La Répétition (Buckingham)
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La Répétition, titre original The Rehearsal, est une comédie de la Restauration anglaise, en cinq actes et en prose, du duc de Buckingham. Elle a été jouée pour la première fois à Londres au Théâtre Royal de Bridges Street, qui deviendra quelques années plus tard le Théâtre de Drury Lane, le par la King's Company de Killigrew[1],[2]. Buckingham fut aidé dans son travail d'écriture, qui dura plusieurs années, principalement par Samuel Butler, Thomas Sprat et Martin Clifford[2],[3].
Cette pièce est difficile à résumer, car il n'existe pas véritablement d'intrigue. Cette satire a pour but principal de se moquer du dramaturge Dryden, représenté par le personnage Bayes. Sous le prétexte d'assister à une répétition de sa dernière pièce, s'enchaîne une série de saynètes illustrant soit la suffisance, l'assurance, l'ignorance ou la vulgarité de Bayes, soit soulignant des erreurs, des incohérences, des absurdités ou des jeux de scène ratés dans certaines pièces de Dryden. Cette succession d'épisodes burlesques s'étend de la moitié de l'acte I jusqu'au milieu de l'acte V. À ce moment, les deux amis, qui assistent à la répétition avec Bayes, las de l'incohérence de la pièce, profitent de l'absence momentanée de celui-ci pour s'en aller déjeuner. Bayes s'étonne de ce départ cavalier, puis constate qu'à leur tour ses acteurs se sont aussi éclipsés. Il menace de vendre sa pièce à l'autre compagnie.
Buckingham prit un temps considérable pour entraîner John Lacy, qui devait jouer le rôle de Bayes, afin qu'il imite le mieux possible Dryden. Ainsi, ce dernier étant connu pour être un mauvais lecteur, Lacy adopta un ton hésitant et monotone, lorsqu'il lui fallait lire un texte[3], par exemple à l'acte IV scène 1.
Détail de l'intrigue
Acte I
Deux amis, Johnson et Smith se rencontrent avec plaisir en ville. Smith, qui habite la campagne, arrive à peine et il se proposait justement de rendre visite à son ami. Alors qu'ils parlent des fats solennels, « qui, étant dénués de raison et insensibles à l'esprit et au plaisir, conservent un air grave et dérangent les autres dans l'espoir de passer pour des hommes affairés[4] », passe près d'eux Bayes, un auteur dramatique. Johnson lui demande de raconter pour son ami l'intrigue de sa dernière pièce. Bayes lui dit qu'il l'a déjà oubliée, mais leur propose d'assister à la dernière répétition de sa prochaine pièce. Les deux amis acceptent.
Bayes leur explique que le pivot de sa pièce repose sur la présence de deux rois de Brentford, pour lesquels le peuple montre la même obéissance, les mêmes devoirs et la même affection. Ces deux rois se respectent l'un l'autre, et, bien qu'ils diffèrent parfois sur des points de détail, ils sont d'accord sur l'essentiel. Smith remarque que « l'auteur devra montrer beaucoup de reconnaissance aux acteurs, si ceux-ci arrivent à donner du sens à cette pièce[5] ».
Bayes leur soumet l'idée d'un prologue universel, qui pourrait également servir d'épilogue, ou être utilisé dans n'importe quelle pièce. Après avoir évoqué plusieurs possibilités, il expose sa dernière idée de prologue :
Bayes — […] Je pourrai apparaître vêtu d'un long voile noir, accompagné d'un gigantesque bourreau, l'épée à la main. Je dirai alors simplement au public que si, par hasard, ils n'aiment pas ma pièce, je m'agenouillerai et le bourreau me tranchera la tête. Sur quoi, tout le monde applaudira … |
Acte II
Bayes annonce le début de la répétition, prévenant Johnson et Smith que la pièce commence, de façon inhabituelle, par des murmures. Effectivement deux personnages entrent en scène, le médecin et le gentleman portier, qui disent une partie de leur texte de manière inaudible en murmurant. Johnson et Smith apprennent que ces deux personnages sont le médecin et le portier des deux rois, mais qu'ils ne se connaissent pas pour les besoins de l'intrigue. À la fin du dialogue des deux comédiens, Bayes demande leur avis à Johnson et Smith :
Bayes — Alors, messieurs, dites-moi, je vous prie, la vérité, sans me flatter. Est-ce que ce n'est pas un début de pièce extrêmement bizarre ? |
Arrivent alors les deux rois, main dans la main.
Roi 1 — As-tu remarqué leurs murmures, frère roi ? |
Le médecin et le portier considèrent que leurs positions ne sont plus sûres depuis que les deux rois les ont entendu murmurer, et ils décident de les détrôner. Pour cela, ils sortent leurs épées, s'assoient sur deux grandes chaises et deviennent des usurpateurs. Johnson et Smith s'étonnent que le renversement de deux rois s'effectue d'une manière aussi anodine. Bayes leur promet que les combats auront lieu plus tard.
Acte III
Après une scène, sans rapport évident avec tout ce qui a précédé, entre le prince Pretty-man et le tailleur Tom Thimble, qui apparaît pour la première fois en scène, Smith se plaint que la pièce n'avance pas.
Bayes — La pièce n'avance pas ? Je ne vois pas ce que vous voulez dire. Ce que vous venez de voir ne fait-il pas partie de la pièce ? |
Au début de la scène 5, le prince Volscius fait sa première apparition, alors qu'à la scène 2 on avait appris qu'il ne fréquentait pas la cour des usurpateurs, et qu'il était parti pour Piccadilly, ce qui provoque la surprise de Smith.
Smith — Je croyais qu'il était parti pour Piccadilly. |
L'acte se termine sur une déclaration de Bayes : « Je suis la personne la plus étrange sur terre. Pourquoi je me soucierais de l'argent ? J'écris pour la renommée[10] ».
Acte IV
Au début de l'acte, Bayes disserte avec Johnson et Smith sur la conception des drames héroïques, discussion inspirée par l'ouvrage Of Heroique Plays de Dryden, et traitée sur le mode burlesque :
Bayes — Puisque les écrivains peuvent diviser leurs ouvrages en trois, quatre, cinq, six, sept, huit tomes, ou plus s'ils le désirent, je serais très heureux de savoir ce qui m'empêcherait d'en faire autant avec mes pièces. |
Puis, à ce point avancé de la pièce, Bayes présente un nouveau héros, Drawcansir, copie burlesque d'Almanzor, le héros de La Conquête de Grenade de Dryden[12],[13].
Johnson — Je vous en prie, monsieur Bayes, qui est ce Drawcansir ? |
Drawcansir fait effectivement son entrée, et il traite de façon ignoble les deux usurpateurs, qui finissent par se retirer avec leurs suites. Interrogé sur la raison de cette scène, Bayes explique qu'il s'agissait de camper le personnage, ce que Johnson, flagorneur, approuve et feint d'admirer.
Acte V
Les deux rois légitimes, habillés de blanc, accompagnés de trois joueurs de violon, descendent du ciel dans un nuage. À cette vue, les deux usurpateurs s'enfuient, tandis que les deux rois se mettent à chanter. Smith se plaint que le texte de la chanson n'est pas clair, mais Bayes lui répond que les gens qui sont dans les nuages ne parlent pas clairement, et que s'ils les avaient fait s'exprimer autrement, il aurait tout gâché. Smith bout d'impatience devant tant de bêtise : « Je ne peux plus patienter davantage, j'ai envie de museler cet imbécile, que je ne peux plus supporter[15] ». Johnson lui demande d'attendre encore un peu.
Deux hérauts arrivent pour avertir les rois que l'armée, qui était cachée à l'auberge de Knights-Bridge, se trouve à la porte et veut parler aux rois :
Héraut 1 — L'armée est à la porte, déguisée. Elle veut parler avec vos deux majestés. |
Pour mettre en scène, la bataille qui va suivre, Bayes explique qu'il va la représenter avec seulement deux hommes, un de chaque camp, disposant chacun d'une épée et d'un luth. La scène de combat entre le général et le lieutenant-général est écrite en vers. Bayes explique qu'il va mettre un terme à cette bataille grâce à une éclipse, « ce qui, laissez-moi vous dire, est une fantaisie, qui n'a pas encore été beaucoup utilisée, sauf par moi et une autre personne, dont je tairai le nom[17] ». L'éclipse est représentée par trois personnages, la Lune, le Soleil et la Terre, qui dansent.
Bayes s'absente momentanément, et Johnson et Smith en profitent pour s'en aller. Bayes, à son retour, constatant leur absence, court à leur poursuite, car son « dernier acte est le meilleur de tous ». Les acteurs, ne croyant pas en cette pièce, décident de s'en aller eux aussi. Quand Bayes revient sans avoir pu rejoindre Johnson et Smith, il ne trouve plus au théâtre que le régisseur, qui lui dit que tout le monde est parti dîner.
Bayes, mécontent, dit que pour se venger, il ira vendre sa pièce à l'autre compagnie, c'est-à-dire à la compagnie du duc[18]. Bayes s'en va, tandis que les acteurs reviennent, disant qu'ils vont préparer une autre pièce.

