Lorsqu'en ces lieux, malgré votre défense,
J'eus de l'amour reconnu le signal,
Pour mieux tromper mon espérance,
Vous vous êtes dit mon rival ;
Mais à mon tour, déployant mon adresse,
De ruse avec vous j'ai lutté ;
Et voilà comme on se trompe sans cesse '
Chacun de son côté.
Avant l'hymen, croyant, bien nous connaître,
Lorsqu'on entend les hommes discourir,
Ils veulent tous parler en maître,
Et sous leurs lois nous asservir ;
Mais par l'hymen il faut hien qu'ils finissent.
Alors, malgré leur fermeté,
Sans y penser, ces messieurs obéissent
Chacun de leur côté.
Quand un héros, que l'univers contemple,
Au champ d'honneur guide tous les Français,
Lorsque lui-même il sert d'exemple
Pour mieuè assurer leurs succès ;
Quand sa compagne a, par sa bienfaisance,
Déjà fait bénir sa bonté,
Ils font ainsi le bonheur de la France
Chacun de son côté.
Messieurs, l'auteur, tremblant pour son ouvrage,
Dans ce moment redoute votre arrêt.
De mériter votre suffrage
Aurait-il fait le vain projet ?
Ah ! pour juger cette légère esquisse,
Sur-tout point de sévérité,
Et que ce soir tout le monde applaudisse
Chacun de son côté.
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Il est un Dieu ; devant lui je m’incline,
Pauvre et content, sans lui demander rien.
De l’univers observant la machine,
J’y vois du mal, et n’aime que le bien.
Mais le plaisir à ma philosophie
Révèle assez des cieux intelligents.
Le verre en main, gaîment je me confie
Au Dieu des bonnes gens.
Dans ma retraite où l’on voit l’indigence,
Sans m’éveiller, assise à mon chevet,
Grâce aux amours, bercé par l’espérance,
D’un lit plus doux je rêve le duvet.
Aux dieux des cours qu’un autre sacrifie !
Moi, qui ne crois qu’à des dieux indulgents,
Le verre en main, gaîment je me confie
Au Dieu des bonnes gens.
Un conquérant, dans sa fortune altière,
Se fit un jeu des sceptres et des lois,
Et de ses pieds on peut voir la poussière
Empreinte encor sur le bandeau des rois.
Vous rampiez tous, ô rois qu’on déifie !
Moi, pour braver des maîtres exigeants,
Le verre en main, gaîment je me confie
Au Dieu des bonnes gens.
Dans nos palais, où, près de la Victoire,
Brillaient les arts, doux fruits des beaux climats,
J’ai vu du Nord les peuplades sans gloire
De leurs manteaux secouer les frimas.
Sur nos débris Albion nous défie ;
Mais les destins et les flots sont changeants :
Le verre en main, gaîment je me confie
Au Dieu des bonnes gens.
Quelle menace un prêtre fait entendre !
Nous touchons tous à nos derniers instants :
L’éternité va se faire comprendre ;
Tout va finir, l’univers et le temps.
Ô chérubins à la face bouffie,
Réveillez donc les morts peu diligents.
Le verre en main, gaîment je me confie
Au Dieu des bonnes gens.
Mais quelle erreur ! non, Dieu n’est point colère ;
S’il créa tout, à tout il sert d’appui :
Vins qu’il nous donne, amitié tutélaire,
Et vous, amours, qui créez après lui,
Prêtez un charme à ma philosophie
Pour dissiper des rêves affligeants.
Le verre en main, que chacun se confie
Au Dieu des bonnes gens.
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J’ai vu la Paix descendre sur la terre,
Semant de l’or, des fleurs et des épis.
L’air était calme, et du dieu de la guerre
Elle étouffait les foudres assoupis.
« Ah ! disait-elle, égaux par la vaillance,
« Français, Anglais, Belge, Russe ou Germain,
« Peuples, formez une sainte alliance,
« Et donnez-vous la main.
« Pauvres mortels, tant de haine vous lasse ;
« Vous ne goûtez qu’un pénible sommeil.
« D’un globe étroit divisez mieux l’espace ;
« Chacun de vous aura place au soleil.
« Tous attelés au char de la puissance,
« Du vrai bonheur vous quittez le chemin.
« Peuples, formez une sainte alliance,
« Et donnez-vous la main.
« Chez vos voisins vous portez l’incendie ;
« L’aquilon souffle, et vos toits sont brûlés ;
« Et quand la terre est enfin refroidie,
« Le soc languit sous des bras mutilés.
« Près de la borne où chaque état commence,
« Aucun épi n’est pur de sang humain.
« Peuples, formez une sainte alliance,
« Et donnez-vous la main.
« Des potentats, dans vos cités en flammes,
« Osent du bout de leur sceptre insolent
« Marquer, compter et recompter les âmes
« Que leur adjuge un triomphe sanglant.
« Faibles troupeaux, vous passez, sans défense,
« D’un joug pesant sous un joug inhumain.
« Peuples, formez une sainte alliance,
« Et donnez-vous la main.
« Que Mars en vain n’arrête point sa course ;
« Fondez les lois dans vos pays souffrants ;
« De votre sang ne livrez plus la source
« Aux rois ingrats, aux vastes conquérants.
« Des astres faux conjurez l’influence ;
« Effroi d’un jour, ils pâliront demain.
« Peuples, formez une sainte alliance,
« Et donnez-vous la main.
« Oui, libre enfin, que le monde respire ;
« Sur le passé jetez un voile épais.
« Semez vos champs aux accords de la lyre ;
« L’encens des arts doit brûler pour la paix.
« L’espoir riant, au sein de l’abondance,
« Accueillera les doux fruits de l’hymen.
« Peuples, formez une sainte alliance,
« Et donnez-vous la main. »
Ainsi parlait cette vierge adorée,
Et plus d’un roi répétait ses discours.
Comme au printemps la terre était parée,
L’automne en fleurs rappelait les amours[1].
Pour l’étranger coulez, bons vins de France :
De sa frontière il reprend le chemin.
Peuples, formons une sainte alliance,
Et donnons-nous la main.
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Des bords du Tage à ceux de la Baltique,
Entendez-vous le sinistre beffroi ?
Voyez-vous fuir de leur demeure antique,
Ces rois saisis de rumeur et d’effroi ?
Vous qui veillez au sort de la patrie,
Ah ! Détournez l’orage peu lointain.
Unissez-vous, fils de la Rauracie Et donnez-vous la main, et donnez- vous la main !
Unissez-vous, fils de la Rauracie Et donnez-vous la main, et donnez- vous la main !
Des séducteurs, ennemis de leurs frères,
Ont dit : Formez deux camps sous deux couleurs;
Mais répondez à ces voix étrangères:
Le pays seul fera battre nos cœurs.
De nos aînés, déplorons la folie,
Notre étendard n’est Gaulois ni Germain;
Unissez-vous, fils de la Rauracie Et donnez-vous la main, et donnez-vous la main !
Unissez-vous, fils de la Rauracie Et donnez-vous la main, et donnez-vous la main !
Loin de nos rangs celui qui n’est sensible
Qu’au souvenir de Vienne ou de Paris !
Pierre-Pertuis; Réfousse et Mont-Terrible,
J’aime à rêver au pied de vos débris;
Vous avez vu la liberté bannie,
Cent fois mourir et renaître soudain;
Unissez-vous, fils de la Rauracie Et donnez-vous la main, et donnez-vous la main !
Unissez-vous, fils de la Rauracie Et donnez-vous la main, et donnez-vous la main !
Cueillons gaîment les fruits de nos campagnes,
Versez, Biennois, le vin de vos coteaux,
L’indépendance est fille des montagnes,
Pour nos enfants luiront des jours plus beaux.
Sous les drapeaux de la libre Helvétie,
Que d’âge en âge on chante ce refrain :
Unissez-vous, fils de la Rauracie Et donnez-vous la main, et donnez-vous la main !
Unissez-vous, fils de la Rauracie Et donnez-vous la main, et donnez-vous la main !
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