenir de Bretagne. Il représente les mêmes deux jeunes Bretonnes, dans une composition légèrement différente[4].
La Fin du jour à Penmark : le troisième volet d’un triptyque cohérent
Ces trois œuvres forment un cycle narratif et atmosphérique, centré sur les mêmes deux jeunes Bretonnes, vues d’abord dans la lumière du jour, puis dans une posture méditative, enfin dans la mélancolie du soir. C’est un triptyque moderne, non religieux, mais profondément symbolique. Les trois tableaux montrent les mêmes modèles, dans des postures proches, mais avec des variations subtiles : orientation du regard, position des mains, intensité de la lumière, distance à la mer. La Fin du jour à Penmark est la version la plus crépusculaire. Elle clôt le cycle comme un adagio.
Delobbe propose, dès 1884–1886 : une Bretagne épurée, silencieuse, intérieure, débarrassée du pittoresque folklorique, centrée sur la psychologie et la présence des figures. Autrement dit une Bretagne moderne avant Gauguin, avant Bernard, avant Sérusier. Ce triptyque montre que l’école de Concarneau a une dimension internationale avant Pont-Aven, que la Bretagne est déjà un laboratoire esthétique, que la modernité bretonne ne naît pas en 1888, mais au moins quatre ans plus tôt. Comparer Delobbe et Gauguin, c’est mettre face à face deux visions de la Bretagne qui ne s’opposent pas : elles se succèdent, elles se répondent, et surtout la première prépare la seconde.
Une œuvre majeure du Salon de 1886 et de l’Exposition universelle de 1889


Le célèbre Louis Énault, qui avait déjà mis à l'honneur les deux premiers volets du triptyque dans les précédents volumes de son Paris Salon, présente ainsi la toile à ses lecteurs : « Penmark est une station chère à nos paysagistes. La Fin du jour de M. Delobbe paraît être aussi la fin de la terre habitée. Les deux jeunes Bretonnes, silencieuses héroïnes de sa composition, assises sur les rochers qui dominent la falaise, ont l’air de s’être isolées du reste du monde, qui n’existe plus pour elles. J’ai rarement vu un détachement plus profond, et une mélancolie plus intense que chez ces deux jeunes créatures auxquelles M. Delobbe semble avoir voulu prodiguer toutes les caresses de son pinceau. L’une, assise sur un rocher, dans une pose pleine de naturel et de grâce, ne nous montre que son profil perdu ; mais elle ne nous en présente pas moins une silhouette très élégante et très fine ; sans exagération toutefois de délicatesse : c’est une paysanne robuste, et capable de porter sans faiblir le poids du jour et du travail. Son œil, dont nous pouvons suivre la direction sans parvenir à rencontrer sa prunelle, regarde au loin la mer immense, sur laquelle se détachent, pareilles à de grandes ailes de mouettes et de goëlands, les voiles blanches et légères d’une flottille de barques de pêcheurs. Une d’elles peut‑être emporte le bien‑aimé, et voilà pourquoi cette jeunesse est triste. L’autre, dont le cœur ne vogue pas sur les flots, tourne le dos à la mer, et regarde le spectateur d’un œil clair et franc, miroir limpide d’une âme honnête et qui n’a rien à cacher. Quand le jour finit ainsi, c’est que la journée a été bonne[5] ».
Le Journal des artistes apprécie également le tableau : « Voici le Soir à Penmark, de M. Delobbe, une toile d’une grande allure, d’un aspect saisissant. La couleur violette des flots lui donne une teinte de fantaisie qui ne peut diminuer en rien l’ampleur d’un sujet pris au pays des légendes[6] ».
Malgré le fait La Fin du jour à Penmark soit présentée au Salon de 1886, puis à l'Exposition universelle de 1889, cette synthèse du cycle n'a pas bénéficié de la même popularité exceptionnelle que les deux premières toiles, qui ont compté parmi les tableaux les plus reproduits de leur temps. Comme les deux premières toiles, la Fin du jour à Penmark a été reproduite dans le Paris Salon, reprise en photoglypties par Braun & Cie[7] en Europe[8], par Soule Art Company outre-Atlantique[9], caricaturée dans le Journal amusant[10], mais cela s'est semble-t-il arrêté là. La diffusion n'a pas été « virale » comme pour les deux premières images. C’est une diffusion « normale » pour Delobbe, pas un phénomène culturel.

Pourquoi les deux premières toiles ont explosé — et pas la troisième
Le public voulait des images « lumineuses » et « reposantes » : Au bord de la mer (1884) : clair, apaisé ; Deux Filles de l’Océan (1885) : mélancolique mais lumineux . La Fin du jour à Penmark (1886) est crépusculaire, plus sombre, plus intérieure. Le public a préféré les deux premières, plus « accrochantes ». Les deux premières toiles ont été massivement reproduites, elles ont créé une iconographie dominante. Quand la troisième arrive, le marché est déjà rempli. Le public n’avait plus besoin d’une troisième version. Les titres influencent la vente. Celui-ci est moins évocateur pour un public international. Les deux premières images formaient déjà un diptyque iconique. La troisième, plus complexe, plus crépusculaire, n’a pas trouvé sa place dans l’imaginaire collectif.