La Revue moderne
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1 mois |
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Revue moderne des arts et de la vie (d) |
La Revue moderne est un magazine québécois mensuel fondé par Anne-Marie Huguenin en 1919, qui a été publié à Montréal jusqu’à 1960. Le mensuel visait particulièrement le lectorat féminin au travers de son contenu comportant entre autres des chroniques féminines axées sur la vie de foyer ainsi que des récits de fiction romantiques, mais ciblait également un public plus élargi en publiant des chroniques abordant la vie publique au sein des sociétés canadienne et québécoise.
Fondation
La Revue moderne a été fondée en 1919 par Anne-Marie Huguenin, plus connue sous son nom de plume de Madeleine, après que celle-ci ait quitté le journal La Patrie, où elle était responsable de la page féminine[1]. Madeleine a été directrice du périodique jusqu’à la fin des années 1920 et a offert une contribution marquante à la Revue historique, en offrant son point de vue et ses opinions au travers de ses éditoriaux et chroniques publiées sous différents pseudonymes dans le magazine[2].
Évolution
Au fil des décennies, notamment dès les années 1950, à la suite de changements au sein de la direction, la place laissée aux chroniques abordant la société et la vie publique s’amoindrit. La culture moyenne (domesticité, mode, consommation) est mise en avant-plan, et le récit fictif conserve également une place de choix dans les publications. La Revue se taille une place importante dans le champ de la publication de littérature canadienne-française à cette époque, notamment en publiant des nouvelles - forme de récit plaisant particulièrement au public - de Jean Desprez, Gabrielle Roy ou Adrienne Choquette, parmi d'autres[3]. Vers la fin des années 1950, le magazine présente de plus en plus un contenu centré sur—et écrit par—des célébrités locales féminines, comme Michelle Tisseyre[4].
Héritage
En 1960, le magazine est acheté par l’entreprise Hunter Maclean est renommé Châtelaine[5]. Malgré le changement de nom, le périodique est la continuation logique de l’évolution de la Revue moderne des dernières décennies; il met en vedette des femmes renommées et publie un contenu visant à éduquer et inspirer son lectorat féminin dans leur vie quotidienne. En continuité avec la Revue moderne, Châtelaine souhaite réunir et donner voix aux femmes québécoises[6].
Position politique et sociale
La Revue Moderne est un magazine indépendant, sans affiliation politique extérieure. À son commencement, le financement de la revue était en grande partie fait par le mari de Madeleine, le Dr. Wilfrid Huguenin. Cette indépendance économique et politique permet aux écrivains et écrivaines d'exprimer sincèrement leurs idées concernant la société et la politique québécoise et canadienne. Par exemple, en , le premier éditorial du mois intitulé « S'unir pour grandir » présente des propos allant à l’encontre du mouvement nationalisme canadien-français des années d'après-guerre, et positionne la revue en faveur de l'union nationale, de la coopération et du partage au sein du Canada[7].
Mission
Dès sa fondation, la Revue moderne affiche très clairement sa mission, divisée en plusieurs volets. La revue mensuelle désire premièrement aider à créer un véritable centre de pensée canadienne en ouvrant ses colonnes discursives à tous ceux voulant améliorer le sort de la société canadienne-française[8]. Elle veut aussi valoriser à l'échelle nationale — notamment auprès des anglophones — la culture et la langue française afin de représenter dignement le Canada français, en offrant à son lectorat une littérature francophone de qualité[8]. Également, elle compte agir comme éducatrice et amie auprès de son public féminin, en remplaçant «les magazines extravagants qui enseignent le mauvais goût, et déforment trop souvent la mentalité [des] femmes et [des] jeunes filles.»[8]
La Revue moderne a dès son commencement un objectif double: intellectuel et populaire. Elle veut offrir une plateforme discursive où l'élite et les lettrés pourront parler de société et de littérature fine, tout en offrant au grand public (principalement féminin) un magazine divertissant et pratique, où se retrouveront conseils de mode, recettes de cuisine et récits romantiques français[3].
Idées conservatrices
De nombreux articles de La Revue Moderne, notamment ceux situés dans la section féminine de la revue, traitent de l’image que les femmes doivent projeter en public ainsi que leur rôle dans la société québécoise. On y associe fréquemment, de manière assez conservatrice, la féminité au rôle de la mère de famille, responsable et autonome, qui a un mode de vie centré sur l’espace privé de la maison[9]. Par exemple, une rubrique publiée en 1929 intitulée «Les choses féminines» est en fait un menu pour une semaine entière proposé par la revue[9]. Les nombreuses publicités pour des produits ménagers ou des outils de cuisine retrouvées dans le magazine renforcent également cette idée conservatrice de la femme liée au foyer.
Idées féministes
Malgré la prolifération d'images et de valeurs traditionalistes, la Revue moderne critique à plusieurs reprises la condition d'esclavage domestique auquelle sont asujetties plusieurs femmes de la société[2]. Dans la section fémina du journal, au travers des textes de conseils domestiques se trouvent également des textes d'opinion sur le rôle social et politique de la femme, à qui devraient être confiées davantage de responsabilités dans la sphère publique, pour le bien de la société[2].
Le droit de vote des femmes est abordé, et explicitement supporté, dans la section politique de l'édition d', par Luc Aubry, qui est considéré par plusieurs comme ayant été un pseudonyme masculin (et donc plus facilement progressiste) de Madeleine[2]. L'éducation des femmes est également encouragée dans le magazine. Le magazine a aussi tendance à venir à la défense des femmes lorsqu’elles sont attaquées sur la place publique. Par exemple, au début du 20e siècle, la hausse de la mortalité infantile pousse les médecins à éduquer les mères (considérées ignorantes) concernant les soins nécessaires à donner aux enfants. Cette pratique des médecins est vivement critiquée par la revue et par Madeleine qui va rédiger plusieurs articles sur le sujet[9].
Influences antiféministes
Malgré les tendances progressistes du magazine, qui revendique des responsabilités politiques et un plus grand rôle sociétal accordé aux femmes, celui-ci se distancie du terme féminisme. Ce refus d’association est fort probablement causé par l'impopularité du mouvement auprès des autorités ecclésiastiques, politiques et académiques de la première moitié du XXe siècle, et du traitement accordé aux suffragettes à cette époque[1]. Afin de pouvoir garder la tribune que représente le magazine, les autrices et l’équipe de direction adoptent un « conservatisme de circonstance », comme le présente Quenneville-Labelle: « [Les] femmes devaient se nier pour ne pas faire peur aux hommes. Il y a donc nécessité, et non pas seulement au Canada français, d’affecter une innocence et un manque total d’intérêt personnel [...] dans l’idée de garder la tribune qu’elles avaient si difficilement réussi à avoir. Le prix à payer était un conservatisme discursif.»[2]
Le magazine chevauche donc une ligne mince entre le conformisme et la perpétuation des idées traditionnelles de la femme au foyer et la valorisation du rôle des femmes dans la société[2].