La Souterraine (salle)

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La Souterraine
La Souterraine, photographie conservée au musée Carnavalet.
Présentation
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La Souterraine est le surnom du grand coffre-fort appartenant à la Banque de France dans le 1er arrondissement de Paris. D'une superficie de plus de 10 000 m2, La Souterraine abrite depuis les réserves en or de la France et d'autres réserves de la Banque de France.

La Souterraine est située dans le sous-sol d'une extension de l'hôtel de Toulouse. Cette extension est encadrée par l'hôtel de Toulouse originel au Nord, la rue Croix-des-Petits-Champs à l'Est, la rue du Colonel-Driant au Sud, et la rue de Valois à l'Ouest[1].

Emplacement approximatif de la Souterraine.

Historique

Genèse de la création (1810-1920)

La Banque de France s'installe en à l'hôtel de Toulouse, qui devient son siège. Les caves de l'institution permettent de stocker ses réserves[2]. Toutefois, le siège de puis la Première Guerre mondiale conduisent à une remise en question de la sécurité des lieux, car Paris a été alors bombardée et l'on craignait une nouvelle occupation ennemie ou une insurrection populaire[3].

Construction (1920-1927)

La décision de créer La Souterraine est prise au début des années 1920. La construction débute en et s'achève en . Sont mobilisés 1 200 ouvriers, qui se relaient jour et nuit[3]. La construction nécessite 10 000 tonnes d'acier, 20 000 tonnes de ciment, 50 000 tonnes de sable, 150 000 m3 de remblais et constitue à l'époque le plus grand coffre-fort du monde[4].

Début de l'utilisation et notoriété internationale (1927-1938)

La Souterraine est médiatisée à l'issue de sa création. En , l'auteur Stefan Zweig demande à visiter le lieu, et obtient cette chance grâce à l'entregent de son éditeur[5]. Il en tire un texte intitulé Visite à la Souterraine, dans lequel il écrit : « le paradis et l'enfer de Dante possédaient sept cercles ; les caves de la Banque de France, elles, en ont peut-être davantage encore »[6]. Ce texte fait l'objet d'une adaptation vidéo en par Marie Laurence Delaunay[7] sous le titre Stefan Zweig et l'or de la France[8].

Dans le contexte de l'incertitude politique de l'entre-deux-guerres, la Banque de France et le ministère de l'Intérieur mettent en place des plans d'exfiltration de l'or. En , une note interne de la Banque met en place un plan d'évacuation des réserves en cas d'attaque ennemie. Le Deuxième Bureau, ancêtre de la DGSE, propose également à la Banque de France en un plan d'exfiltration[9]. À cette époque, environ 4 800 tonnes d'or sont stockées dans la Banque, sur les 5 083 tonnes détenues au total par la Banque de France[10].

La Banque ouvre la Souterraine à la presse pour la première fois en , dans le cadre de l'Exposition internationale qui se déroule à Paris. 2 800 tonnes d'or, en lingots et en pièces, sont alors stockées ; c'est 1 600 tonnes de plus qu'en , mais 2 100 de moins qu'en [9].

La Souterraine dans la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Les accords de Munich font craindre le pire au gouvernement français. Dès , le gouverneur de la Banque de France signe un ordre pour évacuer les réserves en or : dans le mois qui suit, 396 camions et 160 wagons acheminent plus de 1 600 tonnes d'or de la Souterraine à des zones en sécurité[11]. Lorsque la Seconde Guerre mondiale commence, la France envoie 400 tonnes d'or au Canada et en Turquie en sur ordre du gouverneur, Pierre-Eugène Fournier[9].

Lors de l'avancée des troupes allemandes en , la Banque, en accord avec le gouvernement, met en action le plan d'évacuation de l'or de la Banque de France.

La Wehrmacht prend Paris et envoie des émissaires prendre le contrôle de la Banque de France le à 19 h 15[9]. La Souterraine est presque entièrement vide[12],[13]. Lorsque les nazis font l'inventaire, il ne reste ni or ni devise et seulement 200 000 à 300 000 francs en billets dans les 800 coffres de la Banque[9].

Le stock français, dispersé entre le Sénégal, la Martinique et les États-Unis, est rapatrié en sur demande du dirigeant du Gouvernement provisoire de la République française, Charles de Gaulle[10].

La Souterraine aujourd'hui (1946-...)

La Banque de France met à exécution un plan d'évacuation des réserves d'or lorsque l'intervention soviétique dans la guerre de Corée en fait craindre une invasion de l'Europe. Le gouvernement décide d'envoyer l'or dans les colonies françaises. En , le ministre des Finances Maurice Petsche enjoint le gouverneur Wilfrid Baumgartner d'« accentuer la dispersion de l'encaisse-or » en Afrique, et notamment à Oran et à Brazzaville où sont acheminées par mer 130 tonnes de métal jaune. L'or est rapatrié en partie (16 tonnes) en , par voie aérienne, et le reste par le Dixmude en [2],[14].

En , un des employés gérant la Souterraine découvre dans un des coffres des documents historiques relatifs à la gestion de la salle et de ses réserves pendant la Seconde Guerre mondiale[15].

En , la Banque de France détient encore des vieilles réserves monétaires comme des pièces de 20 dollars américains, dont la valeur est aujourd'hui estimée aux alentours de 2 000 dollars par pièce[15].

En , cinq jours après le cambriolage du musée du Louvre, une partie de la collection des bijoux non volés ainsi que certaines des pièces parmi les plus précieuses du Musée du Louvre sont transférés dans la Souterraine[16]. De nombreux biens y étaient déjà entreposés secrètement, l'Institut de France ayant notamment révélé qu'y sont conservés les carnets de Léonard de Vinci, dont la valeur est estimée à plus de 600 millions d'euros[17].

Description

L'accès à la Souterraine se fait en deux étapes. Il faut d'abord prendre un ascenseur, qui s'arrête au quatrième étage sous terre. Il faut ensuite emprunter un second ascenseur, qui permet de descendre au huitième sous-sol. L'accès à la salle est hautement sécurisé grâce à une porte blindée de 8 tonnes et un bloc de ciment de 17 tonnes qui, en venant s'encastrer dans une tourelle pivotante, forment une barrière infranchissable. La tourelle de béton et d'acier pèse 130 tonnes.

La Souterraine fait 11 000 m2, d'un seul tenant. Elle se trouve au huitième sous-sol, à 26 mètres de profondeur. Elle compte 658 piliers, chacun d'entre eux pouvant supporter un poids de 410 tonnes. Le plafond en béton de la Souterraine mesure 6,5 mètres d'épaisseur[18] ; il est séparé de la rue par de la roche et une nappe phréatique[19],[20].

L'or, conditionné en palettes, en boîtes ou dans des armoires, repose dans des chambres fortes sises dans des serres, ainsi que dans des armoires métalliques[15].

En , la Souterraine stocke de l'or d'une valeur de 110 milliards d'euros environ[3]. 90 % du stock d'or français y était alors enterré, les 10 % restant étant à la Banque d'Angleterre et à la Réserve fédérale des États-Unis[19]. En , la Banque rapatrie la totalité des 129 tonnes d'or entreposées aux États-Unis[21].

Elle stocke non seulement l'or français, mais aussi celui de divers pays cherchant à sécuriser leur stock d'or[6]. Le nom des pays dépositaires d'or dans la Souterraine n'est pas communiqué par la Banque de France. Il est révélé en que l'Allemagne y stocke une partie de ses réserves[19]. La Banque révèle en que 55 % des 100 tonnes de pièces détenues dans la Souterraine sont d'origine étrangère[15].

En , avec la récente hausse du cours de l'or (environ 2 800 euros l'once), la valeur du stock d'or de la France s'élève à un niveau théorique de plus de 200 milliards d'euros[22].

En , un autre coffre géant est créé à La Courneuve afin d'y conserver les billets[23]. Le coffre est le plus grand coffre-fort d'Europe[24].

La Souterraine peut également servir d'abri anti-aérien car elle est équipée de cuisines, de lavabos et de réfrigérateurs, permettant à 3 000 personnes de s'y réfugier en cas de conflit[3].

Dans la fiction

Notes et références

Voir aussi

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